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Boycott , l'arme infaillible ?

Les salariés licenciés de Danone ont lancé un appel au boycott des produits du groupe afin de faire pression sur la direction. Sur le web, les "pour" et les "contre" s'affrontent sur fond de lutte d'influence. (05/04/2001)

Danone dans la tourmente."Ils sont plutôt moins pires que d'autres," reconnaît un dirigeant d'Attac dans Libération. "Pas de bol, ça tombe au moment où il y a un vrai réveil social. Où les gens ont envie de s'impliquer. Où les politiques ont besoin de réoccupper le terrain laissé au tout économique." L'appel lancé par les salariés de Calais menacés par la fermeture du site, a été entendu. Attac a décidé de répercuter le mouvement. Premier succès de l'organisation : le 4 avril, elle avait déjà obtenu la signature de 90 députés à l'appel au boycott des produits du groupe (voir liste sur le site). Dans son "courriel d'information" daté du 6 avril - l'association a un train d'avance - Attac dénonce la "dictature des marchés" et les "méfaits de la logique financière" qui poussent l'entreprise à licencier alors qu'elle fait des bénéfices. Six sites sont concernés en Europe dont deux en France (Calais et Evry) soit 600 salariés. L'association publie la liste de la centaine de marques exploitées par Danone qui sont concernés par le boycott. Et Transnationale.org, le "portail d'information citoyenne sur les entreprises" donne notamment la liste des implantation du groupe à l'étranger, son chiffre d'affaires et ses bénéfices, les noms des personnes qui siègent au conseil d'administration, le salaire de son PDG Franck Riboud... Le communiqué publié par Danone le 29 mars dernier, se veut pourtant rassurant : la multinationale explique qu'elle va mettre en place un plan d'accompagnement afin de reclasser un maximum de salariés dans le groupe et apporter aux autres, une aide personnalisée. La direction s'engage à définir un "programme d'actions de ré-industrialisation et de reclassement du personnel sur les sites". Danone y justifie la fermeture de six sites en Europe : "Ce projet de réorganisation est devenu nécessaire pour la sauvegarde de la compétitivité de l'outil de production européen, aujourd'hui sous utilisé et insuffisamment spécialisé, face à une évolution du marché du biscuit et une concentration de la concurrence."

-- A gauche toute --

Après les mauvais résultats de la gauche plurielle aux municipales et la poussée de l'extrême gauche, la surenchère semble de mise. Plusieurs communes de gauche ont déjà fait savoir qu'elles ne commanderaient plus de produits Danone pour les cantines : Saint-Denis, Nevers, Givors, Evry, Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Jarna ont été les premières à s'engager. De la récupération ? En tout cas, sur le forum du Parti communiste, un internaute ne cache pas les bénéfices d'une telle manoeuvre : "Le parti doit être plus visible et faire des grandes actions coup de poing et médiatiques en complément de tout le travail de proximité et de terrain qu'il faut redynamiser." A ce petit jeu, la fédération Sud-PTT est la plus virulente. Dans son soutien à l'action des salariés de Danone (voir le tract), elle parle d'une manifestation de plus du "cynisme patronal". Le syndicat fait des propositions concrètes : "Pour mettre fin aux comportements prédateurs du patronat, il faut d'abord de nouveaux droits pour les salariés. Non seulement le droit à l'information doit être renforcé, mais il faut instaurer un droit au contrôle des décisions et un droit d'opposition : par exemple droit à suspendre les mesures décidées par la direction ou émettre un veto à leur encontre." Et les Ecologistes par l'entremise de leur porte-parole Francine Bavay, sont incontestablement à la pointe. "Les Verts s'insurgent contre toute justification de la toute puissance des marchés financiers qui se moquent de broyer ceux qui n'ont pas la chance de faire partie des happy few." Ou encore : "Les Verts s'insurgent contre ces procédés qui utilisent la main d'oeuvre salariée comme une simple variable d'ajustement pour arriver à un meilleur rendement économique." Francine Bavay s'interroge sur le site des Verts : "Faudra-t-il boycotter ces marques pour faire enfin entendre raison à des dirigeants déconnectés des réalités ?"

-- Contre le boycott --

Si la CGT est muette sur son site, Marc Blondel de Force Ouvrière ne mâche pas ses mots. Dans un édito publié sur le web de la centrale syndicale, le leader de FO n'a pas de mot assez dur pour ces "patrons de droit divin" qui sacrifient les salariés sur l'autel de la "valeur actionnariale". Cependant, Force Ouvrière comme La CFDT se sont prononcés contre le boycott des produits Danone estimant que cette action ferait du tort aux salariées du groupe. Nicole Notat va même plus loin puisqu'elle ne s'oppose pas aux licenciements mais elle estime qu'"Il faut que les groupes soient tenus de reclasser, de reconvertir, de garantir l'emploi dans les conditions satisfaisantes pour chacun, en faisant du sur-mesure en fonction des situations de chacun. (intervention sur France 2 reprise sur le site de la CFDT)" Sur son site Paroles de gauche, le collectif Respublica interpelle les citoyens : "Consommateurs ! L'action directe est à votre portée, faites la grève du caddy !!" Les précédants appels au boycott comme celui touchant Total Fina n'avaient pas obtenu de succès malgré l'émoi provoqué par la marée noire de l'Erika. Cette fois sera-t-elle différente ? Le sondage express du Nouvel Obs montre en tout cas que les internautes sont pour le boycott de Danone à 68,1% contre 18,8%. Le pourcentage des "pour" a légèrement augmenté au cours de la journée alors que celui des lecteurs du Monde baissait : à 16h30, il ne sont plus que 51,7% à trouver que le boycott est une "mesure bien adaptée pour exprimer sa solidarité envers les salariés", ils étaient 62,9% à 12h... Pendant ce temps, Danone ne comprend pas ce qui lui arrive, Jean-René Buisson, DRH du groupe affirme dans Libé : "Ce que personne ne veut entendre, c'est que Danone a toujours reclassé environ 95 % de ses salariés."

[Florence Guernalec, L'Internaute]

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