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L'Internaute > Interview
Yann Arthus-Bertrand : "Les images sont faites pour circuler, y compris sur le Net"
Pour L'Internaute, le photographe de "La Terre vue du ciel"
explique son métier, ses convictions et son rapport avec le Net. Entretien avec un baroudeur écolo.

L'Internaute. La prolifération d'images sur le Net, c'est une bonne chose selon vous ?
Yann Arthus-Bertrand. Les images sont faites pour circuler, y compris sur le Net. Moi, je suis ravi quand je vois mes photos sur des sites perso. Je sais bien que cet avis n'est pas forcément partagé par mes collègues photographes qui s'inquiètent du problème des droits d'auteur. Il est vrai que je ne suis pas forcément dans la même situation qu'eux : mes livres se vendent dans le monde entier et mes photos ont un message à faire passer. Plus ce message circule, plus je suis content.

Le message ?
Le message, c'est : "Chacun est responsable de la planète et doit la protéger à son échelle". Vous savez, moi je suis un vieil écolo, j'ai voté René Dumont [premier candidat écologiste à la présidentielle] dans les années 70 ! Dans la vie de tous les jours, cela signifie, avoir un pot catalytique, faire attention à ce que l'on achète, privilégier le développement durable... Aujourd'hui, je ne vois pas comment on peut ne pas être écologiste. Bon, je ne parle pas forcément de Noël Mamère dont je me demande de quoi il se mêle quand il se prononce, par exemple, sur les licenciements de Moulinex. Je suis plutôt à gauche mais l'écologie doit dépasser tout ça. En Allemagne, le ministre de l'Agriculture est écologiste. C'est ça l'avenir.

Vous pensez que les mentalités sont en train d'évoluer ?
Oui, vraiment. On le voit à des choses simples. Par exemple, mon père était chasseur mais je ne le suis pas et aucun de mes frères ne l'est. Je pense que c'est le cas dans beaucoup de familles. Et puis le succès de mes photos me comble aussi pour ça : 6 millions de personne dans le monde ont vu les expos "La Terre vue du ciel", y compris au Brésil, en Turquie ou au Mexique. Quelque part, c'est aussi une preuve de cette prise de conscience et ça me fait doublement plaisir.

Il y a une photo que rêveriez de faire ?
Je ne fonctionne pas comme ça. Je veux simplement continuer. J'ai 55 ans et ça veut dire que je pourrai encore faire 20 ou 30 ans de photo, si tout va bien. Là, par exemple, j'ai la possibilité de partir dans la région de Goma avec un Transal de l'Armée de l'Air pour survoler la zone touchée par le volcan Nyiragongo. Ça veut dire des heures et des heures de vol pour s'y rendre, un bruit d'enfer, un calendrier que l'on ne maîtrise pas... Bon, maintenant que je suis plus connu, c'est un peu plus facile : avant, j'avais affaire à un capitaine, maintenant c'est à un général.

Quelles sont les principales difficultés de la photo aérienne ?

La photo aérienne, c'est très compliqué à organiser. Il faut réunir un certain nombre de conditions : avoir une autorisation de vol (en Chine ou en Russie, c'est quasiment impossible), bénéficier d'une météo favorable, disposer d'un avion ou d'un hélico, ce qui coûte très, très cher... Et avoir une famille particulièrement tolérante qui accepte que vous soyez parti 15 jours par mois et que votre tête soit occupée une bonne partie du temps restant.

La photo numérique, vous pratiquez ?
Non, ça je ne fais pas. Par contre, toutes les photos sont scannées et numérisées. Quand un journal commande une photo, je suis en mesure de lui donner un fichier de très bonne qualité.

Numériser, ça veut dire retoucher aussi ?
Oui. Mais il y a une limite et cette limite, c'est le mensonge. Bien sûr, je ne vais pas rajouter un élément ou un personnage qui n'était pas présent lors de la photo. Par contre, je peux très bien enlever un fil électrique qui gêne ou rehausser les couleurs. En fait, c'est une pratique qui est vieille comme la photographie : on accentuait les couleurs au tirage ou on rajoutait du grain, on masquait des détails "à la main". Maintenant, c'est numérique, c'est tout.

Vous êtes surfeur à titre personnel ?
Alors là, non ! Tout simplement pas le temps. Je ne suis pas du genre à partir à l'aventure sur le Web. Quand je me connecte, c'est utilitaire. Mais je réponds aux e-mails que l'on reçoit sur le site. Ça peut être très court, mais il faut répondre.
Le Web peut par contre nous aider vraiment dans la préparation des voyages ou dans la rédaction des légendes. Pour les textes des bouquins, on part du lieu photographié et on élargit à une problématique, la sécheresse, la surpopulation... Là, le Web est vraiment utile car il donne accès à un nombre d'informations scientifiques très important.

Le Net va-t-il changer la photo?
Fondamentalement, je ne le crois pas. Par contre je suis sûr que dans très peu de temps, le commerce de photos se fera uniquement sur le Net. Corbis [l'agence de Bill Gates] avec qui je travaille s'y est mis avec beaucoup d'autres, et ça va aller très vite.

Des projets ?
Oui, un travail autour de la France vue du ciel et du développement durable. Mais c'est encore trop tôt pour en parler...
Propos recueillis le 28/01/2002 par Eric Villemin

Pour en savoir plus
Le site officiel de Yann Arthus-Bertrand
L'économiseur d'écran La Terre vue du Ciel à télécharger dans notre Logithèque





 
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