Malgré les résultats contrastés,
et parfois contradictoires, des études qui traquent
l'évolution du téléchargement de musique sur les réseaux
peer-to-peer, le consensus actuel retient une baisse
de l'activité illégale, mise en parallèle avec le ralentissement
de la chute du marché du disque aux Etats-Unis. La RIAA
(lobby américain des majors musicales), qui constate
de son côté une prise de conscience du grand public,
attribue à ses actions judiciaires le mérite de cette
reprise naissante. Et cela donne des idées à ses homologues
européennes qui, elles, sont dans le creux de la vague.
Selon une déclaration publiée
par le Wall Street Journal, l'IFPI (la Fédération
internationale de l'industrie phonographique) a annoncé
par l'intermédiaire de son secrétaire général, Allen
Dixon, que "des poursuites auraient probablement
lieu en 2004" en Europe. Une information confirmée
mardi par Marc Guez, directeur général de la SCPP (Société
civile des producteurs phonographiques), lors d'une
rencontre avec la presse organisée à l'occasion du MIDEM
2004. Pascal Nègre, président de la SCPP et PDG
d'Universal Music France, parle d'une "grosse campagne
de communication au printemps", destinée à informer
les internautes et leurs parents, "immédiatement
suivie par des actions en justice".
Pour l'industrie musicale
européenne, il s'agit d'enrayer la chute des ventes
de CD, qui a atteint 11 % en France en 2003,
selon le quotidien Les Echos. A la SCPP comme
chez les majors, le téléchargement pirate est clairement
désigné comme la cause première du mal. Partant, deux
remèdes complémentaires sont envisagés : "Il faut
agir sur l'accès aux contenus illicites, explique
Marc Guez, et demander des condamnations pénales".
Pour ce qui est de l'accès
aux contenus, la SCPP précise que "toute initiative
efficace ne peut s'envisager sans la coopération des
opérateurs de services sur Internet. En effet, les
fournisseurs de contenus illicites ne peuvent être
identifiés qu'à partir des indications fournies par
les fournisseurs d'accès et d'hébergement" Cette
coopération "ne pourra être obtenue qu'après une
transposition fidèle des directives européennes (…)
dans le cadre de la Loi pour la confiance dans l'économie
numérique (LCEN)."
Il se trouve que l'adoption de la loi en deuxième
lecture à l'Assemblée nationale, a provoqué un tollé
chez les fournisseurs d'accès, qui accusent
les députés d'être à la solde du lobby des industries
musicale et cinématographique. En face, le ton n'est
pas plus calme. La SCPP dénonce "la campagne de
désinformation et d'intimidation menée par certains
intermédiaires techniques". Et Pascal Nègre monte
au créneau : "Je suis choqué de l'attitude des
FAI, qui ont basculé dans l'hystérie alors que l'on
est en train d'appliquer une directive européenne
votée il y a trois ans, et appliquée depuis plusieurs
mois dans douze pays de l'Union Européenne."
L'autre volet de la riposte des ayants droit consiste
à s'aligner sur la stratégie de poursuites individuelles,
initiée par la RIAA, au motif que c'est jusqu'à présent
la seule qui a porté ses fruits. Un sondage du Pew
Internet Project, réalisé auprès de 1.358 internautes
américains en décembre, a en effet montré que le téléchargement
de musique avait chuté de moitié depuis mai. Une autre
étude, de ComScore
Media Metrix, conclut également à une baisse des
téléchargements aux Etats-Unis sur Kazaa, Grokster,
BearShare et WinMX.
En revanche, selon Business Week, la société
BayTSP,
qui suit l'évolution du nombre de fichiers musicaux
téléchargeables dans le monde entier, n'évalue leur
déclin qu'à 10 % depuis juillet, et surtout met
en avant la migration des utilisateurs vers d'autres
outils, tels eDonkey et Bit Torrent. L'institut d'études
spécialisé BigChampagne,
qui mesure les échanges de fichiers P2P, conclut même
à une augmentation de 35 % des échanges illégaux
depuis 2002. Enfin, selon NPD
Group, le téléchargement serait reparti en novembre-décembre,
après plusieurs mois de baisse.
Difficile, dans ces conditions, de tirer des conclusions
pertinentes. Mais dans le même temps, la RIAA avance
les chiffres du marché, qui lui sont favorables : - 0,8 %
en 2003 selon le Wall Street Journal, et - 2
% sur les ventes d'albums selon Nielsen SoundScan, contre
- 9 % en 2002. De bien meilleurs chiffres
qu'en Europe, qui compte désormais plus d'utilisateurs
de Kazaa que les Etats-Unis, d'après Nielsen//NetRatings.
Entre les premières poursuites judiciaires, les incertitudes
de la LCEN, et l'arrivée en Europe des poids-lourds
du téléchargement légal (iTunes, Napster), l'année
2004 s'annonce mouvementée dans le domaine du
téléchargement musical.
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