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(Décembre 2004)

"Je vois bien les hypers vendre des voitures, ou d'électricité"

Philippe Moati est directeur de recherche au Credoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie). Il nous explique pourquoi les Français aiment tant leurs hypers et les nouveaux défis des enseignes.
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SOMMAIRE
  La saga
  Aujourd'hui
  Interview
Comment expliquez-vous le succès des hypermarchés en France ?
Le succès initial des hypers tient à l'évolution de la production industrielle. La standardisation des produits a permis une consommation et donc une distribution de masse. Les hypers, grâce à leurs prix beaucoup plus bas que les petits commerces classiques, ont donc contribué à démocratiser les achats. D'autres facteurs ont permis l'expansion de ce type de commerce : le réfrigérateur et des logements plus grands, par exemple, pour stocker de la nourriture pendant plusieurs jours. Ce type de commerce a aussi été poussé par l'expansion de la voiture. Ils ont été construits en périphérie des villes, avec de grands parkings.

Pourquoi trouve-t-on peu d'hypermarchés à l'étranger ?
Le modèle discount existe bien, mais sous des formes différentes. On trouve des supermarchés dans la plupart des pays européens. Mais le concept d'hypermarché, avec un assortiment très vaste, est lui assez spécifique à la France. D'abord, parce que ce concept a été inventé chez nous. Deuxièmement, les réglementations à l'étranger par exemple sont moins souples et ont fortement limité l'expansion de grandes surfaces. En Allemagne, c'est plutôt les réglementations sur les horaires d'ouverture qui ont joué. Enfin, la structure urbaine elle-même détermine le type de commerce dans chaque pays. En Angleterre, l'espace est ainsi plus homogène : il n'y pas de périphéries autour des grandes villes.

Quelles sont les difficultés rencontrées aujourd'hui par les hypermarchés ?
Depuis une quinzaine d'années, le commerce a connu une profusion d'innovations, et de nouvelles enseignes sont apparues. Ces nouvelles enseignes répondent de manière ciblée aux besoins des consommateurs. Face à cela, les hypermarchés n'ont pas beaucoup évolué. Sur le sport par exemple, les hypers ont été complètement dépassés par des magasins comme Décathlon ou Go Sport. Parallèlement, leur capacité à offrir des prix bas est remise en cause par les magasins de hard-discount. Le consommateur est habitué aux prix bas, il en veut maintenant toujours plus.

Pourtant les hypermarchés n'arrêtent pas d'ouvrir toujours plus de rayons : pharmacie, bijoux, assurances, informatique…
De par son concept, l'hypermarché est obligé d'offrir de nouveaux services, puisque sur ses marchés de base (alimentation, droguerie…) il stagne. Il ne peut donc trouver sa croissance que dans de nouveaux types d'offres. Il va plutôt s'orienter vers des marchés de services, plus porteurs : les assurances, les cartes bancaires ou les voyages par exemple. Mais l'hypermarché est aussi très réactif : il a très vite investit le créneau de la téléphonie mobile par exemple. Carrefour a aussi réussi avec succès dans les piscines, un pari qui était loin d'être gagné d'avance. Pour les années à venir, je vois bien les hypers se lancer dans la vente de voitures, ou d'électricité dès que la marché sera libéralisé.


SOMMAIRE
  La saga
  Aujourd'hui
  Interview
Internet est-il une menace ou une chance pour les hypermarchés ? Une menace, clairement. Même si la plupart des cybermarchés sont détenus par des enseignes de la grande distribution, le chiffre d'affaires pour les points de vente va diminuer. Les magasins vont se retrouver en surcapacité, et certains vont devoir fermer. D'ailleurs les hypers ne sont pas du tout actifs dans la promotion et la publicité de leurs sites Internet.Et de nouveaux acteurs étrangers pourraient venir les concurrencer sur ce terrain. Bien sûr, cela suppose une politique d'achats compétitive et une logistique compliquée, mais ça reste moins cher et moins risqué que d'essayer de s'implanter en France avec de vrais magasins, qui sont de plus interdits par la loi. Tesco [Royaume-Uni] ou Wal-Mart [Etats-Unis], pourraient bien s'introduire sur la marché français par ce moyen. Si j'avais un conseil à donner aux hypers, ce serait donc de ne pas s'endormir sur le créneau d'Internet.

En savoir plus
Le site du Crédoc
Notre comparatif des cybermarchés
 
 [Céline Deluzarche, L'Internaute]
 
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