Georges Djen est le directeur de publication d'un jeune magazine entièrement consacré au poker. Sorti en mai 2006, "Poker Live" a vu ses ventes gonfler en quelques mois. Aujourd'hui, il est édité à 50 000 exemplaires.
Joueur depuis plus de 20 ans, Georges Djen a assisté à la déferlante du poker. Il a répondu à nos questions.
Quels sont les facteurs qui peuvent expliquer le succès du poker en France ?
Ce phénomène est récent, il ne date que de 3 ou 4 ans. Il suffit de regarder ce qui s'est passé dans les autres pays. L'explosion a eu lieu aux Etats-Unis grâce à la diffusion des tournois à la télévision. Steve Lipscombs a eu la fabuleuse idée de retransmettre le World Poker Tour. Regarder une partie de poker n'a en soit rien de passionnant. Mais, si toutes les cartes sont dévoilées, notamment les deux cartes détenues par chaque joueur, le jeu prend une autre dimension.
Le téléspectateur rentre dans la stratégie, comprends les réactions de chacun. Il a un avantage sur les joueurs autour de la table : il connait les cartes de tout le monde. Le poker est donc devenu télégénique et les tournois ont passionné les foules.
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| Le numéro 4 sortira le 13 janvier Photo © Live Poker |
| "De phénomène de mode, on est passé à un phénomène de société" |
Le deuxième facteur est sans conteste le Texas Hold'em. Cette variante, qui doit bien avoir une vingtaine d'années, a limité la part de chance et de hasard dans le jeu. Grâce à lui, le poker est donc devenu un jeu de finesse.
Et enfin, c'est un jeu d'argent qui en fait rêver plus d'un. On assiste à un réel "star system" autour des joueurs professionnels.
Pourquoi le Texas Hold'em a-t-il démocratisé le poker ?
Comme je viens de le dire, le Texas Hold'em a été le catalyseur de ce phénomène. Il a démocratisé le jeu car les règles ne sont pas très compliquées, et il a homogénéisé les chances de chacun. Le poker est devenu un jeu de stratégie où la psychologie a une part importante. Du pur jeu de hasard qu'était le poker fermé de papa, on est passé à un jeu où le plus fort gagne. Et non le plus chanceux.
Il y a-t-il un portrait-type des nouveaux passionnés du poker ? Qui sont-ils ?
Oui. Les joueurs ont évolué. Auparavant, ce jeu était entouré d'une aura de prestige, d'une certaine classe. Aujourd'hui, la moyenne d'âge a bien baissé, les joueurs ont entre 20 et 30 ans. Ils sont plus décontractés, ils viennent jouer en salle avec leur skate... C'est eux qui ont révolutionné le jeu. Ils se sont surtout intéressés au poker grâce au net, et sont passés au "live" ensuite. Mais les déconvenues sont fréquentes. En salle, le jeu n'est plus le même. On affronte des joueurs en chair et en os, on fait face à de vraies personnalités.
Combien compte t-on de joueurs actifs aujourd’hui ? Quelle va en être l’évolution ?
Aucune étude n'a été réalisée à ce sujet. Mais au vu des tirages des magazines spécialisés, de l'audience des émissions sur Canal +, je dirais qu'il y a 500 000 joueurs en France. En tous cas, 500 000 personnes qui s'y intéressent et qui y jouent de façon plus ou moins régulière. De phénomène de mode, on est passé à un phénomène de société.
Quelle est selon vous, la meilleure façon d’apprendre à jouer au poker ?
On peut commencer à jouer entre amis. Connaître les règles n'est pas très compliqué, il suffit de quelques minutes. Pour les maîtriser, il faut en revanche beaucoup plus de temps. La pratique est primordiale. Mais attention à ne pas jouer trop d'argent. Ceux qui gagnent des fortunes sont des joueurs professionnels.
Le poker est un jeu passionnant, pour des passionnés, mais il est à prendre comme un hobby. Un jeu entre amis.
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