Les prix du pétrole s'envolent depuis un an. Alors que le baril se payait moins de 40 dollars en janvier 2004, il dépasse aujourd'hui les 65 dollars. Un coût supplémentaire conséquent pour les consommateurs, les industries, et les transports. Pourtant, certains profitent de cette flambée des cours. Revue de détail des gagnants du pétrole cher.
Les pays producteurs
Ce sont eux les premiers bénéficiaires des cours élevés. A 65 dollars le baril, ils engrangent 2 milliards de dollars par jour ! Hélas, ces recettes ne sont pas toujours employées au développement du pays… Le président vénézuélien Hugo Chavez rachète ainsi les dettes de ses voisins pour servir des intérêts politiques, alors que la population reste très pauvre… Quand aux Etats du Golfe, ils maintiennent un train de vie de l'Etat très élevé et investissent massivement à l'étranger. Officiellement, l'OPEP s'est engagée à augmenter ses quotas de production pour subvenir à la demande, mais cela n'est pas forcément dans son intérêt… D'abord, car cela ferait baisser les cours, et aussi car ces pays savent qu'il leur faut gérer dans la durée leurs ressources qui ne sont pas inépuisables.
Les compagnies pétrolières
Exxon, Chevron, BP, Total… Le cours de bourse des compagnies pétrolières augmente parallèlement avec celui du baril de pétrole. Total a ainsi réalisé un chiffre d'affaires de 3 milliards d'euros au premier trimestre 2005, en hausse de 50% par rapport à l'année dernière. Même constat chez BP dont les bénéfices se chiffrent à 6,6 milliards d'euros sur la même période. A tel point que ces compagnies ne savent plus trop quoi faire de leur argent : elles en sont même à racheter leurs propres action pour faire grimper encore le cours de bourse…
L'Etat français
Depuis quelques semaines, la polémique enfle sur la présumée "cagnotte" de l'Etat sur les taxes pétrolières. Celles-ci (TIPP, taxe intérieure sur les produits pétroliers, plus la TVA à 19,6%) représentent en effet 74% du prix de l'essence et 67% du prix du gazole. Cependant, selon les prévisions du gouvernement, la TIPP devrait rapporter 20,19 milliards d'euros à l'Etat en 2005, soit à peine 0,8% de plus qu'en 2004. Avec une dette de 1000 milliards d'euros et une conjoncture morose, on voit mal comment le gouvernement pourrait se priver de ce revenu.
L'Europe
Une bonne nouvelle : une économie mondiale basée sur du pétrole cher va d'abord profiter au continent européen. D'abord, car le pétrole est acheté en dollars, fortement dévalué par rapport à l'euro. Le prix du pétrole exprimé en dollars a ainsi progressé d'environ 40% depuis un an et demi, mais de 20% seulement en euros. Mais surtout, l'Europe est moins dépendante que les autres pays, grâce à des moyens de transport et de chauffage plus économes, la part importante du nucléaire dans la production électrique et des services, moins gourmands que l'industrie. La quantité de pétrole nécessaire à la production d'un dollar de PIB est ainsi une fois et demie plus élevée aux Etats-Unis qu'en Europe.
La SNCF
Alors que le prix de l'essence flambe, et que les compagnies aériennes répercutent la hausse du kérosène sur leurs tarifs, le voyageur a tendance à se tourner vers le train. Le trafic de la SNCF a ainsi augmenté de 4,5% au premier semestre 2005. Hélas, il n'en n'est pas de même pour le transport de marchandises. Même si les routiers protestent contre les taxes, ils bénéficient quand même d'une ristourne importante sur la TIPP. Du coup, le trafic fret de la SNCF a encore diminué de 3,7% en 2004.