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Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Georges Malbrunot Pour mettre un point final à notre mésaventure, tenter de comprendre ce qui s'était passé en coulisses et aussi pour remercier tout ceux qui se sont mobilisés pour obtenir notre libération.
Est-ce difficile d'écrire un témoignage à deux ?
Pas trop, d'autant moins que nous y étions habitués, et que nous avions vécu ensemble cette épreuve.
Ecrire ce livre vous a-t-il fait du bien?
Oui, cela a permis de répondre à une question que je m'étais posée en décollant de Bagdad le lendemain de notre libération, à savoir : avions nous été forts ou inconscients ? Et je crois qu'après avoir enquêté sur notre libération, nous n'avons jamais été en danger de mort. Ce n'est certes qu'une intime conviction, quoi qu'il en soit ce livre a été une thérapie, une façon je le répète de boucler la boucle et de reprendre une vie normale.
Le fait d'être otage pendant des mois avec un autre homme, vous a-t-il lié à lui d'une amitié indéfectible ?
L'avenir le dira, ce qui est sûr c'est que le fait d'être deux nous a considérablement aidé, cela d'autant plus que nous nous connaissions bien. Cette douleur partagée restera un trait d'union entre nous.
De quoi avez-vous souffert le plus en captivité ?
Assez banal, mais de l'incertitude du lendemain, et des annonces de libération qui sont restées lettres mortes.
Savez-vous aujourd'hui pourquoi et comment vous avez été libérés ?
Dans les grandes lignes oui. La France a réaffirmé ses positions de non engagement militaire et politique en Irak, elle a donné des assurances sur le voile, mais assez peu sans doute.
Vous savez qui sont vos ravisseurs et pourquoi ils vous ont enlevés ?
Oui, l'Armée islamique en Irak est un groupe d'obédience salafiste, c'est a dire d'une tendance radicale de l'islam. Ce groupe réunit des gens pro-Ben Laden, et des anciens militaires de l'armée de Saddam Hussein que les Américains ont congédiés après la chute de Bagdad, donc c'est une juxtaposition d'islamistes radicaux et de nationalistes.
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"Dès le début, nos ravisseurs nous disaient : vous êtes connus en France, il y a des manisfestations en votre faveur partout là-bas"
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Pendant votre détention avez-vous eu connaissance du soutien de l'opinion publique en France ?
Par bribes. nos ravisseurs dès le début nous disaient par exemple : "vous êtes connus en France, partout là-bas, il y a des manifestations en votre faveur." Nous y croyions mais nous n'étions pas sûrs de l'exactitude de leurs informations. Ce qui était plus rassurant, c'est que nos ravisseurs nous disaient qu'il y avait des négociations engagées entre eux et la France.
Comment analysez-vous aujourd'hui l'intervention de Didier Jullia pour vous faire libérer ?
Un échec d'un homme qui a voulu se faire de la pub sur notre dos. Jullia en fait a été abusé par ses proches comme Brett et Evano lesquels se sont eux-mêmes fait manipuler par des intermédiaires irakiens en Jordanie ou au Liban. Bref, ce fut un flop, qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques sur notre détention, car nos ravisseurs nous disaient qu'ils ne voulaient pas justement d'intermédiaires privés.
Vous êtes-vous senti courageux de rester en Irak quand la situation à commencé à dégénérer ?
C'est notre métier. Nous avons essayé de prendre le maximum de précautions, mais la garantie à 100 % n'existe pas, c'est bien une des leçons de notre mésaventure.
Que faudrait-il faire pour mieux assurer la sécurité des journalistes dans les pays en guerre ?
Obtenir que les belligérants ne s'en prennent pas justement aux journalistes, qui sont des observateurs souvent neutres. Mais c'est sans doute un vœux pieux.
Pensez-vous que les journalistes doivent continuer à travailler en Irak ?
Oui, même si les conditions d'exercice de notre travail sont difficiles.
Cette expérience a-t-elle changé votre façon de travailler ?
Oui et non. Je suis peut-être encore plus prudent sur certaines zones. Mais non, parce que ma vision je dirais "politique" de la situation au Moyen-orient n'a pas changé, c'est pourquoi d'ailleurs je continue de couvrir cette région, sinon j'aurais été contraint de changer de zone. Nous avons été victimes du chaos irakien, mais notre souffrance est une parmi d'autres dans cette région troublée.
Retournerez-vous un jour dans un pays en guerre, pour couvrir l'événement ?
Oui, en examinant soigneusement les conditions de sécurité.
| "Je ne retournerai pas en Irak, ni aujoud'hui, ni même demain. La situation est trop dangereuse à mon goût"
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Retourneriez-vous en Irak aujourd'hui ? Que vous ont dit vos ravisseurs à ce sujet ?
Non, pas aujourd'hui, ni même demain. La situation est trop dangereuse à mon goût, je ne pourrai pas y exercer correctement mon métier. Nos ravisseurs nous ont d'ailleurs dit : "ne revenez pas en Irak nous n'avons pas besoin de vous, nous voulons rester seuls face aux Américains". A bon entendeur salut.
Comment vivez-vous votre notoriété depuis votre retour ?
Elle a beaucoup baissé et c'est tant mieux. Donc je la vis bien.
Sur quel sujet écrivez-vous en ce moment ?
Devinez ? Sur l'Irak. et aussi sur la Palestine ou la Syrie, j'ai gardé le virus du Moyen-orient, c'est sans doute une drogue dure.
La reprise du travail n'a pas été trop difficile ?
Non, pas trop. Car je n'ai pas eu de traumatisme post-libération, pas de cauchemars, par exemple. Il m'a suffi d'un peu de repos et j'ai eu le souci justement de reprendre aussi rapidement que possible une vie normale, ne pas rester ex-otage justement.
Vous travaillez pour quel titre aujourd'hui ?
Uniquement le "Figaro". A mon retour en France, j'ai renoncé à continuer de collaborer à plusieurs médias comme je le faisais depuis dix ans.
Jean-Paul Kauffmann m'a dit qu'il avait gardé de son expérience d'otage, un goût voire une nécessité d'isolement. Et vous ?
C'est aussi une sensation que j'éprouve parfois : le besoin de s'isoler un peu, faire le vide autour de soi.
Avez-vous partagé votre expérience avec d'autres anciens otages ?
Pas trop, je ne suis pas du genre ancien combattant. Je crois que chaque cas est différent, que chaque douleur est intime.
Pourquoi n'étiez vous pas à la manifestation hier pour Ingrid Betancourt ?
Parce que j'avais du travail au "Figaro", mais je serai à la prochaine.
Coupé des infos pendant des mois, qu'est-ce qui vous a plus le surpris en rentrant ?
L'ampleur internationale de notre prise d'otages, voir le Hezbollah libanais, Arafat, et beaucoup de dirigeants arabes et d'ailleurs comme le pape par exemple appeler à notre libération m'a quand même un peu estomaqué.
Quelque chose a-t-il changé durablement dans votre façon de voir la vie, tous les jours ?
Certainement, mais c'est encore assez difficile à apprécier. Disons que j'ai pris conscience de la fragilité des choses et des situations. Et que cela ne vaut pas trop la peine de s'emmerder dans la vie avec des peccadilles. Aussi par exemple les gossips ou commérages me font un peu gerber maintenant.
Votre statut d'ex-otage n'est-il pas réducteur ? A quoi aspirez-vous ?
Non, pas trop parce que justement nous n'avons pas voulu entretenir ce statut d'ex-otages. Aujourd'hui je suis redevenu journaliste comme avant, j'aspire à une vie normale, une femme, des enfants, un job sympa, des choses très simples vous voyez.
De qui vient l'idée de ce livre, de vous ou de l'éditeur ?
Nous avons été beaucoup sollicités par de nombreux éditeurs, nous avons accepté une idée à laquelle nous avions également pensé.
Avez-vous un film de prévu en perspective ?
Je crois qu'il y aura un documentaire sur France 3. On nous en a parlé. Mais nous n'en savons pas plus, et nous ne demandons rien. Si le document parait sérieux nous donnerons notre aval, sinon, on le rejettera.
Quel regard portez-vous sur les événements en Irak ?
J'en suis attristé. Ce pays sombre dans la guerre civile, le risque de démembrement est grand, et c'est la population irakienne qui paie le prix de l'inconséquence américaine et du terrorisme islamiste. C'est bien dommage car c'est un peuple intéressant et un très vieux pays qui est sur une pente mauvaise.
Avez-vous des nouvelles de vos ravisseurs ?
Non pas encore, et je n'en cherche pas trop
| "Je vais vous faire une confidence. Raffarin nous a dit après notre libération : "Vous avez été un exercice de vertu." Alors acceptons cela.
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Quel est votre sentiment sur le développement politique qui a entouré votre captivité ?
En France, les partis ne se sont pas chamaillés, les musulmans ont été remarquables, la DGSE a pu se faire de la pub car elle a bien géré l'affaire, donc nous voulons garder cette bonne image d'un pays qui s'est rassemblé autour de nous. Je vais vous faire une confidence qui n'est pas dans notre livre. Raffarin nous a dit après notre libération en reprenant ce que je vous ai dit plus haut : "Vous avez été un exercice de vertu." Alors acceptons cela.
Si vous n'aviez pas été journaliste, quel métier auriez-vous choisi ?
Je n'en sais rien, je crois que je ne sais rien faire d'autre, c'est bien le problème.
Merci beaucoup de votre attention. Vos questions étaient très intéressantes, elles montrent combien notre histoire a été suivie par les Français. A tous bonne continuation et prudence, ne vous faites pas enlever....
Georges Malbrunot Biographie et présentation du livre
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