Partager cet article

RSS
Envoyer Imprimer
Le vice-président du Conseil d'Etat, Jean-Marc Sauvé, le 5 octobre 2012 à Paris (Photo Jacques Demarthon/AFP/Archives)

Vendredi 14 février 2014, 21h06
Le sort de Vincent Lambert, cloué sur son lit d'hôpital en état végétatif chronique depuis cinq ans, reste en suspens, le Conseil d'Etat ayant décidé vendredi d'attendre les résultats d'une nouvelle expertise médicale pour rendre sa décision "avant l'été".

La plus haute juridiction administrative a suivi les préconisations du rapporteur public, Rémi Keller, qui avait prôné la prudence, recommandant que trois nouveaux médecins spécialisés se penchent sur son état de santé.

Cette mesure est "exceptionnelle dans une procédure d'urgence", a déclaré à la presse le vice-président du Conseil d'Etat, Jean-Marc Sauvé, mais elle est "indispensable" pour que la juridiction "puisse pleinement remplir sa mission de juge administratif suprême".

En attendant de se prononcer sur ce cas, le Conseil d'Etat a déjà jugé que la loi Leonetti de 2005, qui proscrit l'acharnement thérapeutique, "s'applique à des patients, qui comme M. Vincent Lambert, ne sont pas en fin de vie" et "que l'alimentation et l'hydratation artificielle constituent, au sens de cette loi, un traitement qui peut être interrompu en cas d'obstination".

"C'est la première fois que ces points sont affirmés par une juridiction suprême", a souligné M. Sauvé.

Les trois médecins devront "se prononcer sur le caractère irréversible" des lésions cérébrales de Vincent Lambert et sur le pronostic clinique. Ils devront déterminer "si ce patient est en mesure de communiquer, de quelque manière que ce soit, avec son entourage" et devront apprécier si les réactions éventuellement décelées "peuvent être interprétées comme un rejet de soins, une souffrance" ou, au contraire, comme "un souhait que ce traitement soit prolongé".

Ils rendront leur rapport dans les deux mois suivant leur désignation et le Conseil d'Etat se prononcera "avant l'été".

- Des éclairages sur la loi -

Après plusieurs mois de réflexion, le CHU de Reims, où est hospitalisé Vincent Lambert depuis son accident en 2008, avait décidé d'arrêter d'alimenter et d'hydrater artificiellement Vincent Lambert. Sur les sept médecins consultés, seul celui proposé par les parents avait plaidé pour le maintien en vie.

Le chef du service de médecine palliative du CHU de Reims, Eric Kariger, durant une conférence de presse le 16 janvier 2014 (Photo François Nascimbeni/AFP/Archives)

Les parents de Vincent Lambert, catholiques traditionalistes, sont opposés à son euthanasie passive, persuadés qu'il est "présent" alors que les médecins décrivent un patient "atteint d'une maladie grave et incurable" et souffrant "de lésions cérébrales graves et irréversibles".

Son épouse Rachel et son neveu François se disent, eux, déterminés à respecter ses volontés. Ils avaient saisi le Conseil d'Etat pour qu'il annule le jugement du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 16 janvier ayant décidé le maintien en vie à la demande des parents mais contre l'avis des médecins.

Interrogé par l'AFP, le Dr Eric Kariger, qui dirige le service de soins palliatifs de l'hôpital de Reims, a déclaré se "tenir à la disposition des experts pour leur donner tous les moyens de porter un avis éclairé et impartial". "Le Conseil d'Etat a démontré la pertinence de notre analyse en affirmant que la loi Leonetti s'appliquait bien au cas de Vincent et que nous l'avons respectée à la lettre", s'est-il félicité.

"Si c'est le temps nécessaire pour que les volontés de Vincent soient respectées, il faut attendre", a de son côté réagi auprès de l'AFP son épouse, affirmant avoir "pleinement confiance dans les médecins".

Pour François, neveu de Vincent Lambert, "si la loi reste en l'état, à chaque fois qu'il y aura un doute sur un patient (...) il y aura encore une expertise médicale", ce qui risque de créer "une usine à gaz".

L'Association pour le droit de mourir dans la dignité (AMD) a souligné la nécessité d'"une nouvelle loi pour la fin de vie, une loi d'ultime liberté".

Le Conseil d'Etat a décidé de demander à l'Académie nationale de médecine, au Comité consultatif national d'éthique et au Conseil national de l'Ordre des médecins, ainsi qu'au député UMP Jean Leonetti, auteur de la loi de 2005, des "observations écrites" de nature à "l'éclairer utilement sur l'application des notions d'obstination déraisonnable et de maintien artificiel de la vie".

M. Leonetti a exprimé auprès de l'AFP "sa satisfaction que le Conseil d'Etat confirme que ce cas entre bien dans le cadre de la loi", ajoutant s'étonner "de devoir rappeler, à chaque fois, qu'il ne s'agit pas d'un débat sur l'euthanasie, ni sur le suicide assisté, mais sur l'acharnement thérapeutique ou l'obstination déraisonnable".

Alors que le cas de Vincent Lambert était débattu au Conseil d'Etat jeudi, la liberté de choisir sa fin de vie était examinée au Sénat. Le président François Hollande a annoncé un projet de loi qui sera déposé d'ici l'été.

Envoyer Imprimer

Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© 2014 Agence France-Presse. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (ou sur cette page selon le cas) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l’AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l’accord préalable écrit de l’AFP. L’AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions qui ne peuvent être exclus, ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.

Toute l'actualité Santé   Haut de page
 
Votre avis sur cette publicité

Voir un exemple

Voir un exemple

Voir un exemple

Voir un exemple

Voir un exemple

Toutes nos newsletters