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La centrale nucléaire du site du Tricastin, à Bollène, le 9 juillet 2008 (Photo Fred Dufour/AFP/Archives)

Jeudi 24 juillet 2008, 19h02
Quelque 900 incidents du type de ceux déclarés ces derniers jours au Tricastin sont recensés chaque année dans le nucléaire en France, témoignant selon les experts du bon contrôle de la filière, mais révélateurs selon les écologistes de la dangerosité de cette énergie.

Mercredi, une centaine de travailleurs a subi une contamination par de la poussière radioactive lors d'une opération de maintenance sur le réacteur n°4 au Tricastin, à proximité duquel une fuite de liquide radioactif de l'entreprise Socatri avait pollué l'environnement le 7 juillet.

Selon l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), les contrôles médicaux sur le personnel ont mis en évidence une "contamination interne à des niveaux qui n'excèdent pas, selon EDF, le quarantième de la valeur limite annuelle réglementaire qui est fixée à 20 millisieverts (mSv) dans le cas d'un travailleur" de la filière.

L'évènement a été classé provisoirement par l'ASN au niveau 0 de l'échelle INES (International nuclear event scale).

Ce niveau est considéré comme un simple "écart" par rapport au bon fonctionnement d'une installation nucléaire, en deça de "l'anomalie" (niveau 1), l'incident entraînant une "contamination importante ou une surexposition d'un travailleur" étant le niveau 2.

En 2007, l'ASN a recensé 842 évènements de niveau 0 et 86 de niveau 1, et aucun de niveau 2 ou plus.

Selon Greenpeace, "tous ces incidents mettent à jour la dangerosité d'une technologie mal maîtrisée".

"Si on estimait que la situation n'était pas satisfaisante, l'ASN aurait des réactions vives", assure de son côté Fabien Féron, directeur adjoint chargé des centrales nucléaires à l'ASN.

Localisation du site nucléaire du Tricastin et des différentes entreprises qui y sont implantées (Photo /AFP/Infographie)

Selon lui, chaque incident "traduit un écart par rapport à l'attendu, et le but du système est de traiter ces écarts pour éviter qu'un jour on ait une situation difficile".

"C'est ce qui a été fait à la Socatri avec un arrêt partiel de l'activité", poursuit ce responsable.

"Jusqu'à aujourd'hui, nous n'avons pas ordonné l'arrêt d'une centrale nucléaire. Mais rien ne l'exclut", affirme M. Féron.

Alors que les syndicats de la filière nucléaire (EDF, Areva) dénoncent le recours massif à la sous-traitance, l'ASN estime "satisfaisant" dans son dernier rapport annuel le système d'évaluation de ces sous-traitants, tout en demandant un renforcement de leur surveillance.

En terme de sécurité des travailleurs, l'ASN observe un progrès dans son dernier rapport. Le nombre de salariés ayant reçu plus de la dose maximale tolérée (20 mSv par an) a baissé de 905 en 1996, à 340 l'année suivante, 100 en 2003 et 26 en 2006.

La dose de 0,5 mSv reçue par une centaine d'employés du Tricastin est jugée "négigeable" par le commissaire de l'ASN Michel Bourguignon. La Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioacitivité (Criirad) estime toutefois que "la probabilité de développer un cancer induit par cette exposition n'est pas nulle".

Pour Annie Thébaud-Mony de l'Inserm (recherche médicale), une contamination pour des travailleurs "qui subissent en permanence une irradiation déjà importante accroit le risque pour eux de déclencher plus tard les maladies associées à l'exposition aux rayonnement ionisants, sachant que ce sont des maladies qui sont loin d'être anodines puisqu'il s'agit de cancers et de risques pour la reproduction".

Cette scientifique s'inquiète "de voir se multiplier ces incidents de contamination qui ne sont pas assortis de déclarations d'accident du travail" alors qu'"on n'a absolument pas les éléments qui permettent de juger leur gravité".

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