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Un responsable sadriste à Sadr City (d) embrasse un officier irakien et lui offre un Coran, le 20 mai 2008 à Bagdad (Photo Wissam al-Okaili/AFP)

Mardi 20 mai 2008, 18h20
Pour la première fois en huit semaines de combats, l'armée irakienne a pénétré mardi au coeur du bastion chiite de Sadr City à Bagdad, dans le calme et sans résistance des miliciens chiites qui y affrontaient les troupes américaines.

Le président américain George W. Bush s'est par ailleurs excusé auprès du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki après qu'un soldat du contingent américain eut tiré sur un exemplaire du Coran.

L'armée a lancé vers 05H00 (02H00 GMT) une nouvelle opération à Sadr City, baptisée "Opération paix" et visant "à nettoyer l'ensemble du quartier", selon le commandement militaire de la capitale.

Des engins blindés, appuyés par des hélicoptères, ont pénétré sans incident dans les avenues de Sadr City, ne faisant face à aucune résistance armée.

D'abord désertées, les rues jonchées d'ordures se sont peu à peu remplies de badauds et la vie a repris son cours.

De nombreux soldats à pied se sont déployés aux carrefours, au milieu de la circulation automobile et d'une foule d'enfants, dont certains tentaient d'approcher les véhicules blindés ou de se faire photographier aux côtés des soldats.

Des enfants près d'un char irakien, le 20 mai 2008 à Bagdad (Photo Ali al-Saadi/AFP)

"L'opération a été totalement planifiée et conduite par l'armée irakienne pour protéger la population de ce quartier et débarrasser Bagdad des groupes spéciaux", a dit le colonel américain Allen Batschelet, chef de la force multinationale à Bagdad.

Il faisait référence aux extrémistes chiites qui selon les Américains sont entraînés, financés et armés par des services iraniens.

"La mission de l'armée est d'imposer l'ordre, poursuivre les éléments criminels et rétablir les services", a déclaré sur place le général Mezhar al-Azzaoui, commandant de la 11e brigade de l'armée irakienne.

Ce déploiement a été approuvé par le mouvement du chef radical chiite Moqtada Sadr, pour qui "l'entrée des troupes gouvernementales dans Sadr City ne représente pas une violation de l'accord" conclu le 10 mai avec le gouvernement de Nouri al-Maliki.

Cet accord avait mis fin à sept semaines de combats entre miliciens sadristes et troupes américaines alliées aux forces gouvernementales.

Les affrontements ont fait près d'un millier de morts, forcé des milliers d'habitants à la fuite et transformé en zone de guerre certains secteurs de cet immense faubourg populaire de deux millions d'habitants.

Les troupes irakiennes restaient depuis lors cantonnées dans le tiers sud du quartier, le long de la ligne de front séparant militaires américains et miliciens.

Des soldats irakiens positionnés dans une rue de Sadr City, le 20 mai 2008 à Bagdad (Photo Wissam al-Okaili/AFP)

Mardi à la mi-journée, elles occupaient presque la moitié de Sadr City, et avaient progressé bien au-delà du haut mur de béton construit par les bulldozers américains pour gêner les mouvements des miliciens.

"Nous faisons preuve d'un maximum de retenue mais nous demandons de nouveau l'application pleine et entière du cessez-le-feu", a souligné un porte-parole du mouvement sadriste, dénonçant des "violations" par les forces américaines qui poursuivent leurs raids à Sadr City et dans les quartiers voisins.

Après l'accord du 10 mai, des affrontements sporadiques avaient lieu le long de la ligne de confrontation et le quartier restait survolé en permanence par les drones et hélicoptères américains qui tentaient à coups de missiles de prévenir les tirs de roquettes et poses d'engins piégés des miliciens.

"Les habitants coopèrent avec nos hommes", s'est félicité un officier, à la tête d'une colonne d'une dizaine de véhicules ayant pris position dans l'avenue Al-Dakhel, précisant que les soldats avaient désamorcé de nombreux engins piégés dissimulés dans les rues.

Sur le plan diplomatique, M. Maliki a indiqué avoir reçu reçu les excuses de M. Bush, deux jours après le renvoi d'Irak du soldat américain qui avait pris pour cible un Coran lors d'une séance d'entraînement à l'ouest de Bagdad. L'incident n'a jusqu'à présent suscité que peu de réactions en Irak.

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