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Un pêcheur japonais charge des thons sur un bateau au large des côtes croates, le 21 février 2007 (Photo /AFP/Archives)

Mardi 20 mai 2008, 20h23
Au-delà des conflits sociaux liés à la flambée des prix du gazole, le secteur de la pêche est confronté à un vertigineux défi: la surexploitation des ressources de la mer, qui menace la biodiversité mais aussi, à terme, la survie même de cette activité économique

"Nous sommes dans une situation de surexploitation qui est explosive (...) dans laquelle le moindre à-coup économique provoque des conflits graves", explique Philippe Cury, de l'Intitut de recherche pour le développement.

"Les conflits dans le monde la pêche se multiplient rapidement (...) Il faut réconcilier exploitation et conservation", ajoute le chercheur, co-auteur d'un ouvrage intitulé "Une mer sans poissons" (éditions Calmann-Levy).

Selon l'Organisation mondiale pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), la moitié des stocks halieutiques mondiaux sont exploités au maximum de leur potentiel, un quart est surexploité ou déjà épuisé et un quart seulement est modérément exploité.

"Quand il n'y aura plus de poissons, il n'y aura plus de pêcheurs. A faire systématiquement primer le socio-économique, on emmène la pêche dans le mur", regrette Stephan Beaucher, responsable de la campagne Océans de Greenpeace France.

La flotte de pêche est de plus en plus perfectionnée et efficace et le renouvellement des stocks de poisson ne se fait plus.

"C'est la dernière activité économique qui s'exerce aux dépens d'un stock sauvage dont on ne maîtrise ni la reproduction ni la dynamique de population. Or, on utilise des moyens qui s'assimilent à de l'industriel", souligne -t-il.

L'Union européenne fixe chaque année en décembre, à l'issue de négociations ardues, des quotas de pêche pour les différentes espèces. Les quotas visant à protéger le cabillaud, dont les réserves s'épuisent dangereusement, ont donné lieu à de vives protestations en France.

Mais plusieurs spécialistes jugent ces mesures insuffisantes face à la menace qui pèse sur nombre d'espèces.

Selon Charles Braine, chargé du programme pêche durable pour WWF France, la mise en place de politiques de pêche au niveau européen est, historiquement, partie sur de mauvaises bases.

"La pêche est une activité de cueillette, on est complètement dépendant de l'écosystème marin. Or, on a un peu plaqué le modèle agricole (...) sans se soucier de savoir si le milieu était capable de fournir durablement", regrette-t-il.

Pour arriver à une pêche durable, des scientifiques plaident pour la multiplication de réserves où toute activité humaine d'extraction est interdite. L'organisation Greenpeace réclame ainsi que 40% des océans soient transformés en "sanctuaires marins".

Mais un climat de défiance entre les différents acteurs de la filière ne favorise pas l'émergence d'un nouvel équilibre.

"Les scientifiques et les pêcheurs ont du mal à parler le même langage", souligne M. Beaucher.

Et d'expliquer qu'un stock peut, en apparence, être bonne santé, mais une analyse fine peut révéler une situation beaucoup plus alarmante. C'est le cas du thon rouge en méditerranée, pour lequel les scientifiques ont constaté la rareté préoccupante des poissons les plus actifs sexuellement.

Des solutions existent, selon M. Cury, mais la réaction de la communauté internationale sera un test crucial.

"Si nous ne sommes pas capables de résoudre ce problème de pêche, nous serons strictement incapables de résoudre le problème du changement climatique, qui est également un dossier global mais autrement plus compliqué", souligne-t-il.

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