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Wolfagang Wagner le 21 juillet 2003 à Bayreuth (Photo Peter Roggenthin/AFP/Archives)

Vendredi 25 juillet 2008, 09h44
Wolfgang Wagner, qui dirigera à partir de vendredi son dernier Festival de Bayreuth (Allemagne), aura moins marqué son temps par ses dons de metteur en scène et même de programmateur que par sa capacité à se maintenir, durant plus de 50 ans, à un poste convoité.

Le petit-fils du compositeur Richard Wagner quittera son poste de directeur général au plus tard le 31 août prochain, soit trois jours après la clôture de la 97e édition de la manifestation.

Il viendra de fêter ses 89 ans, lui qui est né le 30 août 1919 à Bayreuth, ville du nord de la Bavière où Richard Wagner a inauguré en 1876 un théâtre à la gloire de son oeuvre.

L'aventure de Bayreuth, Wolfgang va d'abord la mener en tandem avec son frère aîné Wieland. Lié au régime nazi -- Winifred, la mère de Wolfgang et Wieland, était une amie d'Hitler --, le festival n'aurait pas pu être relancé après la Seconde guerre mondiale sans l'énergie des deux frères.

Après avoir écarté leur mère, idéologiquement trop compromise, Wolfgang et Wieland parviennent à organiser leur premier festival en 1951.

Le partage des tâches est assez clair. Wieland est l'âme artistique du "Nouveau Bayreuth", signant des mises en scène qui fascinent par leur beauté stylisée et fidélisant une équipe de chanteurs (Nilsson, Varnay, Windgassen...) légendaire.

Les réalisations de Wolfgang, plus traditionnelles voire convenues, donnent de lui, au contraire, l'image d'un laborieux. C'est dans l'administration du festival que le cadet exerce le plus sûrement ses compétences, qui lui permettront de se maintenir seul au pouvoir, à la mort de Wieland en 1966.

Pragmatique, Wolfgang Wagner ne se contente pas de programmer ses propres productions (12 depuis les années 1950). Il fait appel régulièrement à des metteurs en scène extérieurs à la famille Wagner, souvent des figures de la modernité théâtrale, comme les Allemands Harry Kupfer et Heiner Müller.

Cette ère où les créateurs disposent de moyens et de conditions de production exceptionnels a un nom: "l'Atelier Bayreuth". Wolfgang Wagner montre qu'il a du flair en confiant la mise en scène du "Ring du centenaire" à un Français de 31 ans, Patrice Chéreau, hué en 1976 mais acclamé quatre ans plus tard.

Katharina Wagner le 25 juillet 2007 à Bayreuth (Photo Timm Schamberger/AFP/DDP)

Sous Wolfgang le festival, jusqu'alors propriété de la famille Wagner, assure sa pérennité en passant en 1973 sous le contrôle d'une fondation où siègent les pouvoirs publics.

Les années passent mais, sous son casque attendrissant de cheveux blancs et derrière le généreux sourire offert aux photographes, Wolfgang Wagner garde un caractère entier et une farouche détermination à conserver le pouvoir.

Certains s'en lassent, comme la soprano allemande Waltraud Meier, qui décide de ne plus mettre les pieds à Bayreuth tant que durera ce règne, illustrant le constat d'une relative raréfaction des grands chanteurs wagnériens sur la "Colline verte".

Fâché avec son fils Gottfried, sa première fille Eva et sa nièce Nike, Wolfgang "joue un mélange de +Dallas+ et de tragédie grecque", écrit un critique avisé.

La guerre de succession atteint son paroxysme en 2001, lorsque Wolfgang refuse la nomination d'Eva -- pourtant votée par le Conseil de fondation -- car il songe plutôt à sa seconde femme Gudrun ou à sa fille cadette Katharina pour le poste.

Mais Gudrun décède en novembre 2007, et Katharina se rapproche d'Eva pour succéder à son père. Une alliance que le patriarche fatigué bénit finalement avant de confirmer, en avril dernier, son retrait d'une direction dont il s'était pourtant proclamé le titulaire "à vie".

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