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La virologue française Françoise Barré-Sinoussi le 19 mai 2006 à l'Institut Pasteur de Paris (Photo Stephane de Sakutin/AFP/Archives) |
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Lundi 06 octobre 2008, 20h04
"Je pense que j'ai ma part de responsabilité": la réaction est caractéristique de la modestie de Françoise Barré-Sinoussi, 61 ans, co-lauréate lundi du prix Nobel de médecine avec le Pr Luc Montagnier pour son identification du virus du sida il y a 25 ans.
"C'est une personne d'une droiture morale et d'un engagement sans faille, une femme merveilleuse qui a toujours été le porte-étendard de la recherche fondamentale", confie Michel Kazatchkine, directeur du Fonds mondial de lutte contre le sida, qui travailla beaucoup avec elle quand il dirigeait l'Agence française de recherche sur le sida (ANRS).
"Elle a su porter la recherche fondamentale au plus haut sommet, c'est quelqu'un qui a toujours pris les virages de la recherche là ou elle ressentait qu'étaient les problèmes", dit-il à l'AFP.
Pourquoi tant de modestie ? "Parce que c'est sa personnalité, et aussi parce que le système est tel qu'on a mis le phare sur d'autres", glisse le Pr Kazatchkine.
J'ai ma vie avant 1983 et ma vie après 1983", a-t-elle coutume de dire, en référence à l'année de l'identification du virus.
Cette fumeuse de Menthol, amie des chats, a un tout petit bureau encombré à l'Institut Pasteur, où elle est directrice de laboratoire.
Née le 30 juillet 1947 à Paris, Françoise Barré est docteur en sciences (biochimie) en 1974 et chercheuse à l'INSERM depuis 1975. Elle débute dans la recherche à l'Institut Pasteur avec Jean-Claude Chermann, et ils travaillent sur les rétrovirus qui "codent la cellule à l'envers".
Après la découverte du virus en 1983, elle contribue à la mise au point de tests de dépistage, se tourne vers le monde en développement et identifie le virus en Asie, en Amérique latine et en Afrique. Liant recherche et action, elle travaille avec les équipes multidisciplinaires sur l'accès des pays pauvres aux traitements.
"Que Françoise ait obtenu ce prix alors qu'elle était en Asie du sud-est, c'est plus qu'une coïncidence, c'est un signe", dit le Pr Kazatchkine. La scientifique avait obtenu en 2003 le "prix du rayonnement français".
A l'Institut Pasteur, qu'elle a rejoint en 1988, elle dirige le laboratoire de "régulation des infections rétrovirales". Elle a aussi participé à la création de l'ANRS, dont elle chapeaute aujourd'hui les activités en Asie du sud-est.
"C'est quelqu'un qui a toujours mis en avant (le fait) que la recherche n'est pas une aventure individuelle, quelqu'un qui a toujours eu un sens considérable du travail d'équipe", dit le Pr Kazatchkine.
Présidente du conseil scientifique de l'ANRS, et membre du conseil d'administration de l'association Sidaction, Françoise Barré-Sinoussi a aussi été de quelques combats grand public.
En 1994, elle avait, avec le Pr Jean-Claude Gluckman, demandé au président François Mitterrand "la grâce" des Dr Michel Garretta et Jean-Pierre Allain, condamnés dans l'affaire du sang contaminé.
Estimant qu'il n'y a pas assez d'argent pour la recherche, elle a participé aussi au mouvement des chercheurs. "Un pays qui perd sa recherche est un pays en voie de sous-développement", dit-elle alors à un journaliste, ajoutant : en France, "nous risquons des catastrophes dans la santé publique".
Auteur de plus de 200 publications et de plus de 120 articles dans des revues scientifiques, Officier de la légion d'honneur et chevalier de l'Ordre du mérite, elle a reçu une dizaine de médailles nationales ou internationales pour ses contributions à la recherche sur le sida.