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Scène d'"Inferno" au Palais des papes d'Avignon, lors d'une répéttion, le 3 juillet 2008 (Photo Anne-Christine Poujoulat/AFP)

Dimanche 06 juillet 2008, 10h29
L'Italien Romeo Castellucci a créé samedi soir le premier volet d'une trilogie très librement inspirée de "La Divine Comédie" de Dante, "Inferno", suite de représentations visuelles et sonores qui révèle une utilisation fouillée de la Cour d'honneur du Palais des papes d'Avignon.

"Artiste associé" du 62e Festival d'Avignon en compagnie de l'actrice française Valérie Dréville, Romeo Castellucci en a profité pour s'engager dans un projet fou: monter les trois parties de la somme du poète florentin Dante Alighieri (1265-1321) sous des formes et dans des lieux divers.

Avant "Purgatorio", spectacle annoncé comme très théâtral au Parc des expositions de Châteaublanc (9-19 juillet) et "Paradiso", installation accueillie à l'Eglise des Célestins (11-26 juillet), "Inferno" trouve une résonance naturelle dans la Cour d'honneur.

Ecrite entre 1307 et 1319, "La Divine Comédie" est en effet contemporaine de la construction du premier Palais des papes d'Avignon, où a régné Clément V, le premier souverain pontife français, que Dante place d'ailleurs dans son "Enfer".

Le palais et sa cour, lieux mythiques du festival, sont en quelque sorte les personnages centraux de l'"Inferno" de Castellucci, spectacle très plastique et sensoriel mais sans paroles ou presque, tranchant en cela avec le culte de la langue célébré par Valérie Dréville dans "Partage de midi" de Claudel.

De vrais-faux touristes munis d'audioguides foulent ainsi l'immense scène jusqu'aux derniers instants précédant le spectacle, qui s'ouvre sur un commentaire enregistré évoquant l'histoire du lieu.

Puis le metteur en scène s'avance, lance un "Je m'appelle Romeo Castellucci" qui situe d'emblée son propos dans une démarche intime, et revêt une combinaison pour se protéger des morsures de trois chiens lancés contre lui, tandis que d'autres aboient, créant un vacarme éprouvant.

Le comédien italien Silvia Costa lors d'une répétition d'"Inferno" au palais des papes d'Avignon, le 3 juillet 2008 (Photo Anne-Christine Poujoulat/AFP)

Les scènes s'enchaînent de façon plutôt fluide. Après cette entrée en matière très animale, un homme portant une peau de bête escalade le mur surplombant le plateau, puis jette un ballon de basket à un enfant qui vient de taguer son prénom (ou celui de l'évangéliste Jean) sur la pierre.

Castellucci teste la gravité des objets, comme l'illustre le rebond du ballon accompagné par la musique bruitiste de Scott Gibbons et la trajectoire filante des lumières, à la façon d'une boule de feu, de fenêtre en fenêtre. Mais aussi le poids des corps, victimes d'égorgements à répétitions.

Le metteur en scène convoque une belle humanité, qui va des très jeunes enfants jusqu'aux vieillards. Une foule qui endure beaucoup (bruits d'accidents de voiture, strangulations, catapultages sur plateau glissant...) mais échange aussi des gestes tendres et adresse à l'être disparu des petits "Je t'aime".

Frisant la débauche anecdotique d'effets (piano en feu, drap blanc couvrant le public), pas toujours très lisible (pourquoi égrener le nom des oeuvres d'Andy Warhol ?), Castellucci peut aussi être limpide.

Notamment quand des lettres (E-T-O-I-L-E-S) sont inscrites sur de petits écrans dont certains chutent du mur, ne laissant que T-O-I. Une façon d'inviter, in fine, le spectateur à réfléchir à son propre enfer.

Après Avignon (jusqu'au 12 juillet), "Inferno" est promis à une tournée en France (Strasbourg, Poitiers, Dijon) mais aussi à Genève (Suisse), Modène (Italie), Vilnius, Ljubljana, Londres, Anvers (Belgique), Athènes, Los Angeles (Etats-Unis) et Tokyo.

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