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Ouverture du festival de Bayreuth en Allemagne le 25 juillet 2008 (Photo Joerg Koch/DDP/AFP) |
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Samedi 26 juillet 2008, 11h48
Bayreuth a réservé vendredi soir un accueil plutôt chaleureux à une nouvelle production de "Parsifal", le testament musical et spirituel de Richard Wagner, dont Stefan Herheim fait un chemin de rédemption, après le nazisme, pour l'Allemagne et le festival.
Le metteur en scène norvégien faisait ses débuts sur la "Colline verte", de même que le chef d'orchestre italien Daniele Gatti, en ouverture du 97e Festival de Bayreuth.
"Parsifal" a été spécialement composé pour le Festspielhaus (palais du festival), où il a été créé en 1882, six mois avant la mort de Wagner, puis entretenu comme une messe par la volonté de sa veuve Cosima.
C'est pourquoi ce "festival scénique sacré" n'a fait l'objet dans le passé que de huit productions à Bayreuth, ce qui est relativement peu pour un opéra qui a la particularité d'y être donné tous les ans ou presque.
La mise en scène de Stefan Herheim est donc la neuvième, et elle tranche avec la précédente, présentée de 2004 à 2007 par l'Allemand Christoph Schlingensief sous la forme d'un bric à brac syncrétique qui n'avait pas eu que des adeptes.
Puisque "Parsifal" occupe une place à part à Bayreuth, les lieux wagnériens sont très présents dans le spectacle du Norvégien, à commencer par la villa Wahnfried, la maison du compositeur.
C'est là que le "chaste fol" Parsifal, à l'allure de collégien en col marin, va entrer dans le monde du roi et protecteur du Graal Amfortas. L'acte I semble se dérouler comme dans un rêve de Parsifal, qui s'unit avec sa mère défunte en un geste incestueux et vit entouré d'êtres aux ailes noires de l'ange déchu.
Le premier acte n'est pas toujours lisible mais propose une relecture freudienne qu'il aurait été intéressant de voir approfondie par la suite.
Mais Stefan Herheim opte pour un ton plus politique dans le "jardin enchanté" (acte II) du magicien Klingsor, ici un maître de cérémonies de cabaret en porte-jarretelles qui évoque le Berlin décadent des années 1930, en pleine montée du fascisme.
Le monde vénéneux que Kundry propose à Parsifal a la couleur des bannières rouges à croix gammée tombant sur la Villa Wahnfried. La scène impressionne dans un théâtre qui fut l'une des vitrines artistiques du IIIe Reich, et suscite quelques huées.
Le troisième acte se joue dans une réplique de la scène du Festspielhaus, où il s'agit pour Parsifal de reconstruire un monde en ruines (la Villa Wahnfried encore, en partie détruite lors de la Seconde guerre mondiale). La vidéo rappelle au spectateur la devise des refondateurs du festival en 1951, les frères Wieland et Wolfgang Wagner: "Ici, l'art prévaut", façon de chasser les fantômes du passé.
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La chancelière allemande Angela Merkel à l'ouverture du festival de Bayreuth en Allemagne le 25 juillet 2008 (Photo Timm Schamberger/DDP/AFP) |
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Le salut du Graal passe aussi par celui de l'Allemagne, montrée en démocratie parlementaire (avec hémicycle) dans un monde apaisé (la Terre fait penser à une grande boule de discothèque): espérons qu'il y ait de l'ironie ici...
Le public s'en moque et salue bruyamment (à quelques exceptions près) le spectacle, indulgent envers un propos hétérogène (psychologique, politique...) et la débauche d'effets (de lumières, de trappes, de chute des cintres, etc.).
Il fait un triomphe à la distribution, notamment à l'Amfortas rayonnant du baryton allemand Detlef Roth et au Parsifal désormais bien rôdé du ténor britannique Christopher Ventris, tous deux faisant leurs débuts à Bayreuth.
Déroulant sa lecture sur quatre heures quarante, Daniele Gatti opte pour des tempi plutôt lents, plus proches de ceux de Toscanini que de Boulez. Ce faisant, l'orchestre prend parfois du poids et des couleurs (la mélancolie des cordes à l'acte III) mais perd beaucoup en tension dramatique.
Comme souvent à Bayreuth, le choeur, en particulier chez les femmes, est pour sa part un enchantement.