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Gérald Lesigne le 28 septembre 2007 à Boulogne-sur-mer (Photo Denis Charlet/AFP/Archives)

Mercredi 21 mai 2008, 12h35
Le procureur Gérald Lesigne, jugé par ses pairs pour sa responsabilité présumée dans le fiasco judiciaire d'Outreau, a admis mardi ses erreurs d'appréciation pendant l'enquête, mais assuré que sa hiérarchie avait toujours pu se forger elle-même un avis sur les poursuites engagées.

"Le parquet général avait le dossier également, il pouvait se forger une opinion", a déclaré le procureur de la République de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), au deuxième jour de sa comparution devant le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), l'organe disciplinaire de la profession.

M. Lesigne était interrogé sur un des principaux griefs ayant incité le garde des Sceaux Pascal Clément à le renvoyer devant le CSM en 2006, à savoir un supposé manque de communication avec le parquet général de Douai (Nord) sur son traitement de l'affaire de pédophilie.

Au printemps 2001, le procureur adresse au parquet général un rapport expliquant que l'enquête s'oriente désormais vers "un trafic international" de cassettes vidéo pédophiles, via une société exploitée par deux Français en Belgique.

Des soupçons qui amplifient une affaire circonscrite jusqu'alors à la famille Delay et à son voisinage - à Outreau près de Boulogne -, mais qui s'avéreront ensuite faux.

Au total, sept des 17 accusés au premier procès d'assises en 2004 seront acquittés, rejoints par six autres lors du procès en appel en 2005.

Mais au début de l'instruction en 2001, s'est justifié M. Lesigne, "on est vraiment sur un faisceau d'éléments qui m'a convaincu".

Et au parquet général, "il n'y pas de réaction (...) si j'avais eu des remarques, j'aurais pu rebondir" et expliciter davantage la motivation des poursuites.

Gérald Lesigne (Centre de dos le 19 mai 2008 en audiences disciplinaire devant le CSM (Photo Jacques Demarthon/AFP)

Une affaire de pédophilie "avec pluralité d'auteurs" relevait d'"une certaine banalité" dans la région, ajoute le procureur, laissant entendre qu'en 2001-2002, sa hiérarchie était davantage sensibilisée aux affaires d'immigration clandestine vers la Grande-Bretagne via le port de Calais.

Lors de l'audience, ouverte lundi dans les locaux de la Cour de cassation à Paris, Gérald Lesigne a reconnu son manque de clairvoyance lorsque début 2002 les enfants Delay se livrent à "une floraison de dénonciations", entraînant une cascade de mises en examen assorties de placements en détention.

"Je me suis planté", a-t-il admis. "Je pensais être près de certitudes raisonnables, celles-ci se sont effondrées (...) la catastrophe est arrivée".

Il a expliqué n'avoir toutefois pas voulu s'immiscer dans le travail du juge d'instruction Fabrice Burgaud - qui sera aussi jugé par le CSM -. "Cela aurait été pris pour de l'acharnement" par les suspects et leurs avocats, a-t-il dit.

Mardi après-midi, le procureur a dû aussi s'expliquer sur sa fin de non recevoir à la proposition d'être assisté par un autre magistrat dans ses fonctions d'avocat général aux assises du Pas-de-Calais en 2004, un autre grief retenu par la Chancellerie.

"Je ne captais pas le dossier, j'étais prêt" à accepter cette assistance si le parquet général l'avait ordonnée, a-t-il affirmé, soulignant qu'il n'avait fait que décliner deux propositions à ses yeux inadéquates.

M. Lesigne a par ailleurs rappelé qu'à ce premier procès il avait requis les sept acquittements finalement prononcés.

Après l'audience, prévue jusqu'à mercredi voire jeudi, le CSM mettra son avis en délibéré à plusieurs semaines. Il reviendra ensuite à Rachida Dati de décider d'une éventuelle sanction.

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