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 LOISIRS 

Royal de Luxe convoque les fantômes de l'Amérique Latine


Une scène des "Cauchemars de Toni Travolta", créé le 8 mai 2008 à Saint-Brieuc (Photo Fred Tanneau/AFP)

La compagnie Royal de Luxe a ouvert en beauté jeudi soir le festival Art Rock à Saint-Brieuc en offrant en première mondiale sa dernière création, "les cauchemars de Toni Travolta", récit de la rencontre de deux jeunes fous de danse et de musique sur fond de dictature.

Interprété par la troupe chilienne Gran Reyneta et donné en plein air, ce nouveau spectacle convoque, sous la forme légère de la comédie musicale, les fantômes de l'Amérique latine dans sa période la plus noire et même la guerre en Irak.

Vendredi 09 mai 2008, 17h31
Tout commence et tout finit en chansons pendant 75 minutes menées tambour battant où l'on suit en parallèle l'histoire de deux familles: l'une ordinaire, où le père se prend pour John Travolta et la mère pour Lisa Minelli, et l'autre appartenant à la bourgeoisie militaire.

Sur cette trame, source de gags et de postures outrées qui emporte le rire, défilent, cauchemar ou réalité, le spectre des enfants enlevés à leur naissance pour le bénéfice des familles proches du régime militaire, la torture, les valeurs prônées mais foulées aux pieds par les dictatures, l'argent omniprésent et qui fait tout oublier.

Grâce à la forme choisie, la comédie musicale -on y reprend "New York, New York" ou "I'm singing in the rain"-, le spectacle "n'a pas un ton militant tout en abordant des sujets très graves", reconnaît Anne-Marie Vennel, l'assistante du metteur en scène de Royal de Luxe, Jean-Luc Courcoult.

Une scène des "Cauchemars de Toni Travolta", créé le 8 mai 2008 à Saint-Brieuc (Photo Fred Tanneau/AFP)

Ce spectacle a été conçu au Chili avec les jeunes artistes de la Gran Reyneta. Au départ, les acteurs "avaient énormément envie de parler d'argent", explique Anne-Marie Vennel. Puis le propos s'est élargi car "le pays est toujours marqué par la dictature (...) Il y a tout ce passé qui reste très présent".

Outre la langue, le Chili "imprime sa marque" au spectacle, assure Mme Vennel, car "on y retrouve la tendresse et la violence, si présentes dans ce pays".

Royal de Luxe entretient "une histoire d'amour" avec le Chili depuis que la compagnie nantaise y a joué, à la fin des années Pinochet, son spectacle "Roman Photo", qui y a connu un énorme succès, l'encourageant à y présenter plusieurs autres oeuvres.

C'est ainsi qu'est née la volonté de travailler avec de jeunes artistes chiliens et qu'a été fondée la Gran Reyneta. Composée d'une quinzaine de membres, la troupe a d'abord repris en 2005 "Roman Photo", qu'elle a joué en Amérique latine avant de le présenter en Europe, notamment à Art Rock en 2006. "Une envie de transmission", commente Anne-Marie Vennel.

Puis l'idée s'est imposée d'un "projet là-bas" qui a donné naissance à ces "cauchemars de Toni Travolta" où les artistes sont tour à tour chanteurs, danseurs ou musiciens.

Le spectacle est joué chaque jour jusqu'à lundi à Saint-Brieuc avant de partir pour le Portugal puis de tourner en France et en Europe jusqu'à l'automne. Viendra ensuite l'Amérique latine.

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