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Enquête Apec > Interview Sophie Pochic
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Septembre 2005

"Le climat ambiant pousse les cadres à ne plus avoir confiance dans les stratégies de leur entreprise"

Sophie Pochic, sociologue au CNRS, spécialiste des cadres, analyse les conclusions de l'Apec pour mieux comprendre les mutations de ce statut professionnel complexe et diversifié.
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Sophie Pochic, chargée de recherche en sociologie au CNRS, co-auteure de "Les cadres au travail - Les nouvelles règles du jeu." Editions La Découverte, 2004.

Les cadres ont-ils toujours un statut privilégié sur la marché de l'emploi ?
Oui, la France est un système assez élitaire au niveau de l'emploi et les cadres demeurent des privilégiés en termes de perspective de carrière, de niveau de rémunération et de relative stabilité de leur emploi par rapport aux autres populations moins diplômées Mais il est très difficile de généraliser sur l'évolution de la relation des cadres à l'entreprise. C'est une catégorie très diverse. Si on est jeune avec comme atout, au départ, un diplôme d'une grande école, les perspectives sont aujourd'hui plutôt positives. En revanche, les cadres seniors, notamment les cadres de production ou les commerciaux, s'interrogent plus sur l'avenir de leur fonction.

Est-il vrai qu'en période de récession ils sont touchés plus tard par le chômage, alors que leur recrutement redémarre plus vite, en période de reprise ?
C'est plus compliqué. Dans les grandes entreprises touchées par des vagues de restructuration, comme dans le cas de Hewlett-Packard, ils ne sont pas plus protégés que les autres. Mais il est vrai qu'ils sont plus présents dans les grandes entreprises que dans des PME, dont la santé économique est plus fragile et dépendante des cycles de la conjoncture.La probabilité pour un cadre de retrouver un emploi varie également selon son profil. Il existe des cadres autodidactes : des employés, des techniciens qui sont montés au statut de cadre par la mobilité interne. Quand ils sont au chômage, ils ont des difficultés à retrouver un emploi et surtout à retrouver leur statut de cadre car en France le critère du diplôme est très fort même si les personnes ont la qualification nécessaire.

"Les cadres seniors cumulent de nombreux handicaps dans les représentations des employeurs"

Le reprise du recrutement bénéficiera donc a priori davantage aux jeunes diplômés qu'aux cadres seniors au chômage ?
A chaque fois qu'il y a une reprise, comme en 1999-2000 où on parlait de "pénurie de salariés qualifies", "de manque de diplômés dans les grandes écoles", les cadres seniors au chômage ont quand même des difficultés pour se faire recruter. C'est triste à dire mais ils cumulent de nombreux handicaps dans les représentations des employeurs. Ils sont considérés comme plus chers, moins adaptables, moins malléables et souvent moins dynamiques. Et ces représentations ont la vie dure, elle sont historiquement très profondes puisqu'elles sont apparues dès les années 1970. Aujourd'hui, les jeunes diplômés ont beaucoup d'atouts : ils sortent d'écoles, ont fait un stage à l'international, parlent l'anglais, ils sont beaucoup mieux armés que des cadres maisons comme les contremaîtres qui sont passés ingénieurs dans l'industrie sans posséder les diplômes. C'est un phénomène très français par rapport aux autres pays d'Europe, et notamment aux pays scandinaves : la France a l'un des taux d'activité les plus bas pour les plus de 55 ans.

Pourquoi en dépit de ces perspectives d'embauche, les cadres sont-ils plutôt pessimistes aujourd'hui ?
Les perspectives de recrutement sur lesquelles se fonde l'enquête de l'APEC ne se réalisent pas toujours : il peut y avoir un retournement de cycle qui empêche les entreprises de les concrétiser. Or depuis le début de l'été, on assiste à une forte médiatisation d'entreprises en voie de délocalisation ou de restructuration, comme Danone ou Hewlett-Packard. Il y a actuellement des histoires d'entreprises très marquantes qui contribuent au climat ambiant et poussent les cadres à ne pas avoir confiance dans les stratégies de leur entreprise : même si elles ont un fort bénéfice, il n'est pas certain qu'elles vont recruter. Et il y a aussi des interrogations sur le recrutement à l'étranger : le cas de Hewlett-Packard est très illustratif du fait que des entreprises qui font 30 % de bénéfices au trimestre précédent peuvent décider de faire des coupes dans l'emploi et même dans l'emploi des cadres alors que pendant longtemps la délocalisation était surtout associée à l'emploi peu qualifié. Tout ce discours sur la concurrence des informaticiens indiens, certaines réformes du gouvernement, comme la proposition d'un CDD de 5 ans pour les cadres ou le renforcement des contrôles pour les chômeurs peuvent expliquer pourquoi il y a un décalage entre la situation réelle de l'emploi et la perception des cadres.


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 Claire PLANCHARD, L'Internaute
 
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