Les régimes spéciaux

En 1995, Alain Juppé, alors Premier ministre de Jacques Chirac, avait abandonné la réforme des régimes spéciaux, après la grève du mois de décembre qui lui avait valu d'être extrêmement impopulaire. En 2003, François Fillon ministre des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité avait également laissé de côté la réforme des régimes spéciaux en raison du caractère très sensible du dossier. Cette année, Nicolas Sarkozy s'est saisi du dossier en ces termes : "Je ferai la réforme des régimes spéciaux de retraite. C'est une question de justice." Douze ans après l'échec d'Alain Juppé, il semblerait que l'opinion publique soit davantage prête à accepter ce changement.

 

Réformer au nom de "l'équité"

 

Nicolas Sarkozy
 
Nicolas Sarkozy Photo © L'Internaute Magazine
 

Au cours de la campagne présidentielle, le candidat Nicolas Sarkozy s'était engagé à réformer les régimes spéciaux au nom de "l'équité". Jeudi 8 septembre, le président Sarkozy a rappelé cette promesse électorale. Trois jours plus tard, le Premier ministre François Fillon a fait part de sa volonté d'aligner les régimes spéciaux "sur les régimes des fonctionnaires" et non sur le régime général, comme cela a pu être envisagé. Rapprochés en 2003 par la réforme Fillon, ces deux régimes ont en commun de prévoir quarante ans de cotisations. Cependant, ils présentent encore un certain nombre de différences et peuvent évoluer différemment l'un de l'autre.

 

La réforme des régimes spéciaux, une question de "justice", mais pas seulement pour le gouvernement qui met également en avant des nécessités financières. Cet argument paraît peu convaincant, dans la mesure où les régimes spéciaux ne représentent que 5 % des retraités, ce pourcentage allant en régressant. Ce n'est donc pas la réforme des régimes spéciaux qui pourra permettre de financer les retraites...

 

Un calendrier accéléré, des syndicats sur le qui-vive

 

Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il ferait part de sa décision concernant les régimes spéciaux de retraite "le 18 septembre", à l'occasion d'un discours devant les journalistes sociaux. Il semblerait par ailleurs que le président de la République ait demandé au gouvernement de plancher en urgence sur le dossier, afin de parvenir à le boucler avant le 31 décembre. Un texte-cadre a été soumis par le ministre du Travail Xavier Bertrand, le 10 octobre, aux syndicats, et devrait aboutir à un compromis avant la fin de l'année.

Mais les syndicats ne voient pas cette réforme d'un bon œil. Si tout le monde s'accorde sur la nécessité de réformer les régimes spéciaux, gouvernement et syndicats ne semblent guère d'accord sur la méthode. François Chérèque a parlé de la possibilité d'un "conflit majeur" si la réforme se faisait "sans dialogue et sans concertation". En 1995, c'était cette absence de négociation avec les partenaires sociaux qui avait valu à Alain Juppé d'échouer sur ce dossier. Mais depuis, le climat a bien évolué : l'opinion publique est désormais favorable à une telle réforme. Par ailleurs, les régimes spéciaux concernent aujourd'hui relativement peu de personnes. Ces dernières auront certainement des difficultés à mobiliser sur la perte d'avantages considérés par de nombreuses personnes comme des privilèges corporatistes. En 2003, François Fillon, alors ministre des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité, n'avait pas abordé ce sujet sensible dans sa loi sur la réforme des retraites, qui avait notamment fait passer la durée de cotisation des salariés du public de 37,5 à 40 ans. Une "stratégie", a-t-il révélé, pour isoler les régimes spéciaux.

La riposte des syndicats ne devraient pas se faire attendre : le 18 octobre, ils ont appelé à la grève. Un mouvement qui s'annonce massif à la SNCF. Les cheminots seront rejoints par les agents de la RATP, d'EDF et de GDF, dont les syndicats ont fini par appeler eux aussi à la grève pour défendre leurs retraites.

 

Ils ont réagi à l'annonce de la réforme

 

» François Chérèque, secrétaire général de la CFDT : "Si le gouvernement a décidé de passer en force, il y aura un conflit majeur y compris avec la CFDT, on ne pourra pas accepter qu'une telle réforme se fasse sans dialogue et sans concertation".

» Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, a estimé que le Premier ministre a "donné l'impression d'avoir chargé les missiles et d'attendre que le président de la République appuie sur le bouton".

» Bernard Thibault a averti lundi que "si le gouvernement continue sur la même voie, à la fois par l'impréparation sur les contenus et en procédant par le fait accompli, nous allons vers des complication évidentes".

» Patrick Devedjian, secrétaire général délégué de l'UMP a estimé que le dossier nécessitait un débat : "Que cela ait lieu par décret ou par la loi, cela nécessite un débat sur le plan social avec les partenaires sociaux et un débat sur le plan parlementaire".

» Manuel Valls, député PS de l'Essonne, a approuvé le principe de la réforme : "il faudra aligner les régimes spéciaux sur le régime général. C'est une question d'équité et une question financière".

» Le Parti communiste a annoncé qu'il "mettra tout en œuvre pour combattre la logique de destruction du gouvernement" du système des retraites.

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François Fillon a déclaré que la réforme des régimes spéciaux de retraite était "prête" et qu'elle pourrait intervenir dans les prochains mois. Que pensez-vous de cette réforme ?

 


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