L'Internaute a interrogé Alexandre Sumpf, agrégé
d'histoire et professeur au collège Vincent Van Gogh
à Clichy La Garenne. Il nous a expliqué les
raisons de son opposition à la lecture de la lettre
de Guy Môquet. Des réserves aussi bien pédagogiques
qu'historiques.
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Alexandre Sumpf, professeur d'histoire
© A. Sumpf
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Quel problème pose, en termes pédagogiques, l'initiative
prise par Nicolas Sarkozy de faire lire la lettre d'adieu
du jeune résistant Guy Môquet dans les écoles ?
On en revient au débat de la modification des programmes
scolaires par la loi, posé en 2005. Normalement, c'est l'Inspection
générale et la Commission nationale des programmes (composée
d'universitaires et de chercheurs nommés pour 5 ans) qui
sont chargées de fixer les programmes et non le Président
de la République. On en revient également au débat lancé
en 2005 à propos de la mention des effets positifs de la
colonisation dans les manuels scolaires, sauf que l'on a
cette fois-ci une aggravation, une présidentialisation du
régime. En 2005, tout s'était passé à l'Assemblée : là,
c'est le Président qui entend ajouter sa pierre au programme.
Pourquoi ne pas complètement réécrire l'histoire tant qu'on
y est ?
Et en termes historiques ?
Mettre en avant cette victime plus qu'un autre, les résistants
plus que d'autres victimes est injuste à l'égard d'autres
luttes et d'autres mémoires victimaires. Pourquoi ne pas
changer tous les programmes d'histoire et de littérature
? Par ailleurs, le contenu de cette lettre n'a aucune incidence
historique, n'a pédagogiquement aucun intérêt. Certains
disent que c'est toujours une façon pour les gens d'accéder
à l'Histoire et que beaucoup de personnes ne connaissaient
pas Guy Môquet avant que Nicolas Sarkozy le mette en avant.
Mais on ne comble pas l'inculture d'une population par le
saupoudrage de références choisies au hasard.
L'initiative de faire lire la lettre de Guy Môquet dans
les écoles a été saluée par de nombreuses personnes. Pourquoi
selon vous ?
ll a réussi à toucher la "bien pensance" politique. Les
lois Gayssot (NDLR qui pénalisait, dans son article 9, la
contestation de la Shoah et toute tentative de révisionnisme)
et Taubira (NDLR : reconnaissant l'esclavage et la traite
comme crime contre l'humanité) avaient déjà recours à ces
mêmes valeurs. Ces lois bien pensantes contredisaient les
principes républicains de la séparation du pouvoir et du
savoir, ainsi que l'éthique scientifique. Cette "bien pensance"
n'est pas démocratique et veut régler par la loi ce qui
doit l'être par la société.
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Guy Môquet
© DR
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A la place de le lettre de Guy Môquet, quel texte
aimeriez-vous faire lire à vos élèves
?
Si je devais donner un texte à lire, je donnerais L'étrange
défaite de Marc Bloch. Ce dernier était historien et
a écrit de puissants passages avant d'être arrêté et torturé
par les nazis. Il s'agissait du livre d'un Français et d'un
historien, qui, bien qu'analysant les événements à chaud,
faisait des constats d'une grande pertinence : on est de
loin de la simple émotion d'un jeune de 17 ans. A ceux qui
prétendent qu'il faut de l'émotion pour accéder à l'Histoire,
je conseillerais ce livre, un texte tout aussi chaud émotionnellement
que la lettre de Guy Môquet, mais très lucide et qui en
dit long sur les conditions de la défaite…
» A suivre : L'avis
d'une prof pour