Robert Boulin : pourquoi Jacques Chirac est indirectement soupçonné

La réouverture de l'enquête sur l'affaire Boulin fait renaître les soupçons de possibles déstabilisations politiques ayant conduit au suicide de l'ancien ministre, ou bien à son assassinat. L'ombre de Jacques Chirac plane sur l'affaire.

La version officielle de la mort de Robert Boulin, qui se serait suicidé en octobre 1979 dans la forêt de Rambouillet, va donc être remise en question. Le dossier est à nouveau entre les mains de la justice, puisqu'une nouvelle enquête vient d'être confiée à un juge d'instruction pour "arrestation, enlèvement et séquestration suivie de mort ou assassinat". Des témoins seraient aujourd'hui prêts à déposer devant un juge, l'un d'eux assure même avoir vu Robert Boulin dans un véhicule se rendant à Sant-Léger, à la place du passager, accompagné de deux hommes. De quoi faire vaciller le scénario retenu par la justice jusque-là : le ministre n'aurait pas supporté d'avoir été mis en cause dans une affaire immobilière crapuleuse liée à sa propriété dans le Var. Il se serait donc donné la mort après avoir écrit plusieurs lettres à ses proches et à plusieurs personnalités politiques.

La thèse de l'assasinat, que défend la famille de Robert Boulin, est prise très au sérieux par la justice. Peut-il alors s'agir d'un crime politique ? Pour les spécialistes du dossier, c'est une réelle possibilité, notamment pour un journaliste d'investigation interrogé par LCI (voir ci-dessus) : "C'est une affaire qui révèle des dysfonctionnements très graves au sein de l'Etat. On voit l'ombre dans ce dossier du SAC, le service d'action civique, la milice du parti gaulliste. Tout a été fait pour étouffer ce dossier". S'il y a eu agissements politiques, il y a donc eu des personnalités publiques à la manoeuvre. De qui parle-ton ? En réalité, les soupçons se portent sur les ténors du RPR, qui se sont lancés à l'époque des faits dans une guerre politique contre l'UDR pour apparaître comme le grand parti de la droite, le mieux placé pour remporter les élections en 1981. Jacques Chirac, qui a créé le parti en 1976, considère d'ailleurs à la fin des années 1970 Robert Boulin comme un traitre et un rival dans la course qui consiste à s'affirmer comme l'un des leaders incontournables à droite.

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Le RPR est d'ailleurs suspecté d'avoir fait sortir dans la presse le scandale immobilier impliquant Robert Boulin, afin de l'affaiblir politiquement. Pour le journaliste Benoît Collombat, auteur de "Un homme à abattre : contre-enquête sur la mort de Robert Boulin", Jacques Chirac fait incontestablement partie de l'affaire, quel que soit son niveau d'implication. Interrogé par Atlantico en janvier 2013, le journaliste affirme qu'à l'époque, "en tant que gaulliste social et ancien résistant rallié à Giscard dont le nom est cité comme futur Premier ministre, Boulin devient une cible politique". Le fondateur du SAC, Jacques Foccart, va alors travailler pour Jacques Chirac, notamment en mettant à son service "ses réseaux africains". Victime de destabilisations, de menaces, Robert Boulin aurait en effet préparé une contre-attaque. "Il menaçait notamment de révéler des éléments sur le financement du RPR et Elf-Gabon" explique encore Benoît Collombat. Il aurait eu également "connaissance des flux opaques et des valises de billets échangées notamment entre Paris et Libreville".

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Jacques Chirac / Robert Boulin

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