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Chat avec Laurent Fabius
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Novembre 2005

Laurent Fabius : "Mon gouvernement comptera autant d'hommes que de femmes"

Au lendemain du Congrès socialiste du Mans, Laurent Fabius a répondu en direct à vos questions vendredi 25 novembre. Europe, violences urbaines, présidentielle 2007... L'ancien Premier ministre explique ses propositions et revient sur les grands moments de sa carrière politique.
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Quelle est la meilleure qualité d'un homme politique ?
Laurent Fabius
: La résistance et l`écoute.

Vous êtes entré au PS à 28 ans. Diriez-vous que c'est une vocation tardive ?
Non. J'ai toujours été socialiste mais je n'ai adhéré qu`à 28 ans. Cela fait donc 31 ans que je suis au PS. C'est le seul parti dont j'ai été membre.

Quel est votre meilleur souvenir de Mitterrand ?
Le 10 mai 1981, à 20h, lorsque son visage est apparu à la télévision parce qu'il avait gagné les élections.

Pourquoi avoir choisi la commune de Grand Quevilly pour être maire ?
C'est la commune dont je suis l'élu depuis 1977. J'ai d`abord été adjoint au maire. Et lorsque le maire Tony Larue est décédé, je l'ai remplacé. C'est une commune ouvrière de 270 00 habitants que j'aime et dont les habitants m'apprécient je crois.

En quoi avez-vous changé depuis que vous étiez "le Premier ministre de la France" ?
J'ai quelques années de plus. Ensuite, j'ai réfléchi à ce que la gauche a fait de bien et de moins bien. Et puis le contexte français et international a aussi changé. Tout cela fait que j'ai aujourd'hui plus d'expérience, et que je vois mieux ce que la gauche peut faire dans notre pays et pour lui.

J'ai lu que vous aviez commencé par faire des études de lettres. Quels sont vos goûts en littérature ? Avez-vous encore le temps de lire ?
J'aime beaucoup les romanciers français du XIXème siècle. J'aime aussi Gabriel Garcia Marquez et Julien Gracq. Je lis des ouvrages historiques, quelques romans et je n'aime pas du tout les ouvrages qui traitent de politique.

"Je préfère le changement à la rupture. Et c'est vrai que la France a besoin de changer."

Faut-il vraiment une "rupture" en France comme le demande Nicolas Sarkozy ?
Il veut surtout rompre avec Jacques Chirac. Et avec un certain vocabulaire. Mais dans les faits, c'est une droite classique avec des mots plus violents. Je préfère le changement à la rupture. Et c'est vrai que la France a besoin de changer. Emploi, logement, éducation, protections... Tout cela doit changer.

Que faire pour redonner confiance aux Français dans leur système politique et économique ?
D'abord être concret. Les soucis des habitants de Grand Quevilly, c'est quoi ? Là encore, emploi, logement, éducation, protections... C'est à cela qu'il faut apporter des réponses. Et puis sans cesse écouter les gens. Ne pas avoir la grosse tête. Savoir se remettre en cause. Et être intransigeant sur les valeurs.

Avez-vous des propositions pour remédier aux problèmes des banlieues ?
Oui, l'explosion des banlieues, c'est la rencontre entre une poudrière et des allumettes. Les allumettes, ce sont les décisions négatives du gouvernement sur les emplois jeunes, sur la police de proximité, ...etc. La poudrière, c'est l'addition d'une formation insuffisante, d`un chômage massif, d'un mauvais logement, de nombreuses discriminations. Donc c'est là-dessus qu'il faut agir. Un exemple ? Toutes les communes doivent construire vraiment des logements sociaux pour éviter des ghettos dans certaines communes. A Grand Quevilly, il y a 72 % de logements sociaux. A Neuilly, ville de Monsieur Sarkozy, 2,6 % !

"Je suis pour un projet de Constitution différent, beaucoup plus court, beaucoup plus lisible, centré sur les institutions et sur les valeurs de l'Europe."

Qu'est-ce qui vous a décidé à prendre position contre le projet de Constitution européenne alors que vous aviez soutenu le traité de Maastricht ?
Parce que je suis très pro-européen. Mais pour une Europe plus sociale, plus démocratique, plus écologique et que je ne retrouvais pas cela dans le projet de Constitution. Maastricht, c'était la création de l'euro, j'étais et je reste pour la création de l'euro. Mais Maastricht, c'était aussi une Banque centrale européenne indépendante, ne rendant de comptes à personne et s'occupant surtout de l'inflation et pas de la croissance ou de l'emploi. J'ai vu ce que cela donnait, en particulier quand j'ai été ministre des Finances. Je pense que cela aurait été une grande erreur de confirmer tout cela dans une Constitution. Donc je suis pour un projet de Constitution différent, beaucoup plus court, beaucoup plus lisible, centré sur les institutions et sur les valeurs de l'Europe et non pas un texte illisible qui débouche sur une Europe hyper libérale.

Quelles sont les actions à mettre en oeuvre pour redonner aux jeunes l'envie de s'engager politiquement ?
Cela commence au niveau local. Par exemple, si vous proposez aux jeunes de s'investir dans des activités associatives, humanitaires, vous leur donnez le goût de l'action collective et politique. Au niveau national, il faut leur montrer concrètement que même s'ils ne s'intéressent pas à la politique, la politique s'intéresse à eux. L'Education nationale : c'est de la politique. L'action contre l'extrême droite : c'est de la politique. La lutte contre les discriminations : c'est de la politique.

Pensez-vous que la gauche ait correctement rempli son rôle d'opposition depuis 2003 ?
Pas toujours. Dans plusieurs cas, elle n'a pas été assez ferme. J'ai souvent demandé que l'opposition soit frontale. On peut être courtois, responsable et en même temps très ferme. J'ajoute que parfois, les propositions de la gauche ne sont pas suffisamment claires. Mais maintenant il faut changer tout cela, être à la fois, très ferme dans notre opposition et précis dans nos propositions. Par exemple, sur les banlieues, nous proposons une loi-programme dotée de moyens financiers suffisants pour apporter du service public, du logement, de l'emploi dans ces quartiers. Autre exemple : je propose un service civique pour les garçons et les filles de 6 mois obligatoire afin d'opérer un vrai brassage social, et de donner une expérience des autres et non pas un gadget. Autre exemple : les maires qui ne construisent pas de logements sociaux ne doivent pas recevoir de subventions pour d'autres projets beaucoup moins nécessaires.

Etes-vous favorables à l'idée d'une refonte des institutions de la Vème République proposée par Arnaud Montebourg ?
Je crois qu'il faut changer profondément le contenu et la pratique de nos institutions. Elles ne sont pas assez démocratiques. Il faut donner plus de rôle au Parlement, revaloriser la fonction du Premier ministre, exercer un contrôle plus réel de la population sur les institutions, démocratiser le Conseil constitutionnel, le Conseil supérieur de l`audiovisuel, pratiquer une vraie décentralisation avec les moyens financiers correspondants. Et puis il faut aussi une démocratie sociale et une démocratie culturelle. Bref il faut ouvrir les fenêtres.

Que pensez-vous de la synthèse trouvée au PS pendant le Congrès du Mans ? Est-ce une bonne chose pour le parti et votre stratégie ?

"Le PS est aujourd'hui plus rassemblé et je crois bien ancré à gauche, j'en suis nécessairement heureux. Mais je reste vigilant."

Le PS avait besoin de renforcer son unité. La synthèse va dans ce sens. Encore faut-il qu'elle soit mise en pratique dans son esprit. Vous savez que j'avais déposé une motion qui s'appelait "Rassembler la gauche". Comme le PS est aujourd'hui plus rassemblé et je crois bien ancré à gauche, j'en suis nécessairement heureux. Mais je reste vigilant.

Si vous étiez élu Président en 2007, quelles seraient les premières mesures que vous prendriez avec votre gouvernement ?
D'abord nommer le Gouvernement qui comportera autant de femmes que d'hommes. Ensuite, les premières mesures sociales et économiques pour faire redémarrer le pays aujourd'hui en panne. Et puis une grande conférence sociale avec les partenaires pour préciser l`agenda. Mais attendez un peu... Et préparez-vous !

Pardonnez-moi mais je me suis toujours demandé : d'où vient votre nom ?
Il vient de Fabius Cunctator, personnage romain assez connu des spécialistes. Mon arrière-grand-père s'est vu attribué ce nom : il était instituteur, avait fait beaucoup de bien à sa commune et on lui a donné par reconnaissance ce nom alors qu'il s`appelait lui-même Lion et habitait l'Est de la France. L'instituteur a eu un enfant qui est devenu brocanteur. Le brocanteur a eu des enfants qui sont devenus antiquaires. Et l'antiquaire a eu notamment un enfant qui est devenu Premier ministre. C'est ce qu'on appelle sur trois ou quatre générations, la méritocratie républicaine.

Je suis peut-être un peu bête mais je ne suis pas tout à fait sûr : vous présenterez à l'élection présidentielle de 2007 quoi qu'il arrive ?
Si je suis désigné comme candidat par le Parti Socialiste. Mais vous n'êtes pas bête du tout !

J'ai entendu dire que vos parents ont eu à souffrir des lois antisémites du régime de Vichy entre 1940-1944. Est-ce vrai ?
Bien sûr. Mon père a fait de la Résistance. Ma mère était infirmière dans les armées. Et ils ont dû se cacher en particulier dans un petit village du Vaucluse : Cadenet. Mes oncles ont également été résistants. D'autres membres de ma famille ont été déportés mais fait extraordinaire alors qu'il y avait 5 frères dans ma famille et qu'ils ont tous été résistants, ils sont tous revenus. Malheureusement, ils sont tous morts aujourd'hui.

Vous étiez réputé libéral et vous proposez aujourd'hui des mesures très à gauche : comment expliquez vous ce changement ?
Il y a des points sur lesquels je n'ai pas changé parce que comme socialiste, j'ai toujours considéré qu'ils étaient essentiels. Par exemple : le rôle central de l'éducation. On l'a oublié mais c'est moi qui aie créé le baccalauréat professionnel. De même, l'importance capitale de la recherche, d'une fiscalité juste, ou encore de la laïcité. Sur tous ces points, je n'ai pas changé. En revanche, il y a des points sur lesquels j'ai évolué : soit parce que le contexte a évolué, soit parce que j'ai pensé que nous nous étions trompés. Par exemple, dans le passé, nous n'abordions pas la question des délocalisations. Il faut maintenant le faire. Par exemple, sur la Banque centrale européenne, l'expérience m'a montré qu'il ne fallait pas reconduire les dispositions de Maastricht.

Le PS a dit qu'il re-nationaliserait EDF. Comment allez-vous rembourser les 5 millions de Français qui ont acheté des actions ?
Il y a plusieurs techniques possibles. On peut soit avoir recours à une institution publique, par exemple la Caisse des Dépôts, soit demander à l'entreprise elle-même de racheter ses actions comme cela se fait couramment. La question n'est pas technique. Si nous avons pris cette position sur EDF, c'est parce que nous considérons que les exigences de la rentabilité liée à la Bourse ne sont pas facilement conciliables avec celles de sécurité du nucléaire et de stratégie industrielle nationale.

Que pensez-vous des actions judiciaires menées par les ayant droits contre les internautes qui téléchargent des contenus sur Internet ?
Pas facile, parce que d'un côté, la liberté des internautes est essentielle. De l'autre la propriété artistique, et des droits, cela existe. Je pense qu'il faut faire la différence entre ce qui est la liberté individuelle de telle ou telle personne qui doit être garantie et puis l'abus de cette liberté pour des raisons commerciales et qui doit être empêché.

"J'ai beaucoup milité pour la parité et je suis partisan d'un gouvernement composé à parité égale entre hommes et femmes."

Concernant le possible candidature de Ségolène Royale à l'élection présidentielle, regrettez-vous d'avoir dit " Qui gardera les enfants ? ". Pourquoi une telle déclaration ?
Je ne pense pas avoir dit cette phrase mais si c'est le cas, ce serait une sottise. Je suis très favorable à un rôle plus grand des femmes dans tous les secteurs de la vie, en particulier en politique. C'est mon gouvernement qui a étendu la législation sur la discrimination à la discrimination contre les femmes. J'ai beaucoup milité pour la parité et je suis partisan d'un gouvernement composé à parité égale entre hommes et femmes. Donc vous le voyez je suis tout à fait opposé au machisme.

Quel est le penseur ou l'homme politique que vous admirez le plus ?
Jean Jaurès. A cause de sa générosité humaine et de la puissance de sa pensée. Il agissait en philosophe et philosophait en homme d'action.

Comment pouvez-vous, après les responsabilités reconnues qui sont les vôtres dans "l'affaire du sang contaminé ", essayer de revenir sur le devant de la scène politique sans réels scrupules ?
Cette affaire dramatique a fait l'objet d'un jugement qui m'a totalement relaxé. J'ajoute que la Cour a reconnu que j'avais agi positivement et très rapidement. Mais le drame humain évidemment demeure ! Ce n'est pas une raison pour l'exploiter.

Si vous étiez au pouvoir, que feriez-vous, concrètement, pour résorber la crise du logement en 2007 ?
Plusieurs choses : libérer des terrains publics et les céder gratuitement aux bailleurs sociaux. Obliger les communes à construire au moins 20 % de logements sociaux sous peine de se voir couper les subventions. Limiter l'évolution des loyers au niveau de l`inflation. Créer un système de caution publique évitant aux locataires, en particulier jeunes, d'avoir à payer des cautions massives. Relancer tout le secteur de la construction extrêmement créateur d'emplois. Multiplier les aides aux constructions écologiques, etc...

Entre Villepin et Sarkozy, avez-vous une préférence ? Ou si vous voulez un rejet plus fort pour l'un ou pour l`autre ?
Pas de préférence.

A quoi pensez-vous en vous rasant le matin ?
A ne pas me couper.

Qu'est-ce qui vous a poussé à faire de la politique ? Ce moteur est-il le même aujourd'hui ?
Au départ, c'est le désir d`être utile à mes concitoyens. C'est toujours vrai aujourd'hui. Avec beaucoup d'expérience en plus. Mais l'expérience n'est pas contradictoire avec l'enthousiasme.


Pour en savoir plus
Site officiel de Laurent Fabius : www.laurent-fabius.net

© Laurent Fabius

 
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