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Juin 2006

Corinne Lepage : "Je m'éloigne sans cesse de la politique actuelle que je trouve désastreuse"

"Candidate de la société civile" en 2007, Corinne Lepage veut en finir avec le clivage politique droite/gauche. Elle a répondu à vos questions, le 14 juin, sur son projet présidentiel et son engagement écologiste et citoyen au sein de CAP21.

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Pourquoi vous présentez-vous, quel rôle entendez-vous jouer en 2007 ?

Corinne Lepage Je souhaite dans cette campagne être l'interface de la société civile. Je souhaite développer un projet de réformisme écologique, républicain, européen et promouvant la société civile comme un acteur politique, et non un sujet passif, cobaye et contribuable, spectateur de choix qu'il ne maîtrise pas.

 

Combien de signatures avez-vous obtenues jusqu'à maintenant ? Quels sont les élus qui ont appuyé votre candidature (et de quel parti politique) ?

Environ 200. Aucun parti politique ne m'aide, hormis CAP21. Et pour cause !

 

Vous dites ne pas porter d'étiquette droite-gauche, mais vous devez bien vous sentir plus proche de l'un ou de l'autre. Lequel et pourquoi ?

Pour répondre aux défis du XXIème siècle, je pense qu'il faut à la fois pragmatisme, efficacité économique, et justice sociale. Je dois dire que depuis plusieurs mois, je me suis sans cesse éloignée de la politique actuelle que je trouve désastreuse, tant sur le plan écologique que sur le plan social sans, de surcroît, améliorer la situation économique et financière de notre pays.

 

"Il n'est pas pour moi question de soutenir l'UMP au premier tour"

Quelles sont la vocation et les activités de CAP21 ? Est-ce un parti politique ?

CAP21 est un parti politique, avec une structure régionale, des responsables thématiques et des élus locaux. Notre particularité est d'être un sas avec la société civile, et d'être vraiment libres.

 

N'avez-vous pas le sentiment de favoriser la dispersion des votes par votre candidature ? On a déjà bien assez de candidats ! Pourquoi ne pas passer un accord avec l'UMP ?

Je ne favorise pas plus la dispersion que tous les candidats autres que celui de l'UMP et du PS (Le Pen mis à part). Et en l'état, il n'est pas pour moi question de soutenir l'UMP au premier tour. Pour le second, aucun choix n'est fait.

 

Pourquoi n'êtes-vous pas entrée au gouvernement Raffarin et/ou Villepin ? Vous n'aviez pas envie ou on ne vous l'a pas proposé ?

L'un et l'autre. Je ne voulais en tous cas pas jouer le rôle, au mieux de potiche, au pire de destructeur de la politique environnementale qu'ont joué les ministres successifs.

 

Nous vous connaissons avant tout pour vos prises de position en matière environnementale, mais qu'en est-il sur les aspects économiques ou de relations internationales ?

Si vous allez sur mon blog ou le site de CAP21, vous verrez que nous intervenons sur tous le sujets. Pour l'économie, j'ai lancé le livre "ecoresp" (téléchargeable sur ecoresp.fr) qui propose une nouvelle économie fondée sur les écotechnologies. Je suis une partisane de l'écoéconomie qui associe économie de marché et réduction massive de l'utilisation des matières premières et de l'énergie. Je suis très européenne, favorable à un renforcement de la gouvernance mondiale et, de ce fait, très engagée dans la construction d'une Europe politique forte.

 

"Je suis très engagée dans la construction d'une Europe politique forte"

En manière économique, quelles sont vos priorités concrètes ?

Je pense que la croissance actuelle ne peut se poursuivre indéfiniment et que la décroissance n'est pas envisageable compte-tenu de la pauvreté. Il faut donc aller vers un autre modèle économique qui privilégie le progrès social et économique sur la croissance, et qui fait de la quantité et de la qualité des ressources le système, et de l'organisation économique, le sous-système. C'est la raison pour laquelle je propose un nouveau développement fondé sur les écotechnologies, qui peut être un facteur de développement comme l'ont été et le sont encore les NTIC. Par ailleurs, il faut rétablir les bases d'une plus grande justice en revoyant le rapport entre fiscalité du travail et fiscalité du capital et en s'attaquant déjà à des symboles forts comme les "golden parachutes".

 

A quand remonte votre goût pour le droit de l'environnement ? Pensez-vous que les Français s'en soucient assez aujourd'hui ?

Je suis tombée dans la marmite il y a trente ans, à une époque où quasiment personne n'en parlait. Je pense que les Français ont pris conscience que les politiques actuelles les emmènent dans le mur, mais ils ont du mal à savoir quoi faire. Mon projet est de contribuer à prendre en main les rennes de leur destin et de ne plus se laisser abuser par des choix qu'ils payent très chers sur tous les plans.

 

Quelles solutions face au nucléaire et à la flambée du prix du pétrole ?

Les énergies renouvelables à commencer par l'éolien, qui est le seul à pouvoir produire dans des conditions importantes à court terme. Peut-être, pour partie, le charbon, à condition de séquestrer le CO2. Et surtout les économies d'énergie, les "négawatts".

 

Quelles décisions prendriez-vous concernant les OGM ?

Un moratoire sur les mises en culture et l'obligation de procéder à des études sur l'impact sanitaire, qui sont aujourd'hui très rares et couvertes par le secret industriel.

 

Pourquoi ne pas s'associer aux Verts et proposer des solutions écologiques ?

Nous avons des discussions sur des sujets techniques et parfois sommes d'accord. Mais nous avons des divergences de fond sur l'économie qui, pour moi, n'est pas l'ennemie obligatoire de l'écologie, et sur des sujets sociétaux.

 

Avez-vous toujours le temps de défendre la cause écologiste en tant qu'avocate ? Quels dossiers traitez-vous ?

Oui, bien sûr, même si c'est difficile de mener deux vies, je défends beaucoup d'associations et traite de nombreux sujets à l'interface santé-environnement.

 

"L'économie n'est pas pour moi l'ennemie obligatoire de l'écologie"

Pourquoi vous dites-vous "candidate du monde associatif" ?

J'ai dit "de la société civile", ce qui est plus large. Tout simplement parce que les réformes profondes que je propose viennent des préoccupations de tous ceux qui, en France, se battent contre les incinérateurs, les OGM, les produits toxiques, et également de toutes les petites et moyennes entreprises qui voudraient se développer et ne peuvent le faire à cause du mur administratif alimenté par les grands lobbys qui décident de tout dans notre pays.

 

On veut des trams partout ! Il y en a marre de la pollution des grandes villes ! Que pensez vous d'un projet de transport en commun basé uniquement sur le rail ?

J'ai fait voter, il y a dix ans, la loi sur l'air qui n'est que peu appliquée aujourd'hui. La hausse de l'essence nous donne une occasion historique d'arrêter d'investir sur les routes et autoroutes qui renforcent la circulation pour investir sur le rail. Je suis pour un moratoire de tout investissement routier et le basculement des fonds sur le rail.

 

Vous dites vouloir renforcer la participation politique : quels sont vos projets pour y arriver ?

Ils sont nombreux : référendum d'initiative populaire, VIème République donnant des pouvoirs réels au Conseil économique et social, devenu le lieu de la société civile, droit d'initiative législative, proposition de nomination au CSA et au CSM, saisine du Conseil constitutionnel, véritable démocratie participative au niveau local, renforcement du droit des citoyens dans la Commission du débat public, refonte des enquêtes publiques qui sont une caricature, référendums locaux...

 

Pourriez-vous nous parler de votre projet sur l'Education nationale ?

Ce sujet est fondamental. Je pense qu'il faut reprendre les moyens à la base, dès la maternelle, pour que le langage soit acquis dans des conditions beaucoup plus égales. Les programmes - que les enseignants ne peuvent pas suivre - doivent être recentrés sur les fondamentaux. Le passage automatique de classe en classe doit être supprimé et l'enseignement de toutes les matières qui forment la pensée et l'esprit critique renforcées. Nos enfants doivent être ré-enracinés dans la République. Je suis favorable à ce que les 5 ou 10 % des meilleurs élèves de tous les établissements aient un droit d'accès aux classes préparatoires et aux meilleures universités avec des bourses adéquates.
Pour les enfants qui se sentent mal dans le système scolaire, je propose la formation en alternance et la possibilité, tout au long de la vie, de reprendre des études, passer le bac, voir entreprendre des études universitaires. Un crédit d'années de formation doit être reconnu à chacun, qui pourrait l'utiliser à son gré, dès lors que le minimum est acquis.

 

Soutenez-vous les lois nouvelles de Sarkozy sur l'immigration ?

Non, dans leur totalité. Je pense que nous ne pouvons pas piller le Sud, expulser les enfants, dénier le droit d'asile. Mais le problème est beaucoup plus global. La pauvreté et demain les conséquences climatiques, vont conduire de plus en plus de personnes à vouloir rejoindre une Europe qui ne peut tous les accueillir. Dès lors, c'est bien en s'attaquant aux défis globaux que nous pourrons répondre de manière humaniste et réaliste à ce problème qui ne va cesser de croître.

 

Pourquoi avoir choisi le registre de la politique-fiction pour votre nouveau livre ?

Parce que la prise de pouvoir par la société civile en France ne peut aujourd'hui relever que de la fiction. Mais c'est un "roman vrai", en ce que tout est vraisemblable... sauf que la catastrophe permettant de changer le rapport de forces ne s'est pas produite et que les citoyens qui pourraient l'inverser sont encore nombreux à rester chez eux car ils ne croient plus à la politique.

 

"Je suis pour un moratoire de tout investissement routier et le basculement des fonds sur le rail"

Quelle est cette "catastrophe" dans votre scénario ?

Le livre répond à la question... C'est une catastrophe sanitaire (mélange toxique par des éleveurs de produits) qui donne un gaz qui pollue les eaux et l'air, rend les bêtes et les personnes malades et finit par provoquer une crise économique majeure.

 

Zidane, ministre des Sports n'est-ce pas un peu démago ? Pensez-vous que c'est ainsi que l'on va redonner le goût de la politique aux citoyens ?

C'est un point d`interrogation. Il y a d'autres personnalités dont curieusement on ne parle pas : L. Schweitzer, R. Descoings, N. Notat, F. Amara, B Collomb, par exemple. Les "politiques" dénigrent les résultats de la société civile au gouvernement en ne citant que quelques échecs et en oubliant les réussites : R. Fauroux ou T. Breton, par exemple. Et surtout, les résultats de notre classe politique sont-ils exemplaires ?

 

Une femme présidente en France, ce n'est peut être plus de la fiction pour longtemps : que pensez-vous de la démarche très participative de Ségolène Royal ?

Elle est efficace et répond à cette demande. La difficulté va être la reprise en main par le PS. Le programme tel qu'il est sorti et les propositions de Madame Royal sont bien différentes. Par exemple, elle a proposé un mandat unique, mais le PS en propose 3 successifs et un cumul possible même s'il est limité.

 

Que feriez-vous pour que les Français retrouvent confiance dans le monde politique et l'honnêteté de ceux qui veulent les gouverner ?

Essayer de donner l'exemple par en haut. Mon engagement contre la corruption est ancien (Transparency international, Anticor, bataille de Cabourg contre un maire malhonnête dans l'équipe duquel j'avais été élue). Et des mesures simples pourraient être prises : transparence dans les dépenses des élus, réduction massive des frais élyséens, renforcement de la répression des infractions politico-financières (et non leur affaiblissement constant comme aujourd'hui), contrôle efficace et sanctionné des dépenses publiques (pas seulement d'un point de vue comptable mais aussi de choix).

 

Est-ce dur d`être une femme en politique ?

Oui, quand on est à l'intérieur d'un parti (surtout de droite ...mais je n'y ai jamais appartenu), et aussi quand on est à l'extérieur des grands partis et que, de surcroît, on a choisi la liberté de parole.

 

"Il faut rendre possible l'adoption par les couples homosexuels quand l`intérêt de l'enfant le commande"

Quels sont les hommes ou femmes politiques (français et étrangers) qui inspirent votre action politique ?

Simone Veil, Raymond Barre, Vaclav Havel, Pierre Mendès-France me viennent immédiatement à l'esprit.

 

Que pensez-vous du scandale en France concernant l'eau gérée par des entreprises privées qui font des bénéfices records sur un bien naturel ? A quand des taxes pour les pollueurs, les agriculteurs, les chimistes de tout bord ?

Vous avez raison. Ils paieront quand notre législateur ne votera pas des textes qui remplacent le principe du pollueur-payeur par le principe de contribution au dommage ou une loi sur l'eau qui ne fait rien payer du tout aux pollueurs. Nous retrouvons nos "amis" les lobbys qui sont aussi actifs à droite qu'à gauche.

 

Si vous étiez élue, accorderiez-vous le droit à l'adoption aux couples homosexuels ?

J'évolue beaucoup sur cette question qui me paraît, compte tenu de l'évolution du droit, être progressivement résolue par l'affirmative. Il faut, dans tous les cas, viser l'intérêt de l'enfant et ne pas raisonner à partir des droits des parents. Il faut donc rendre les choses possibles quand l'intérêt de l'enfant le commande.

 

Pourriez-vous nous donner 3 axes majeurs que vous mettriez en place afin de pouvoir résorber la violence dans les cités ?

Renforcer l'application de la loi républicaine et aidant les habitants à se défendre contre ceux, toujours les mêmes, qui mettent la pagaille. Ne pas céder à la tentation d'abandonner à des associations communautaristes le soin d'assurer la paix sociale. Développer, et développer encore l'emploi et l'intégration. Beaucoup d'argent a été mis sur les politiques de la ville. Je pense qu'il faut continuer en favorisant tout ce qui peut être la réappropriation par les habitants de leur milieu, et en les assurant que la loi s'applique, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Il ne s'agit pas de stigmatiser, mais de responsabiliser chacun.

 

Vous êtes quelqu'un de sincère, Madame Lepage, mais est-ce bien sérieux d'avoir participé à un gouvernement de droite et quelle fut votre marge de manœuvre ?

J'y suis allée en qualité de société civile. Je n'ai jamais appartenu au RPR et je dirais que j'ai eu plus de difficulté avec lui qu'avec la gauche. Ma marge de manœuvre a été étroite, comme tous les ministres de l'Environnement, mais j'ai fait passer plusieurs mesures fortes : moratoire sur les OGM, loi sur l'air, abandon des lignes à très haute tension dans le Val Louron, par exemple.

 

Qui est votre principal adversaire : Sarko ou Ségo ?

Ce n'est pas en ces termes que je pense. Mon adversaire, c'est une classe politique, appuyée par les médias politiques qui ne veut pas entendre ce que nous avons à lui dire, car il s'agit de conquête de pouvoir qui permet tous les cynismes et non d'un projet cohérent permettant aux Français de sortir de l'espèce de dépression nerveuse dans laquelle ils sont entrés, sous l'effet combiné du déni de réalité, de l'archaïsme et de la fermeture, sans parler de l'immoralité qui crée un climat plus que délétère.

 

"Mon adversaire, c'est une classe politique qui ne veut pas entendre ce que nous avons à lui dire"

Pourquoi ne pas rejoindre Bayrou. Vous avez l'air de vous retrouver sur le thème : ni droite, ni gauche ? Pensez-vous que son initiative aille dans le bon sens ?

J'ai parlé de refus de clivage bien avant lui (et pour le moment je ne discute pas des investitures avec l'UMP, ce que doit très probablement faire l`UDF). Mais le problème n'est pas là, il s'agit du projet. "Ni droite ni gauche", peut-être bien que j'aurais davantage envie de dire "droite et gauche", car il y a à prendre à l'un et à l'autre. Le vrai sujet est : "pour quoi faire ?". Je ne vois pas de projet de l'UDF. Nous en avons un qui est celui d'une écologie politique responsable, c'est-à-dire qui s'appuie sur des leviers économiques et favorise les secteurs demandeurs de ce développement. Il implique une montée en puissance du Tiers-Etat que nous sommes et non un renforcement du pouvoir de ceux qui l'ont déjà.

 

Sur quels soutiens financiers comptez-vous pour vous aider dans votre campagne ?

Je ferai une campagne modeste, c'est à dire qui aura comme base de départ ce que l'Etat donne à tous les candidats qui ont leurs 500 signatures (environ 900 000 euros). Si j'ai des soutiens, cela viendra en plus, et j'espère qu'il y en aura pour me permettre de mieux faire connaître mes idées. Quand on a fait le choix qui est le mien de s'attaquer à EDF, Total ou Monsanto, et qu'on sait le poids des annonceurs dans la presse, il faut s'attendre aux difficultés.

 

Une campagne présidentielle, c'est fatigant, excitant ?

L'un et l'autre. Mais, j'aime les gens et j'aime convaincre ...ou au moins essayer de le faire.

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