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08/07/2006

Jack Lang : "Je rêve d'une gauche combative, audacieuse"

Candidat à l'investiture du PS pour la présidentielle de 2007, l'ancien ministre de la Culture et de l'Education a répondu en direct à vos questions, le 7 juillet.

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"Ce n'est pas un nouveau traité qui redonnera de l'élan à l'Europe, mais des projets concrets"

Le projet du PS vous satisfait-il ? Vous semblez assez critique, notamment sur l'organisation des débats.

J'aurais préféré que l'on puisse y consacrer plus de temps et que l'on se donnât l'été pour y travailler encore, mais le calendrier nous prend à la gorge. Le projet est un bon texte. C'est le fruit d'un travail collectif, chacun y a apporté sa pierre. J'ai pu moi-même y apporter ma contribution sur la démocratie, la justice, la fiscalité, l'éducation... Je n'ai pas pu partager la totalité de mes convictions, mais c'est la règle du jeu d'un travail collectif. Globalement, c'est plutôt un travail solide, à partir duquel nous pouvons faire des propositions encore plus concrètes et précises.

 

 

Vous étiez porte-parole de la campagne du PS pour le "oui" au référendum sur la Constitution européenne : comment avez-vous vécu et analysé cet échec ?

Ce n'est pas un échec du Parti socialiste, c'est un échec de M. Chirac. En France, le référendum se transforme inévitablement en plébiscite pour ou contre le pouvoir en place. En même temps, je n'ignore pas que ce vote est aussi l'expression d'un rejet d'une certaine forme d'ultra-libéralisme que je combats aussi.

 

Comment relancer la construction européenne ?
Seul un président nouveau aura l'autorité morale pour relancer la construction européenne. Si j'étais élu, j'irais aussitôt dire à mes homologues que nous renouerons avec nos traditions universalistes. Notre parole ne sera entendue que si concrètement nous respectons les autres peuples européens qui ont eu souvent le sentiment d'être méprisés par nos politiciens. Ce n'est pas un nouveau traité qui redonnera de l'élan à l'Europe, mais des projets concrets : la création de grands pôles de projets scientifiques, l'européanisation des universités, la mobilité des étudiants. Il nous faudra aussi imaginer une interpénétration beaucoup plus forte entre la France et l'Allemagne.

 

 

Si Lionel Jospin se présente, retirerez-vous votre candidature ? Que pensez-vous de son attitude ?
D'abord, il n'est pas à ce jour candidat. Cette hypothèse a été avancée mais en forme d'interrogation. Je dirais que l'apport politique de son article dans "Le Monde" est de déplacer le débat présidentiel vers le vrai sujet : quel peut être un bon président pour la France, qui en même temps incarnerait le mieux l'idéal socialiste ?

 

 

"Mettre fin à l'apartheid social qui enferme plusieurs millions de personnes dans des ghettos est pour moi l'un des grands chantiers du futur"

Une candidature unique du "non", à gauche du PS, vous inquiète-t-elle ?
Non. Il faut comprendre qu'aujourd'hui, le débat souvent vif entre les partisans du "non" et du "oui" est derrière nous. Il s'agit aujourd'hui de construire le futur, notamment en France. Il est certain que les électeurs qui se porteront vers le candidat socialiste se retrouveront aussi bien parmi les Français qui ont voté "oui", comme parmi ceux qui ont voté "non".

 

Comment se passe la campagne d'adhésion au PS ? Je trouve un peu scandaleux que certaines personnes n'adhérent que pour pouvoir désigner le candidat sans militer.
C'est moi qui ai voulu cette campagne. J'en ai convaincu mes camarades socialistes. Adhérer au Parti socialiste était un parcours du combattant. J'ai voulu simplifier les conditions d'adhésion. Et c'est normal. Aujourd'hui, ce sont 85 000 nouveaux adhérents qui nous ont rejoints. Certes, le choix du candidat fut pour certains une motivation, et d'autres ont tout simplement envie de participer à notre action commune. D'ailleurs, beaucoup ont donné leur sentiment sur le projet socialiste.

 

Quelles sont vos propositions pour régler le problème de la violence dans les banlieues ? Que pensez-vous des propositions de Ségolène Royal ?
Je n'ai pas entendu de propositions formulées "isolément" par elle sur les banlieues. Faites-vous simplement allusion à ce qu'elle a évoqué sur l'encadrement militaire de jeunes en situation de délinquance ? J'y suis personnellement hostile. La question principale est de savoir comment nous allons mettre fin à cet apartheid social qui enferme plusieurs millions de personnes dans des ghettos. C'est pour moi l'un des grands chantiers du futur, qui réclame imagination, volonté et moyens financiers importants.

 

Ne pensez-vous pas que la gauche française fait complètement fausse route en se resserrant à gauche à l'inverse de tous les partis sociaux démocrates européens ?
L'Europe est à la fois une et multiple et c'est à la fois sa faiblesse et sa richesse. Le poids de l'histoire, des traditions, de la culture nationale pèse sur le présent de chaque nation européenne. Et c'est normal. Nous ne demandons pas aux partis socialistes européens de ressembler au PS français, et nos camarades des autres pays ne nous demandent pas de nous travestir et de copier leur modèle. L'Europe, et notamment l'Europe progressiste, est la résultante de compromis entre les traditions multiples.

 

Vous annoncez huit chantiers pour relancer l'emploi, mais le gouvernement de droite actuel semble très bien y arriver ! Quelles sont vos principales propositions ?
Malheureusement pour les Français, le gouvernement de droite ne réussit pas à favoriser la création d'emplois. Certes, les chiffres du chômage ont reflué. C'est principalement la conséquence de radiations arbitraires de chômeurs figurant sur les listes de l'ANPE. Mais l'économie française crée aujourd'hui quelques milliers d'emplois seulement. Or, mon ambition est de retrouver au moins le niveau de création d'emplois de l'époque Jospin qui, en 5 ans, a donné naissance à deux millions d'emplois.


"Mon ambition est de retrouver au moins le niveau de création d'emplois de l'époque Jospin"

La crise du CPE a révélé l'urgence de réformer les universités françaises. Etes-vous partisan d'une plus grande autonomie des universités ?
Pardonnez-moi de répondre que votre question est typique des débats à la française. On s'imagine qu'une réforme de structure juridique serait une réforme miracle, là comme ailleurs. En vérité, il faut s'attaquer à des questions de fond. Je souhaite, par exemple, créer de vrais campus associant universités, laboratoires scientifiques, grandes écoles et éventuellement entreprises liées à la recherche. Il nous faut aussi augmenter considérablement les moyens budgétaires. C'est une évidence que l'on doit donner une liberté d'initiative aux responsables de ces campus. Il faut aussi agir en amont, en particulier sur l'orientation des élèves de lycées, pour leur faciliter l'accès à des voies d'excellence.


Vous vous engagez à abroger la loi Sarkozy sur l'immigration mais les Français y semblent plutôt favorables vus les chiffres du FN !
Les sondages finissent par nous interdire de réfléchir sérieusement. Je pense que le devoir d'un homme politique est d'être courageux, lucide et sérieux. Dans le livre que j'ai écrit récemment avec le démographe Hervé Le Bras, nous expliquons que l'immigration est plutôt une source de richesse pour le pays. Par ailleurs, si je suis élu, je réunirai autour d'une table les partis républicains de droite et de gauche pour tenter d'établir une charte nationale de l'immigration qui permettra enfin d'arracher cette question à un débat politicien qui empoisonne notre vie politique depuis 30 ans.


Que pensez-vous de la discrimination positive ?
M. Sarkozy a l'art de polluer les meilleures idées. Ce concept n'est pas neuf, mais il a voulu l'appliquer à des différenciations religieuses. Au-delà des mots, pensons à la réalité : les discriminations négatives au détriment des plus pauvres et des jeunes. J'ai la volonté de réparer ces injustices historiques et de donner à chacun une pleine chance de réussir dans notre pays et seules des actions volontaires permettront d'en finir avec ces inéquités.

 

Pourquoi vous êtes-vous rallié aux républicains "extrémistes" lors de la loi sur l'interdiction du voile à l'école ?
Ma proposition visait à interdire le port de tout signe religieux, même modeste, à l'école. Je regrette que la loi votée ait laissé la porte ouverte au port de signes religieux discrets. Il fallait placer toutes les religions sur un plan d'égalité et déclarer que l'école doit rester pleinement neutre vis-à-vis des religions et des engagements politiques.

 

Ne craignez-vous pas que les Français vous aient enfermé dans le rôle de ministre de la Culture ou de l'Education, au même titre que Nicolas Sarkozy et son image de premier flic de France ?
D'abord que dirait-on d'une personne ayant été ministre de la Culture puis de l'Education, si l'on avait perdu totalement le souvenir de son action ? J'assume donc avec honneur le travail que j'ai pu effectuer avec M. Mitterrand et beaucoup d'autres amis et camarades. Par ailleurs, l'un des grands axes de notre projet vise à redonner une espérance à la jeunesse par une priorité absolue accordée à l'éducation, à la recherche, à l'emploi. Cet engagement rejoint mes propres combats. En même temps, j'ai été longtemps spécialiste du droit international, j'ai présidé la Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale. C'est sans doute d'ailleurs l'un des traits qui me différencient des autres candidats, en particulier les liens que j'ai pu tisser avec d'autres pays et plusieurs responsables internationaux.

 

"Les jeunes seront l'une des locomotives de la future campagne"

Votre âge est-il un obstacle à votre désignation comme candidat du PS ?
Je ne le crois pas. Que nous disait-on sur François Mitterrand qui fut candidat à la présidence au même âge ? Déjà on le traitait d'homme politique appartenant plus au passé qu'à l'avenir. Or, il aura été l'un des présidents les plus novateurs, qui aura remporté le soutien de la jeunesse qui se reconnaissait en lui. L'expérience compte : la connaissance du monde, la maitrise de l'appareil d`Etat. Sans vouloir abuser de comparaisons avec l'équipe de France, rappelez-vous que ce même argument de l'âge a été avancé pour tenter de dévaluer les footballeurs français, et on a pu mesurer sur le terrain que l'expérience est aussi synonyme de dextérité, de maîtrise et a contribué à la réussite des Bleus. J'ajouterais que l'immense majorité des jeunes de ce pays m'apportent leur soutien, leur confiance et ils savent que mon expérience n'a pas altéré en moi mes capacités d'enthousiasme, de ferveur ou de créativité. Ils savent que notre pays a besoin d'un président à la fois solide, bâtisseur et constructif, apte à redonner un nouveau souffle au pays.

 

Parlons de l'éducation et des postes d'enseignants : ils diminuent de plus en plus...
J'ai été l'auteur sous le gouvernement Jospin d'un plan pluriannuel de création d'emplois. J'ai ainsi pu donner naissance à 20 000 emplois de professeurs. Malheureusement, l'actuel gouvernement a détruit ces postes. C'est une véritable saignée qu'il inflige à notre éducation. Je la combats avec détermination.

 

 

Quelle est la place du développement durable dans votre programme ?
Enfin, enfin, enfin, le développement durable figure dans notre projet en tête de nos ambitions.

 

Vous avez appelé à une grande réflexion sur nos institutions : quid d'une VIème République ? Et sinon, quelles réformes ?
Ce n'est pas un numéro de République qui peut changer la République, ce sont des transformations profondes : un vrai Parlement, un président responsable, des droits nouveaux pour les citoyens. C'est un combat que je mène depuis une vingtaine d`années. Je crois avoir réussi à convaincre certains de mes camarades socialistes d'adopter certaines de mes propositions. Nous nous sommes engagés à soumettre aux Français, par un référendum constitutionnel, un changement profond de notre République.

 

J'ai 23 ans, je suis chef d'entreprise et j'emploie 3 personnes. Pourquoi mes amis me prennent-ils pour un fou et ambitionnent-ils majoritairement de devenir fonctionnaire ou de travailler dans une grande entreprise ? N'avons-nous pas un problème avec le travail et l'ambition en France ?
Vous n'êtes pas un fou, vous un êtes un homme d'invention et d'audace, tenez bon ! Le moment venu, je suis décidé à encourager des personnes comme vous qui vont de l'avant et apportent au pays de la richesse économique et humaine.

 

"Notre projet vise à redonner une espérance à la jeunesse par une priorité absolue accordée à l'éducation, à la recherche, à l'emploi"

Concernant le sujet des drogues douces, seriez-vous pour une dépénalisation contrôlée par l'Etat du cannabis ?
Je réponds oui, mais dans le cadre d'un plan plus ample qui comporte des actions fortes en faveur de la prévention, de l'information des jeunes, de la lutte contre les trafics de drogues. Il va de soi que l'absorption de drogues de toutes natures devrait continuer à être sanctionnée pénalement si elles mettent en péril, sur la route, des vies humaines.

 

Les jeunes vous soutiennent mais les jeunes ne votent pas beaucoup ! Comment tirer partie de cette popularité ?
Mon intuition est que les jeunes voteront beaucoup à la prochaine élection présidentielle. Ils savent que leur avenir est en jeu. Ils en ont ras le bol de l'actuel système. Je pense même qu'ils seront l'une des locomotives de la future campagne.

 

La gauche n'est-elle pas devenue trop "caviar-people" ?
Je ne sais pas au juste ce que veut dire l'expression, mais la gauche a parfois tendance à s'enfermer dans la tour d'ivoire des administrations, à se couper des réalités vivantes et à choisir des solutions trop prudentes. Je rêve d'une gauche combative, audacieuse, qui redonne le goût des nouvelles aventures collectives.

 

Que pensez-vous de la mission et de la position donnée par la droite a l'ANPE ?
La première priorité est de créer un véritable service public de l'emploi, à l'image du système de nos amis scandinaves. Dès lors que la puissance publique maîtrise pleinement l'accompagnement à apporter à ceux qui perdent leur emploi, il n'est pas inimaginable de solliciter d'autres administrations, collectivités ou éventuellement agences. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs. Il faut aujourd'hui rassembler les différents services fragmentés et dispersés. Il n'est pas normal qu'une personne au chômage ne soit pas soutenue pour lui permettre de se réinsérer. Reconnaissons que le système actuel n'est pas très efficace.

 

Trois phrases pour me convaincre de voter la gauche aux prochaines élections…
Franchement, croyez-vous que ce sont des phrases qui suffiraient à vous convaincre ? Si je puis me permettre un conseil, ne jugez pas les candidats sur leurs phrases mais sur leurs actes. Demandez-leur ce qu'ils ont accompli dans le passé et dans l'action. Vous saurez alors ce qu'ils sont en mesure d'accomplir dans le futur. Mais si vous y tenez, je dirais : "Construire une République de l'égalité et de l'excellence."

 

Jack Lang : Je vous remercie pour vos questions. Je me sens un peu frustré, comme vous aussi sans doute, de ne pas avoir pu répondre à toutes vos interrogations. Poursuivons, si vous le souhaitez, ce dialogue à travers mon site jacklang.net. A bientôt donc.

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