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Il paraît que pendant son second septennat, Mitterrand ne dirigeait plus. Pourquoi a-t-il alors voulu se représenter en 1988 pour la gloire ?
Jacques Attali : Il a voulu se représenter surtout parce qu'en 1988, il était évident que lui seul pouvait battre Jacques Chirac.
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"Mitterrand
adorait rire à des blagues"
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Peu d'hommes politiques actuels ont le charisme de De Gaulle ou de Mitterrand. Comment l'expliquez-vous ?
Chaque homme est différent et on ne saurait généraliser. François Mitterrand était très distant avec ceux qui n'étaient pas ses proches. Avec ceux en qui il avait confiance, les relations étaient formidablement transparentes.
Comment avez-vous fait pour devenir "l'un des bras droits de Mitterrand" ?
Je l'explique en détail dans mon livre. En fait, il m'a choisi en 1974 pour diriger sa campagne, sans me demander mon avis, sans que je sois candidat pour ça, alors que j'avais trente ans et que je le connaissais à peine.
Pourquoi êtes-vous resté dans l'ombre alors que vous auriez pu prétendre à faire votre propre carrière politique ?
J'ai choisi d'être autrement dans la lumière, par mes livres et par mon action personnelle : je préside aujourd'hui "PlaNet Finance" et j'ai publié 40 livres. Pour le reste, je n'ai pas eu envie de mener une carrière politique parce que je voulais conserver ma liberté de parole et de réflexion, et parce qu'étant le principal conseiller du chef de l'opposition puis du chef de l'Etat, je pouvais être plus utile à mon pays qu'en étant candidat moi-même à un poste.
François Mitterrand vous manque-t-il ?
Evidemment, à chaque seconde du jour et de la nuit. Il manque surtout à la gauche je crois, actuellement.
En étant si proche de lui, avez-vous eu connaissance de secrets d'Etat (je veux dire des "vrais" secrets d'Etat : pas les histoires de Mazarine, ni des écoutes), qui engageaient l'avenir de la Nation ?
Oui, bien sur. Des choses de sa vie privée, qui n'appartiennent qu'à lui. Et des secrets de fonctionnement de l'Etat, qui n'ont pas encore à être révélés. Ceux qui peuvent être aujourd'hui révélés sont dans mon livre.
Y a-t-il des hommes politiques que vous aimeriez accompagner comme vous avez accompagné François Mitterrand ?
A gauche, dans un ordre qui n'est pas de préférence : DSK, Fabius, Jospin, Lang, Royal. A droite : Sarkozy et Villepin.
Avez-vous obéi à des directives avec lesquelles vous étiez en profond désaccord ?
Non.
Vous souvenez-vous d'avoir eu des éclats de rire avec François Mitterrand ?
Oui, très souvent, et j'en parle aussi dans mon livre. Il adorait rire, à des blagues, à des situations, à des livres, à des anecdotes...
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"J'avais peur d'être médiocre"
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J'ai adoré votre roman "La Vie éternelle". Comment avez-vous eu l'idée de l'écrire ? Combien de temps cela vous a pris ?
Ce fut d'abord une histoire racontée à ma fille, qui avait alors trois ans, puis je me suis mis à l'écrire, et c'est devenu un roman en six mois. C'était mon premier roman, et je fus stupéfait de l'accueil très chaleureux qu'il reçut : c'est un livre énigmatique et complexe et pourtant, il a soulevé quelque intérêt.
Quelle est votre méthode pour faire autant de choses à la fois ?
Discipline et passion. Discipline pour bien mettre chaque chose dans une case. Passion pour ne faire que ce que j'aime.
Avez-vous une petite idée sur le candidat qui sera retenu ? Sinon lequel préférez-vous ?
Je soutiendrai le candidat socialiste, quel qu'il soit.
Que regrettez-vous de ne pas avoir pu dire à François Mitterrand ?
Que je l'aimais.
Etes-vous pour ou contre la Constitution européenne ?
Pour, et je l'ai écrit en son temps. Non qu'elle soit parfaite, loin de là, mais parce qu'elle constituait un progrès démocratique par rapport aux textes qui restent en vigueur après le non.
Après des romans, des essais, du théâtre, quand est-ce que vous passez à la réalisation de films ? Ce serait génial, non ?
Oui, ce serait génial, mais il y a plusieurs choses qui m'en empêchent : c'est un vrai métier, et c'est un métier à plein temps pendant un an. Je rêve plutôt de voir mes livres devenir des films.
A propos de film, avez-vous trouvé que Michel Bouquet ressemblait à François Mitterrand dans "Le promeneur du Champ de Mars" ?
Je n'ai pas vu le film, sinon les quelques extraits passés à la télévision. Michel Bouquet est un grand acteur. J'ai trouvé que Jean-François Balmer, dans un autre film sur François Mitterrand, était plus ressemblant.
Vous avez fait des études hallucinantes. Qu'est-ce qui vous a pris ? C'était une drogue ?
Non, c'était au départ une peur d'être médiocre, et la volonté de me prouver à moi-même que je ne l'étais pas. Une fois entré à Polytechnique, la moindre des choses était d'en sortir le mieux possible et il s'est trouvé que j'étais doué en maths. Ensuite, j'ai fait les études nécessaires pour gagner ma liberté en entrant au Conseil d'Etat. Si j'avais été anglais, j'aurais sans doute fait moins d'études et je serais devenu un chercheur et un professeur.
Qu'avez-vous pensé des révélations du Dr Gubler à l'époque ? Et aujourd'hui ?
J'ai écrit dans mon livre que je savais depuis novembre 1981 que François Mitterrand était atteint d'un cancer. Gubler, que j'apprécie beaucoup, ne m'a donc appris que des détails.
PlaNet Finance vous rapporte-t-elle de l'argent ?
PlaNet Finance est une ONG, que je préside de façon bénévole. C'est une institution passionnante, qui aide à développer dans le monde entier la micro-finance, et qui réussit aujourd'hui à travailler dans 60 pays, avec des bureaux dans 20 d'entre eux. J'y consacre la moitié de mon temps.
Quel est votre meilleur et votre pire souvenir avec Mitterrand ?
Mon meilleur souvenir : c'est la fête du Bicentenaire de la Révolution et le sommet du G8 à Paris, qui fut à la fois très gai et très utile (annulation de la dette, construction du barrage au Bangladesh, début de la lutte contre l'effet de serre, etc). Le pire souvenir fut d'assister avec lui aux obsèques aux Invalides des 54 soldats français tués au Liban.
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"Mon rêve est de devenir chef d'orchestre"
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Après avoir vécu une période aussi brillante, pensez-vous que vous puissiez encore vivre des moments incroyables ?
Oui, bien sûr, et j'en vis tous les jours : développer PlaNet Finance est incroyable, écrire un roman est intense, diriger une messe de Mozart avec choeur devant un vaste public sont des moments très intenses. Je ne regarde jamais derrière. Et je trouve vraiment que ce que je vis est plus intense : je le fais sans maître.
Pensez-vous qu'un homme de gauche pourrait valoir Mitterrand aux prochaines présidentielles ?
Je continue de penser que Lionel Jospin a de très fortes chances de l'être. Je crois que Ségolène Royal a toutes les qualités pour l'être. Je pense que DSK a raison de tout faire pour l'être. Je sais que François Mitterrand aurait aimé que Laurent Fabius le soit. Je dirai ma préférence le moment venu...
N'aviez-vous plus d'idées contre le chômage à soumettre à François Mitterrand pour qu'il dise que l'on avait tout essayé ?
J'en avais, et je lui en ai soumis d'autres qu'il n'a pas mises en pratique, et que je tente aujourd'hui de faire exister dans le débat public, car je suis sûr d'avoir trouvé la solution du problème du chômage. Allez sur le site : supprimerlechomage.org
Je crois que vous avez un frère jumeau. Est-ce que vous vous êtes échangé quand vous étiez jeune ?
Je suis donc découvert : je ne fais que la moitié des choses que je signe, et mon frère fait l'autre. D'ailleurs, c'est mon frère qui répond sur ce chat... Non, sans rire : j'ai un frère jumeau, qui mène une vie magnifique et totalement indépendante de la mienne.
On dénonce actuellement la polygamie : Mitterrand avait deux femmes, non ?
J'ai écrit récemment un article où j'explique que dans l'avenir, lointain, on admettra non seulement le droit d'aimer plusieurs personnes l'une après l'autre, mais celui d'aimer plusieurs personnes simultanément.
Est-ce que vous pensez que l'on aime d'autant plus Mitterrand qu'en ce moment on déteste Chirac ? Croyez-vous possible que Chirac déclenche la même vague de sympathie 10 ans après sa mort ?
Oui, sans doute, c'est une des raisons, mais pas la seule. Et si on aime beaucoup Chirac dans dix ans, ce sera que la présidence sera devenue très faible.
Je ne sais rien de vos origines. Vous pouvez m'en dire un peu plus ?
Je suis né à Alger, venu en France en 1956. Je suis fils d'un commerçant.
Avec tous les diplômes dont vous êtes pourvu, et l'expérience que vous avez, vous n'avez jamais voulu prendre la place de Mitterrand et devenir président ?
Il y aurait eu deux façons de prendre sa place : un coup d'Etat, qui ne m'a jamais tenté. Et être candidat aux élections et j'ai dit tout à l'heure que cette vie, très honorable, ne m'a pas attiré.
Est-ce qu'il y a des passages secrets à l'Elysée ?
Oui.
Prévoyez-vous un retour de M. Jospin ?
Le plus difficile pour lui sera d'être candidat après avoir dit qu'il ne serait plus rien. Il ne pourra venir que si la gauche est si divisée qu'elle l'appelle. Il faut donc que la gauche s'unisse pour l'appeler, et non l'inverse.
C'était quoi vos horaires ?
A l'Elysée ? De huit heures à huit heures. Sauf exceptions. Le reste, j'écrivais mes livres, et j'enseignais. Ce que j'ai continué à faire pendant tout mon séjour à l'Elysée.
Que pensez-vous de Nicolas Sarkozy ?
Très intelligent, très compétent, passionné par la politique. Clairement de droite. De la droite républicaine. Il incarne un vrai choix crédible pour les Français.
Votre rêve secret ?
S'il est secret, il le restera. Un de ceux que je peux révéler est celui que je réalise en ce moment : devenir chef d'orchestre et écrire une nouvelle pièce de théâtre.
Quels sont les atouts essentiels pour réussir dans ce milieu-là ?
L'amour de la musique. La musique de l'amour.
Mitterrand et Vichy : avez-vous tout dit à ce sujet ?
Oui, j'ai dit tout ce que j'en pensais, dans un chapitre entier de mon livre. Et je serais affreusement triste si j'apprenais d'autres choses.
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"Un coup d'Etat ne m'a jamais tenté"
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Que pensez vous de la politique culturelle française actuelle ? Notamment la question des droits d'auteurs (DADVSI) et du libre téléchargement ?
Je suis pour la licence légale, lorsqu'on aura trouvé un moyen de contraindre à la payer ceux qui utilise le téléchargement et lorsqu'on pourra être sûr que l'argent ainsi collecté ira vraiment aux créateurs.
Est-ce que Mitterrand vous a déçu ?
Il m'a déçu en me mentant, lorsqu'il m'a fait croire qu'il était rentré dans la Résistance en janvier 1942 alors qu'il n'est rentré qu'en mars 1943, ce qui n'est pas si mal.
Avez-vous lu le livre "Mitterrand et les 40 voleurs" ? Qu'avez-vous à dire pour le défendre ?
Je ne l'ai pas lu.
Avoir son bureau à côté de celui de François Mitterrand, cela aide pour séduire les femmes ?
Le pouvoir, tout pouvoir attire les médiocres ou les ambitieuses. Deux catégories qui ne m'intéressent pas. Même et surtout si elles sont très jolies.
Il y a un truc que je ne sais pas, mais c'est peut-être un mauvais souvenir ? Pourquoi François Mitterrand s'est-il séparé de vous ? Que s'est-il passé ?
Je le raconte dans le livre : j'ai pris en 1991 la présidence de la BERD, institution internationale que j'ai créée. Ce n'est pas du tout un mauvais souvenir.
Que souhaitez-vous que l'on retienne de vous ?
Que j'ai aidé, par mes livres et mon action à ce que le monde soit un peu moins barbare et un peu plus facile à gérer que si je n'avais pas existé.
Je vous remercie et je vous quitte.
C'était très intéressant pour moi de vous répondre.
En savoir plus
» Le portrait de Jacques Attali
» Le site officiel de Jacques Attali
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