Accueil

Retour à l'accueil l'Internaute

Retour à l'accueil Actualité

RECHERCHER

L'Internaute > Actualite > 
Chat > Jean-François Achilli
 CHAT 
Avril 2006

Jean-François Achilli : "Nicolas Sarkozy joue la carte de la séduction permanente"

Jean-François Achilli, journaliste à France Inter, a suivi Nicolas Sarkozy durant un an dans sa course à l'Elysée. Dans son livre "Sarkozy-carnets de campagne", il en a consigné faits marquants et anecdotes. Il a répondu en direct à vos questions lundi 3 avril.
Envoyer à un ami|Imprimer cet article
"C'est aussi une personnalité politique souvent inspirée"

Nicolas Sarkozy est-il aussi calculateur qu'on le dit dans les médias ?
Jean-François Achilli Il n'est pas seulement "calculateur"... C'est aussi une personnalité politique souvent inspirée, on ne peut pas lui enlever cette particularité.

Vous dites que Sarkozy est obsédé par la mort, comment cela se manifeste-t-il ?
Nicolas Sarkozy, dans ses moments de détente, évoque souvent le temps qui passe, son âge... "bon sang, j'ai 51 ans !" aime-t-il à répéter. C'est une question qui l'obsède, et qui a inspiré son dernier ouvrage, "La République, les religions, l'espérance".

Sarkozy vous a-t-il désigné pour le suivre parmi les journalistes de France Inter, comme cela semble avoir été le cas sur Europe 1 ?
Certainement pas. Il se trouve que je m'occupe de la "droite" au service politique de France Inter. C'est donc par nécessité que j'en suis venu à suivre le candidat de l'UMP qui n'y pense pas seulement en se rasant le matin... Quant à Europe 1, je connais mes confrères attachés à suivre Nicolas Sarkozy. Je peux vous garantir leur entière probité.

Jusqu'à quel point les journalistes entrent-ils dans l'intimité de Nicolas Sarkozy ? Qui sont vos informateurs en ce qui concerne sa vie privée ?
Pour ce qui est des informateurs, permettez-moi de protéger mes sources. Quant à l'intimité, elle s'arrête aux déplacements du ministre-candidat. Aux conversations prolongées que l'on peut avoir avec lui. Il ne faut jamais franchir cette distance. Lui-même protège d'ailleurs sa vie privée... Il faut garder sa distance.

"Il n'a jamais rien corrigé dans mon essai"

Sarkozy appelle souvent les journalistes par leur nom et prénom en conférence de presse : ce rapport de complicité qu'il tente d'instaurer n'est-il pas un peu pesant ?
Pesant, non. Le personnage joue la carte de la séduction permanente. C'est son style. Il suffit de rester à distance... C'est aussi simple que cela.

Combien de personnes travaillent sur l'image de Sarkozy, dans son service de communication ?
Difficile à dire. Il y a, disons, cinq très proches collaborateurs qui interviennent dans leurs domaines respectifs et communiquent régulièrement avec les médias... Mais sa "com", c'est avant tout lui-même qui la fabrique.

Quel est le souvenir le plus marquant de vos "Carnets de campagne" ?
Choix difficile. Je dirais, le chapitre sur la Corse, par tropisme personnel et parce qu'il était également question de politique à un moment délicat de sa vie privée. Il y avait à peu près tous les ingrédients pour en faire une bonne séquence.

Est-ce que Nicolas Sarkozy a corrigé beaucoup de choses dans votre livre ?
C'est la stricte vérité : il n'a jamais rien corrigé dans mon essai, pas un mot, pas une ligne. Je me suis fixé une limite toutefois : en l'écrivant, je n'ai évoqué de sa vie privée, le sujet qui fâche, que ce qui en a été rendu public.

Pourquoi avoir publié ce livre maintenant ? N'est-ce pas un peu trop tôt ? Nous allons manquer l'essentiel de sa course à la présidentielle qui démarre à peine ?
Très bonne observation. Vous avez remarqué la petite étoile sur la jaquette ? Elle appelle un deuxième Tome. Pourquoi publier maintenant ? Tout simplement parce que sa campagne à mon sens a réellement débuté au congrès du Bourget, quand il devient patron de l'UMP. Il fallait scinder le récit en deux. Vous imaginez le pavé sinon ?

"Son pire ennemi ? Certains disent : lui-même"

A Argenteuil, comment avez-vous interprété le dérapage verbal au sujet des "racailles" : était-ce volontaire ou s'est-il emporté ?
Totalement involontaire. Mais il l'a pleinement assumé par la suite. Il n'a fait à ce moment que rebondir sur une phrase lancée par une riveraine excédée, reprenant ce terme à son propre compte à un moment de tension extrême, de poussée d'adrénaline... Le mot est rude, il s'en est expliqué par la suite lors de la crise des banlieues.

Quel est d'après vous le pire ennemi de Sarkozy ?
Son pire ennemi ? Certains disent "lui-même", à savoir son empressement. Il y a évidemment Chirac. Leur rivalité est sans retour.

Ces derniers jours, Sarkozy a paru beaucoup plus mesuré et presque doux dans ses déclarations : avez-vous remarqué un changement de stratégie face à Villepin ?
Aucun. Plus on se rapproche de l'échéance suprême, plus la voie est étroite pour le candidat Sarkozy qui doit à la fois jouer la solidarité avec son camp et faire entendre sa propre musique. Les mots contre Villepin à Douai étaient extrêmement durs.

Sa plus grande altercation à laquelle vous auriez assisté ?
Elle est antérieure à ces "Carnets". Une visite à Corte, à la faculté, qui a tourné en "baston" avec des manifestants. C'est passé très très près...

"Chirac et Villepin incarnent à ses yeux une droite du passé"

Qu'est-ce qui vous a le plus plu et le plus énervé chez Nicolas Sarkozy ?
Quand vous suivez une telle personnalité, vous n'avez pas à entrer dans ce type de considérations d'ordre personnel. Ceci étant, le personnage a parfois des côtés agaçants, parce il veut être aimé de la terre entière. Mais dans un même temps, il se montre extrêmement attachant, parce qu'il laisse ressortir sa part d'humanité, une caractéristique assez rare dans le monde politique. Je n'ai personnellement aucune difficulté à suivre cette personnalité.

Est-ce que vous savez quel est l'adversaire, de droite ou de gauche, le plus redouté de Sarkozy ?
Question évolutive. A gauche, Ségolène, si elle se maintient, est pour lui un redoutable adversaire. Elle séduit les Français, elle incarne une gauche porteuse de valeurs qui peuvent séduire l'électorat du centre-droit et c'est une femme ! Difficile à affronter sans paraître machiste, n'est-ce pas ?

Jusqu'où peut aller la haine de Sarkozy pour Chirac et Villepin ?
C'est dans le livre : peu avant le 14 juillet 2005, nous évoquons la traditionnelle interview présidentielle, le sujet est tellement brûlant que Nicolas Sarkozy exécute un bras d'honneur rageur. Chirac et Villepin incarnent à ses yeux une droite du passé. Leur combat sera sans merci.

Villepin se prend pour Napoléon, Sarkozy se prend pour qui ?
Pour lui-même ?

Pour vous, Sarkozy risque-t-il de se noyer dans le même bateau que Villepin et Chirac ou va-t-il réussir à s'en sortir sur le dossier du CPE ?
Le CPE est un dossier difficile à négocier, parce qu'il lui faut trouver "la" solution sans accéder à la demande de l'opposition de supprimer le CPE lui-même. Sacrée patate chaude. Ce sera difficile pour lui de trouver la clef, mais la situation me semble moins inextricable que la crise des banlieues. Ceci étant, depuis 2002, tout le monde lui promet la chute et à chaque fois...

"Si les présidentielles avaient lieu aujourd'hui, Sarkozy pourrait l'emporter par défaut "

Quels adversaires politiques sont les plus "proches" de lui ?
Je pense qu'il peut s'entendre à terme avec Philippe de Villiers dans une stratégie de 2ème tour. Avec François Bayrou également, mais les deux hommes étaient plus proches du temps où Juppé était président de l'UMP. Le camp de la droite saura se retrouver pour le 2ème tour. Ne serait-ce que pour sauver sa peau.

Que pense-t-il de la France d'aujourd'hui, qui paraît grippée ?
Vaste sujet. Il explique que le modèle social a vécu, qu'il ne correspond plus à la réalité, qu'il fabrique des inégalités, des frustrations, des blocages. D'où sa volonté de "rupture" avec le système existant. D'accord ou pas avec ses idées et son amorce de programme, on ne peut pas lui enlever une certaine vision pour l'avenir. Affaire de conviction de chacun. Toujours est-il qu'il affrontera ses rivaux sur le fond, les programmes. C'est ce débat dont nous avions été privés en 2002.

Quel est son principal défaut (politique) ?
Je dirais qu'il revendique le débat au sein de l'UMP, mais il est finalement le seul à le porter et à avoir le dernier mot. En ce sens, il demeure assez traditionnel.

Nicolas Sarkozy a-t-il l'envergure d'un chef d'Etat ?
Sacrée question ! Les avis divergent. Trop petit, trop instable, trop énervé, disent ses détracteurs. Mais que veulent les Français aujourd'hui ? Une personnalité distanciée, loin au-dessus de la mêlée ? Ou quelqu'un de plus proche, plus ancré dans le réel ? Je pense que Ségolène ou Nicolas peuvent tout à fait assumer le job, vous savez, on n'est pas président, on le devient passé le perron de l'Elysée.

Ses chances pour 2007 ?
J'ai envie de vous répondre que si l'élection avait lieu aujourd'hui, il pourrait l'emporter. Il a ses chances par défaut, mais il faut attendre. Que va faire Ségolène ? Ses amis au PS vont-ils la "flinguer" en cours de route ? Qui peut prévoir ce que sera le contexte dans un an ? Personne. Mais il a ses chances, clairement, oui.

"Sarkozy a surexposé médiatiquement sa femme, son fils jusqu'à la nausée"

S'il devenait Président, quelle place accorderait-il à Villepin ? Ignorance et marginalisation ou inclusion dans le gouvernement ?
Je n'en ai pas la moindre idée. Maire de Paris (du moins candidat) ? Je pense que Nicolas Sarkozy va s'employer à recycler TOUS ses rivaux à droite, tous les laissés-pour-compte de la majorité. Il a déjà commencé (cf. messieurs Carignon et Longuet).

Où en sont ses amours avec Cécilia ?
A la fin des "Carnets", Cécilia est de retour, la presse s'en est fait l'écho. Depuis, la vie privée de Nicolas Sarkozy lui appartient. Et si nous lui laissions le soin de nous raconter la suite ?

Il accuse les médias de parler de sa vie privée, mais n'entretient-il pas ce phénomène ?
Vous avez totalement raison, c'est l'un des grands chapitres de mes "Carnets". Nicolas Sarkozy, il l'a lui-même reconnu, a surexposé médiatiquement sa femme, son fils Louis et leur bonheur, jusqu'à la nausée. Et jusqu'au drame personnel. Quand la vie se dérobe, quand tout vous échappe, il s'est retrouvé tel "l'arroseur arrosé" qu'il a décrit dans son essai "Libre", celui qui ne contrôle plus la machine médiatique quand elle s'emballe, parce qu'il a voulu trop jouer avec. Mais l'intéressé s'en est largement expliqué, il a reconnu ces faits, et depuis, je crois qu'il faut respecter sa volonté de protéger sa vie privée. Une page s'est tournée, et de façon très claire.

Ses problèmes personnels ne sont-ils pas une manipulation du clan "Chirac" pour le rendre plus docile ?
Je vais vous dire, que certaines personnes aient pu bavarder au moment de la séparation du couple, c'est possible. Ceci étant, le drame conjugal des époux Sarkozy a vraiment été un moment douloureux, qui n'avait pas grand chose à voir avec un quelconque complot. C'était l'histoire d'une séparation comme il en arrive des milliers.

"Après ce chat, je couvre une rencontre entre Sarkozy et Bernadette"

Nicolas Sarkozy est-il un "vrai démocrate" ?
Indéniablement, oui. Le refus de la démocratie se situe toujours aux extrêmes.

Sarkozy cherche-t-il délibérément à chasser sur les terres du FN ?
Bien évidemment. Son raisonnement est le suivant : outre une bonne poignée d'irréductibles, une grande partie des 18 % qui ont voté Le Pen au second tour se serait égarée, aurait commis un vote sanction. C'est ce pourcentage d'électeurs qu'il souhaite ramener vers quelque chose de plus conforme à l'idée que l'on se fait de la démocratie.

Etes-vous toujours aux côtés de Nicolas Sarkozy ?
Je suis censé le suivre jusqu'à l'élection présidentielle et à titre d'exemple, je vais courir après ce chat pour aller "couvrir" une rencontre entre Sarkozy et Bernadette !

Aura-t-il le courage de déplaire aux Français ? Car ce sera sans doute parfois nécessaire !
Je crois savoir qu'il voulait appliquer son programme. A titre d'exemple, là où Villepin proposait un CPE, Sarkozy préconise un contrat unique pour tous. Il l'a annoncé, il va l'appliquer s'il est élu.
En guise de conclusion, je tiens à remercier tous ceux qui ont pris de leur temps pour dialoguer avec moi. Au plaisir de renouveler cette expérience si enrichissante. Merci à tous !

Titre : "Sarkozy - Carnet de campagne"
Parution : 27 février 2006
Pages 352 pages
Format : 153 x 24
Prix : 19 euros
Editeur : Robert Laffont
Consulter les librairies du net

Et aussi : donnez votre avis grâce à notre comparatif "présidentiables"
 
 Florence Bourgain, L'InternauteActualité
 
Chaine Actualité
Envoyer|Imprimer
Haut de page
 
 
newsletter
L'Internaute Voir un exemple
Journal du Net Voir un exemple
Management Voir un exemple
Journal des femmes Voir un exemple
EmploiCenter Voir un exemple
Toutes nos newsletters

Sondage

Avez-vous effectué vos achats de Noël ?

Tous les sondages