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Religion et politique
Georges Corm
 
Photo © L'Internaute Magazine
 

Pouvez-vous nous dire pourquoi l'expression "retour du religieux" est contestable ?

Il n'y a jamais eu de disparition du religieux, pour qu'il y ait un retour. Le besoin de transcendance est inné dans l'homme. Si l'Europe des Lumières a pu relativiser la transcendance de la religion, elle ne l'a pas supprimé. Les idéaux laïcs qui sont venus remplacer la culture religieuse du Moyen Age chrétien en Europe ont fonctionné sur le mode religieux et transcendant, c'est-à-dire que l'on en a fait des absolus qui ont entraîné guerres et violences, qu'il se soit agi du nationalisme ou du communisme. De toute façon, la déchristianisation de l'Europe, c'est-à-dire la chute de la pratique religieuse est un phénomène relativement isolé, aux Etats-Unis, en Amérique latine, en Asie bouddhique ou musulmane, la pratique religieuse reste encore intense.

 

Mais ne peut-on pas dire qu'il y une importance nouvelle de la religion dans notre monde, par rapport à la tendance plus "sécularisée" qui régnait il y a 3 décennies ?

Ce que l'on remarque, c'est que les malaises actuels dans différentes parties du monde s'expriment à nouveau sur le mode de l'expression religieuse, les anciennes idéologies laïques étant passées de mode. Les malaises sociaux, identitaires, culturels, de même que les conflits géopolitiques ont effectivement, depuis quelques décennies, tendance à s'exprimer sur le mode identitaire, ethnique ou religieux. C'est une tendance qui a été très largement encouragée durant la dernière phase de la Guerre froide, entre l'URSS et les USA, par les Etats-Unis pour mettre en échec l'extension de l'idéologie communiste, en particulier dans le tiers monde. Les mouvements fondamentalistes ont été encouragés dans cette partie du monde et même dans le catholicisme européen. C'est une politique qui a réussi, mais qui a engendré une dynamique qui échappe à ses initiateurs, comme en témoignent les évènements du 11 septembre 2001 et la multiplication des groupes radicaux violents qui pratiquent le terrorisme au nom de la religion.

 

Le recours au religieux n'est-il pas dû aussi à un affaiblissement du lien social ? Porter une croix, une étoile de David, un voile, n'est-ce pas manifester son appartenance à un groupe face à la montée de l'individualisme ?

Oui, l'individu solitaire de la société de consommation et de masse, les anciens sentiments nationaux dépassés par la globalisation et la transnationalisation, les grands mouvements migratoires dans les familles qui sont destructurants : tout cela entraîne la fabrication ou le bricolage d'identités nouvelles auxquelles l'individu se raccroche. Les médias modernes, les possibilités de communication instantanées par l'électronique, facilitent l'illusion de s'identifier à ces groupes nouveaux qui embrigadent les individus, le plus souvent dans des projets de puissance économique ou politique. L'individu est aussi devenu un consommateur d'identités ethniques ou religieuses qui sont un grand business journalistique et académique, et qui sont manipulées dans les grandes manœuvres de la géopolitique internationale.


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