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Photo © L'Internaute
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Pouvez-vous nous dire pourquoi l'expression
"retour du religieux" est contestable ?
Il n'y a jamais eu de disparition du religieux,
pour qu'il y ait un retour. Le besoin de transcendance est
inné dans l'homme. Si l'Europe des Lumières a pu relativiser
la transcendance de la religion, elle ne l'a pas supprimé.
Les idéaux laïcs qui sont venus remplacer la culture religieuse
du Moyen Age chrétien en Europe ont fonctionné sur le mode
religieux et transcendant, c'est-à-dire que l'on en a fait
des absolus qui ont entraîné guerres et violences, qu'il
se soit agi du nationalisme ou du communisme. De toute façon,
la déchristianisation de l'Europe, c'est-à-dire la chute
de la pratique religieuse est un phénomène relativement
isolé, aux Etats-Unis, en Amérique latine, en Asie bouddhique
ou musulmane, la pratique religieuse reste encore intense.
Mais ne peut-on pas dire qu'il y une importance
nouvelle de la religion dans notre monde, par rapport à
la tendance plus "sécularisée" qui régnait il y a 3 décennies
?
Ce que l'on remarque, c'est que les malaises
actuels dans différentes parties du monde s'expriment à
nouveau sur le mode de l'expression religieuse, les anciennes
idéologies laïques étant passées de mode. Les malaises sociaux,
identitaires, culturels, de même que les conflits géopolitiques
ont effectivement, depuis quelques décennies, tendance à
s'exprimer sur le mode identitaire, ethnique ou religieux.
C'est une tendance qui a été très largement encouragée durant
la dernière phase de la Guerre froide, entre l'URSS et les
USA, par les Etats-Unis pour mettre en échec l'extension
de l'idéologie communiste, en particulier dans le tiers
monde. Les mouvements fondamentalistes ont été encouragés
dans cette partie du monde et même dans le catholicisme
européen. C'est une politique qui a réussi, mais qui a engendré
une dynamique qui échappe à ses initiateurs, comme en témoignent
les évènements du 11 septembre 2001 et la multiplication
des groupes radicaux violents qui pratiquent le terrorisme
au nom de la religion.
Le recours au religieux n'est-il pas dû
aussi à un affaiblissement du lien social ? Porter une croix,
une étoile de David, un voile, n'est-ce pas manifester son
appartenance à un groupe face à la montée de l'individualisme
?
Oui, l'individu solitaire de la société
de consommation et de masse, les anciens sentiments nationaux
dépassés par la globalisation et la transnationalisation,
les grands mouvements migratoires dans les familles qui
sont destructurants : tout cela entraîne la fabrication
ou le bricolage d'identités nouvelles auxquelles l'individu
se raccroche. Les médias modernes, les possibilités de communication
instantanées par l'électronique, facilitent l'illusion de
s'identifier à ces groupes nouveaux qui embrigadent les
individus, le plus souvent dans des projets de puissance
économique ou politique. L'individu est aussi devenu un
consommateur d'identités ethniques ou religieuses qui sont
un grand business journalistique et académique, et qui sont
manipulées dans les grandes manuvres de la géopolitique
internationale.