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Photo © L'Internaute
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Au Liban, l'élection du nouveau président
a été reportée au 23 octobre, faute de consensus sur un
candidat entre la majorité anti-syrienne et l'opposition.
Pensez-vous qu'un compromis soit envisageable ?
Cela dépendra beaucoup
de l'évolution des tensions régionales dans lesquelles le
Liban a souvent joué le rôle d'un espace tampon dans les
conflits du Moyen-Orient. Aujourd'hui ces tensions sont
extrêmes, en particulier depuis que les Etats-Unis ont répondu
aux attentats terroristes du 11/09/01 par le déploiement
de leurs armées, l'invasion de l'Afghanistan et de l'Irak
et la mise en accusation des deux régimes syrien et iranien,
comme soutenant le terrorisme et hostiles à l'Occident et
Israël. Dans le même temps, le sort des Palestiniens est
toujours aussi dramatiques, le Liban est complètement déstabilisé,
l'Irak désintégré. Les Etats-Unis promettent une enième
conférence pour établir la paix en Palestine, mais c'est
déjà vu. Le dossier nucléaire iranien cristallise toutes
les hostilités, sans que l'on discute sérieusement de bannir
toutes les armes atomiques de la région, ce qui embarrasserait
beaucoup l'Etat d'Israël ou même l'Inde et le Pakistan.
Comment est perçu, dans la région, le
bras de fer entre l'Iran et les pays occidentaux à propos
de l'arme atomique ?
Cela dépend par qui. Comme je viens
de le dire, si l'on sort de la rhétorique qui fustige l'Iran
sans cesse, comme on avait fustigé l'Irak auparavant, on
ne voit pas au nom de quoi interdire l'accès à l'enrichissement
de l'uranium par l'Iran, alors qu'Israël, l'Inde et le Pakistan
qui n'ont pas signé le traité de l'Agence de l'Energie atomique
sont laissés tranquilles. Le Pakistan n'est pas un Etat
particulièrement rassurant et pourtant, il a la bombe atomique.
Quel est le critère suivant lequel on dénonce ou on s'accommode
des gouvernements qui développent la filière atomique ?
S'il s'agit simplement d'être dans les bonnes grâces des
puissances occidentales, cela ne me paraît pas un critère
valable et objectif.
Pourquoi une telle différence entre les
communautés chrétiennes et musulmanes au Liban ?
Je ne pense pas
qu'il y ait de telles différences. Il y a eu historiquement
une avance culturelle des communautés chrétiennes qui ont
reçu une aide très substantielle des missionnaires et des
pays européens se réclamant du christianisme (en particulier
la France et la Russie pour le christianisme orthodoxe).
Aujourd'hui, les niveaux d'éducation sont relativement homogènes
et les communautés musulmanes ont rattrapé leur retard relatif.
Le vrai clivage est transcommunautaire. Il concerne la position
du Liban sur l'échiquier régional et sa politique extérieure.
Une partie de la population est pro-occidentale et ne considère
pas que l'Etat d'Israël, en dépit de toutes les attaques
de représailles et occupations subies soient un danger véritable
pour le Liban pluricommunautaire qui est un peu un contre
exemple du modèle israélien ; une autre partie de la population
ne veut pas que le Liban soit embrigadé dans la politique
occidentale au Moyen-Orient, d'autant que l'alliance très
étroite des Etats-Unis avec Israël a toujours facilité le
fait que le Liban soit le souffre-douleur d'Israël. Autrefois
à cause de la présence des mouvements palestiniens opérant
contre elle à partir du Liban, aujourd'hui à cause du Hezbollah
qui a lutté des années et est parvenu à obliger les Israéliens
à évacuer le sud du Liban après 22 ans d'occupation (1978-2000),
et l'ont empêché l'été dernier de le réoccuper.