Religion et politique
Georges Corm
 
Photo © L'Internaute Magazine
 

Au Liban, l'élection du nouveau président a été reportée au 23 octobre, faute de consensus sur un candidat entre la majorité anti-syrienne et l'opposition. Pensez-vous qu'un compromis soit envisageable ?

Cela dépendra beaucoup de l'évolution des tensions régionales dans lesquelles le Liban a souvent joué le rôle d'un espace tampon dans les conflits du Moyen-Orient. Aujourd'hui ces tensions sont extrêmes, en particulier depuis que les Etats-Unis ont répondu aux attentats terroristes du 11/09/01 par le déploiement de leurs armées, l'invasion de l'Afghanistan et de l'Irak et la mise en accusation des deux régimes syrien et iranien, comme soutenant le terrorisme et hostiles à l'Occident et Israël. Dans le même temps, le sort des Palestiniens est toujours aussi dramatiques, le Liban est complètement déstabilisé, l'Irak désintégré. Les Etats-Unis promettent une enième conférence pour établir la paix en Palestine, mais c'est déjà vu. Le dossier nucléaire iranien cristallise toutes les hostilités, sans que l'on discute sérieusement de bannir toutes les armes atomiques de la région, ce qui embarrasserait beaucoup l'Etat d'Israël ou même l'Inde et le Pakistan.

 

Comment est perçu, dans la région, le bras de fer entre l'Iran et les pays occidentaux à propos de l'arme atomique ?

Cela dépend par qui. Comme je viens de le dire, si l'on sort de la rhétorique qui fustige l'Iran sans cesse, comme on avait fustigé l'Irak auparavant, on ne voit pas au nom de quoi interdire l'accès à l'enrichissement de l'uranium par l'Iran, alors qu'Israël, l'Inde et le Pakistan qui n'ont pas signé le traité de l'Agence de l'Energie atomique sont laissés tranquilles. Le Pakistan n'est pas un Etat particulièrement rassurant et pourtant, il a la bombe atomique. Quel est le critère suivant lequel on dénonce ou on s'accommode des gouvernements qui développent la filière atomique ? S'il s'agit simplement d'être dans les bonnes grâces des puissances occidentales, cela ne me paraît pas un critère valable et objectif.

 

Pourquoi une telle différence entre les communautés chrétiennes et musulmanes au Liban ?

Je ne pense pas qu'il y ait de telles différences. Il y a eu historiquement une avance culturelle des communautés chrétiennes qui ont reçu une aide très substantielle des missionnaires et des pays européens se réclamant du christianisme (en particulier la France et la Russie pour le christianisme orthodoxe). Aujourd'hui, les niveaux d'éducation sont relativement homogènes et les communautés musulmanes ont rattrapé leur retard relatif. Le vrai clivage est transcommunautaire. Il concerne la position du Liban sur l'échiquier régional et sa politique extérieure. Une partie de la population est pro-occidentale et ne considère pas que l'Etat d'Israël, en dépit de toutes les attaques de représailles et occupations subies soient un danger véritable pour le Liban pluricommunautaire qui est un peu un contre exemple du modèle israélien ; une autre partie de la population ne veut pas que le Liban soit embrigadé dans la politique occidentale au Moyen-Orient, d'autant que l'alliance très étroite des Etats-Unis avec Israël a toujours facilité le fait que le Liban soit le souffre-douleur d'Israël. Autrefois à cause de la présence des mouvements palestiniens opérant contre elle à partir du Liban, aujourd'hui à cause du Hezbollah qui a lutté des années et est parvenu à obliger les Israéliens à évacuer le sud du Liban après 22 ans d'occupation (1978-2000), et l'ont empêché l'été dernier de le réoccuper.


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