Marc Roche, correspondant permanent
à Londres du journal "Le Monde", vient de publier la première
biographie en français de la reine Elizabeth II. La parution coïncide
avec la célébration du dixième anniversaire de la mort de
Diana et les noces de diamant d'Elizabeth et de Philip. L'auteur de "Elizabeth
II, la dernière reine" a répondu à nos questions.
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Marc Roche, auteur de "Elizabeth II, la dernière
reine" Photo © Gautier Deblonde |
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| "En
20 ans, je l'ai rencontrée 5 fois." |
En
tant que journaliste, vous avez eu l'occasion de rencontrer la reine plusieurs
fois. Comment se sont déroulées ces rencontres ?
Peu de
journalistes rencontrent la reine. Elle ne les aime pas et ne les connaît pas.
Si le journaliste financier rencontre les banquiers, si le journaliste politique
est en contact avec les hommes politiques, le chroniqueur royal, lui, ne rencontre
jamais la reine. Car, à l'inverse d'un chef d'Etat républicain, comme le
Président français, la reine ne donne pas d'interview ou de conférence de presse.
En 20 ans toutefois, je l'ai rencontrée 5 fois. Un record, je pense, pour
un journaliste étranger.
La première rencontre a eu lieu en 1991 lors
d'un sommet du Commonwealth que je couvrais pour "Le Point". Souhaitant un point
de vue français sur le Commonwealth, elle a fait venir quelques Français auprès
d'elle. Lorsque je lui ai dit qu'il existait une organisation similaire au Commonwealth,
la francophonie, la Reine a conclu l'entretien par un "Similaire, mais différente".
Mes rencontres ont été courtes et nos échanges très généraux. Et surtout vous
êtes pétrifié ! Elle a un regard d'acier, froid et distant. La seule véritable
conversation que j'ai eue avec la Reine a eu lieu après le 21 avril 2002, lorsqu'elle
me fit part de ses inquiétudes à la suite de la présence de Jean-Marie Le Pen
au second tour de l'élection présidentielle.
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Elizabeth II, reine d'Angleterre Photo
© Roger-Viollet |
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Cette petite femme dégage une impression de force physique étonnante" |
Pourriez-vous décrire la personnalité
d'Elizabeth II ? Comme toutes les anglaises de la classe supérieure, faussement
timide, riant d'elle-même, beaucoup de bon sens malgré son peu d'éducation. Contrairement
à Charles et à ses petits-fils, Elizabeth II n'a pas fréquenté les meilleures
écoles. Son éducation est sommaire, calquée sur celle des jeunes filles du XIXe
siècle. Rurale plus que citadine, elle est habillée de manière plus pratique que
sophistiquée, et elle préfère discuter de sujets ayant trait à la chasse, aux
chevaux, à l'élevage, qui n'intéressent pas les citadins.
Je lui ai aussi
trouvé un don précieux : elle sait se débarrasser des indésirables. Si la conversation
l'ennuie, elle vous sourit et elle glisse, insaisissable. De la même manière,
je me demande si elle voit les gens qui l'entourent, ou si elle fait juste son
devoir de souveraine. Puis, cette petite femme, par sa taille, dégage une impression
de force physique étonnante. Elle boit peu, mange peu, et passe beaucoup de temps
à la campagne. Une hygiène de vie impeccable qui lui réussit. Mais en définitive,
elle reste pour moi un mystère. Sincèrement, plus j'y réfléchis, moins je saurai
vous dire qui elle est vraiment. Elizabeth II est insaisissable.
Les
Français voient la reine comme une institution désuète. Pourtant, vous écrivez
dans votre livre que son accession au trône marque une "cassure entre deux mondes",
qu'elle s'est efforcée de "mettre l'institution au goût du jour" ? Elizabeth II
est-elle une réformatrice ?
Contrairement au Prince Charles qui est un
innovateur, la reine Elizabeth II est de nature profondément conservatrice. Elle
est pour le maintien des usages établis, et instinctivement contre l'innovation.
C'est aussi une femme d'habitude : elle prend ses vacances toujours à la même
époque et au même endroit, elles invitent toujours les mêmes personnes, etc. En
fait, elle aime la continuité. Mais c'est aussi une pragmatique. Elle sait donc
s'adapter aux mouvements du monde, sentir les évolutions de la société. Si elle
parle peu, la reine écoute. Son entourage est composé d'hommes, en très grande
majorité des conservateurs. Quelqu'un comme Dominique de Villepin serait un conseiller
parfait pour elle : un peu trop brillant et parlant trop, mais conservateur et
aristocrate. Réformatrice, non. Rebelle, non plus. Elizabeth II est passéiste
et suiviste.
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règne d'Elizabeth II
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