INTERVIEW
 
20/03/2008

Alice Auréli : "Une guerre de l'eau peut éclater à chaque instant !"

alice aureli Y'a-t-il des guerres de l'eau aujourd'hui dans le monde ? Risque-t-on de manquer d'eau en France ? A l'occasion de la Journée mondiale de l'eau, Alice Auréli, hydrogéologue à l'Unesco, nous a répondu.
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Risque-t-on un jour de connaître une guerre de l'eau en France ?

On pourra toujours en avoir une. Une guerre de l'eau peut éclater à chaque instant, partout, surtout si le changement climatique s'accélère vers une aridité de plus en plus forte.  Mais n'oublions pas que la France est autosuffisante. Elle possède ses propres ressources en eau. La France fait partie des pays les plus riches en eau. Le problème qui se présente en France est le manque de mesures par rapport à la pollution souterraine. On n'en parle pas suffisamment. Les eaux souterraines sont les ressources en eaux des prochains millénaires et on ne les connaît pas. En France comme ailleurs, on exploite donc encore très mal ces ressources.
Dans 50 ans, si on continue comme ça, on peut craindre une pénurie nationale. La France devra alors s'asseoir avec les pays riverains pour trouver des solutions. La crise de l'eau est quant à elle commencée dans le reste du monde. Il faut aussi comprendre que le changement climatique entraîne l'appauvrissement de l'eau.

 

Que faire pour éviter cette pénurie d'eau en France ?

"Le café du matin coûte 140 litres d'eau pour que les graines de café arrivent jusque dans nos cuisines."

Il existe des gestes simples à utiliser. Le problème est qu'ils ne sont pas tous défendables politiquement car ils risquent de toucher des intérêts énormes. La production agroalimentaire serait à changer, il faudrait repenser toute la politique agricole, repenser le développement économique du pays. Mais vous imaginez la complexité que cela représente pour les hommes politiques et leurs intérêts ! Surtout en France, où il est difficile de bousculer les choses. Là est tout le problème.

Certains pays, comme les pays nordiques, sont plus sensibles à cette problématique de l'eau. Ici encore, il faut dépasser le nationalisme et avancer autrement. Tout le monde devrait savoir en buvant son café le matin, que cela a coûté 140 litres d'eau pour que les graines de café arrivent dans nos cuisines. L'agriculture est la base de toute une économie mondiale d'échanges de marchandise qui peut être coûteuse en ressources. Les Nations Unies y travaillent. Il faut dépasser les intérêts nationaux et les politiques nationales.

 

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En Afrique il y a une quarantaine de bassins fluviaux. © Getty Images
 

Y-a-t-il des guerres de l'eau dans le monde ?
Il n'y a jamais eu vraiment de guerres déclarées pour l'eau. Entre l'Israël et la Palestine par exemple, les gestionnaires de l'eau coopèrent malgré les conflits qui peuvent les séparer.  Ils passent des accords de gestion. C'est le partage de l'eau.

Il existe cependant un vrai problème de l'eau, pas tant technique que politique. C'est le manque de lois internationales sur le sujet. Or, le système de l'eau est principalement souterrain et partagé entre deux ou trois pays en sous sol. Il existe en tout dans le monde 261 bassins fluviaux partagés entre plusieurs pays (60 en Amérique, une quarantaine en Afrique, une centaine en Europe et environ 20en Asie.) Toutes ces nappes d'eau souterraines sont des réserves pour la moitié de la population de la planète. C'est dans ces zones qu'il faut prévenir les crises pour pouvoir faire face aux besoins qui augmentent d'année en année.

Imaginez la nappe souterraine qui relie l'Egypte, le Soudan, le Tchad et la Lybie. Il y a là bas toute une partie d'eau non renouvelable, des eaux vieilles de 10 000 ans. Les différentes recharges faites par les hommes ne pourront jamais combler ce réservoir si l'un de ces quatre pays décidait un jour de le vider.
Le problème est également un problème d'information et de prévention. L'irrigation pour l'agriculture représente 70 % des prélèvements d'eau douce. Une quantité qui pourrait être largement diminuée, nous le savons, mais pas les agriculteurs. On retrouve souvent ce manque de connaissance dans les pays pauvres. La pauvreté est donc le résultat, mais aussi la cause de la mauvaise gestion des eaux.

 

Quel est justement le rôle de l'Unesco pour améliorer cette situation ?

"Plus de 40% de la population mondiale vit sans un système sanitaire insatisfaisant"

L'Unesco travaille sur un programme international hydrologique. L'objectif est de construire les conditions pour une coopération pacifique entre tous les pays : on appelle ça la culture de la paix. Le sujet est crucial : plus de 40 % de la population mondiale vit sans un système sanitaire satisfaisant. Près de 90 % des eaux usées et 70 % des déchets industriels des pays en développement sont rejetés sans traitement, polluant ainsi les sources d'eau disponibles. Les conséquences sont considérables : on estime que 88 % des maladies est attribuable au niveau mondial à l'eau non potable et à l'absence de salubrité et d'hygiène.

Pour l'amélioration du système sanitaire annuel nous aurions besoin de 10 milliard de dollars. Evidemment c'est beaucoup, mais ces dollars sont généralement dépensés pour autre chose. La culture de l'eau doit être remise en cause et la politique doit embrasser de nouvelles mesures.

 

Dans ce contexte, à quoi peut servir une Journée de l'Eau ?

Cette année, la Journée mondiale de l'eau a pour thème principal l'assainissement. Elle est organisée dans le cadre de l'Année internationale de L'assainissement des Nations Unies. Elle vise à informer les utilisateurs pour qu'ils comprennent ces enjeux. Elle a développé cinq messages clé : l'assainissement est vital pour la santé, est un bon investissement, contribue au développement social, participe à la préservation de l'environnement et est un objectif accessible.

"Nous voulons amener les politiques en priorité à cette prise de conscience."

C'est un peu comme une sonnette d'alarme. Avec des mots simples, nous voulons provoquer cette prise de conscience dans la population, mais surtout dans le monde politique, les classes des décideurs. Chacun doit prendre conscience qu'il faut sortir de nos propres intérêts, et nous interroger pour la santé de tous.

 


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