Fondateur des compagnons d'Emmaüs en 1949, résistant et ancien député, l'abbé Pierre a longtemps été la personnalité préférée des Français. Il s'est éteint le 22 janvier 2007, à l'hôpital du Val de Grâce à Paris, à l'âge de 94 ans.
Prêtre et résistant De son vrai nom Henri Grouès, l'abbé Pierre est né dans une famille lyonnaise aisée et pieuse. Il décide très tôt d'entrer dans les ordres : en 1931, alors qu'il n'a pas 18 ans, il entre chez les capucins (ordre franciscain) et devient frère Philippe. Sept ans plus tard, il est ordonné prêtre et devient vicaire à Grenoble. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s'engage dans la Résistance. Dès le lendemain de la rafle du Vel' d'Hiv à Paris, il accueille des juifs rescapés en zone libre, participe à la création du maquis du Vercors, aide les réfractaires au Service du Travail Obligatoire (STO). Dans la clandestinité, il prend le nom d'abbé Pierre. Il s'enfuit de France par l'Espagne et parvient à rejoindre le général de Gaulle à Alger en 1944.
Au service des plus démunis Parallèlement à une brève carrière politique, comme député indépendant apparenté au MRP -parti de centre-droit), l'abbé Pierre commence son combat en faveur des déshérités. En 1949, il fonde Emmaüs, qui a pour vocation principale de venir en aide aux sans-abris. Pendant l'hiver particulièrement rigoureux de 1954, il se fait connaître en lançant un appel radiophonique à une "insurrection de la bonté". Son cri d'alarme permet de récolter 500 millions de francs et 2000 tonnes de dons en nature. L'Etat vote un budget de 10 milliards de francs pour la construction de 12 000 logements sociaux. Depuis, l'abbé Pierre n'a eu de cesse de poursuivre ce combat.
Réformer l'Eglise Dans un livre intitulé "Mon Dieu, pourquoi ?", l'abbé Pierre déclare avoir eu des relations sexuelles malgré son voeu de chasteté. Se prononçant en faveur de l'ordination des hommes mariés, il aborde, par ailleurs, de nombreux sujets tabous pour l'Eglise catholique : mariage des homosexuels, homoparentalité, ordination des femmes... Un dernier combat dérangeant que n'a pas eu peur de mener la personnalité la plus populaire de France.
Ils ont salué sa mémoire Jacques Chirac : "C'est la France entière qui est touchée au coeur. Elle perd une immense figure, une conscience, une incarnation de la bonté." Dominique de Villepin salue "une force d'indignation capable de faire bouger les coeurs et les consciences". Ségolène Royal s'exprime au micro de la radio RTL : "Le long cri de colère de l'abbé Pierre contre la pauvreté ne doit pas s'éteindre." Nicolas Sarkozy déclare dans un communiqué : "Avec la disparition de l'abbé Pierre, le coeur de la France est en berne." Jean-Baptiste Legrand, fondateur de l'association "Les enfant de Don Quichotte", déclare qu'il faut "reprendre le combat" de l'abbé Pierre "pour que les gens comprennent, pour que les gens s'indignent, pour sauver les personnes qui meurent sur les trottoirs". |
|