Fonctionnement de l'élection américaine : grands électeurs, décompte des voix... Comment ça marche ?

Le système électoral américain est complexe et très singulier : il se peut qu'un président soit élu avec moins de voix de citoyens que son adversaire.

[Mis à jour le 3 novembre 2016 à 17h57] Pour être candidat à l'élection présidentielle américaine, il faut être âgé d'au moins 35 ans, être citoyen américain de naissance et avoir vécu sur le sol des Etats-Unis pendant au moins 14 ans. Il faut ensuite recevoir officiellement l'investiture de l'un des deux partis qui structurent la vie politique américaine, c'est à dire concourir aux primaires démocrate ou républicaine. Pour cela, des votes sont organisés dans chacun des Etats au début de l'année de l'élection présidentielle. C'est dans les Etats de l'Iowa et du New Hampshire que les votes commencent. Sont alors désignés pour chaque parti, des "délégués" qui représentent un candidat et qui voteront officiellement pour la femme ou l'homme à investir lors des conventions nationales. Mais puisque l'on sait par avance le nombre de délégués acquis à la cause de chaque candidat, le nom des investis est généralement connu au mois de mars, bien avant les conventions. 

Fonctionnement de l'élection US : les "grands électeurs"

Le président des Etats-Unis n'est pas élu au suffrage universel direct, mais par un collège électoral constitué de 538 "grands électeurs", qui eux, sont élus au suffrage universel dans chacun des Etats du pays. Chaque Etat dispose d'un nombre fixé à l'avance de grands électeurs, en fonction de la population qui y réside, mais les plus petits Etats disposent d'un minimum de 3 grands électeurs. L'Etat le plus peuplé du pays, la Californie, désigne lors de ces élections 55 grands électeurs.

L'élection présidentielle a lieu le mardi 8 novembre. Mais des centaines de milliers d'Américains peuvent déjà voter. Les Etats du Dakota du Sud et du Minnesota permettent à leurs électeurs de voter à l'avance, depuis vendredi 23 septembre. 35 autres Etats feront de même cette année. L'objectif est clair : lutter contre l'abstention.

L'autre grande singularité des élections présidentielles américaines est qu'elles écartent de manière radicale la proportionnalité des votes. Car - excepté dans le Nebraska et le Maine - dans chaque Etat, toutes les voix sont apportées au candidat arrivé en tête, quelque soit le résultat. Il suffit donc, à titre d'exemple, de rassembler une seule voix de plus que son adversaire dans l'Etat de Californie pour s'assurer le soutien intégral de ses 55 grands électeurs. C'est ce qu'on appelle le système du "winner-takes-all".

Le système électoral reposant sur la désignation de grands électeurs et sur "le winner-takes-all" crée de fait de grandes disparités entre le nombre de voix obtenues par un candidat de la part des citoyens et le nombre de voix obtenues de la part des grands électeurs. Il se peut qu'un président soit élu avec moins de voix de citoyens que son adversaire, ce fut notamment le cas en 2000 lors de l'élection de George Bush junior.

En vidéo - Le fonctionnement de l'élection américaine expliqué en 2 minutes :

Primaires et caucus : comment ça marche ?

Les Etats-Unis ont développé au cours de leur histoire un mécanisme bien spécifique et assez complexe pour élire leur président. Dans un premier temps, chaque Etat organise la désignation du candidat démocrate et du candidat républicain qui ont sa confiance. Pour cela, il existe deux possibilités, soit un caucus, soit des primaires, qui permettent concrètement d'élire des délégués nationaux (qui font campagne pour un candidat républicain ou un candidat démocrate), qui eux-mêmes élisent le candidat officiel du parti lors d'une convention nationale. Primaires et caucus sont organisés de manière indépendante par les démocrates et les républicains. Aux termes de ce processus, qui ne figure pas du tout dans la Constitution américaine, deux candidats sont désignés pour s'affronter en novembre. 

Il faut par ailleurs savoir que chaque citoyen américain s'inscrit, sur les listes électorales, comme étant démocrate ou républicain.

Primaires américaines : qu'est-ce que c'est ?

Il s'agit d'une élection classique, qui se déroule tout au long de la journée : les citoyens se rendent dans un bureau de vote, choisissent un bulletin de vote pour un candidat (même s'il désigne en réalité les délégués qui le représentent). 

Primaires fermées (par défaut) : Seuls les citoyens inscrits sur les listes électorales comme démocrate peuvent voter pour la primaire démocrate. Réciproquement, seuls les citoyens d'obédience républicaine peuvent voter pour la primaire républicaine.

Primaires ouvertes : Un électeur républicain peut voter à la primaire démocrate et vice-versa. En revanche, il ne peut pas voter une seconde fois pour la primaire démocrate (et vice-versa).

Caucus américains, qu'est-ce que c'est ?

Lors d'une journée de caucus, des centaines de réunions de quartier, organisées par les partis, se tiennent dans un Etat. Là encore, le but est de désigner les délégués qui représenteront un candidat lors de la convention nationale du parti, mais pas en se rendant dans un isoloir. Dans un caucus, on discute, on débat, on argumente, pendant près de deux heures. Une fois que les mérites des différents candidats ont bien été exposés à tous, les assemblées votent à mains levées pour des délégués locaux, qui ont la charge d'élire les délégués nationaux lors des conventions de comtés.

Pourquoi le système des primaires et des caucus est-il décrié ?

Le mode de désignation s'étale dans le temps, sur plusieurs mois, selon un calendrier fixé à l'avance. Cela permet aux candidats de poursuivre leur campagne pendant des semaines et de s'adresser plus directement aux électeurs de chaque Etat. Mais cela introduit également une vraie inégalité de traitement entre les citoyens puisque l'on connaît généralement le nom des gagnants à mi-parcours : dans les Etats qui votent en dernier, les voix ont donc moins d'importances que celles des électeurs des Etats votant en premier.

Fonctionnement de l'élection américaine : le financement

Comme en France, les campagnes des candidats bénéficient d'aides publiques et privées. En revanche, les dépenses de campagne ne sont pas plafonnées et battent des records d'année en année. Elles ont atteint 345 millions de dollars pour George Bush en 2004 et 639 millions de dollars en 2008 pour Barack Obama. En 2012, la barre du milliard de dollars a été franchie.

Les aides publiques

Les aides publiques existent aux Etats-Unis pour financer une campagne électorale, mais elles ne représentent que le quart des dépenses des candidats en moyenne. Elles sont attribuées par la Commission électorale fédérale. Ce fonds est alimenté par un "impôt volontaire". Les fonds publics engagent en effet les candidats à respecter un plafond, et les incitent donc à se passer des fonds privés une fois l'investiture du parti obtenue.

Les fonds privés

En plus des fonds publics, les candidats américains bénéficient de deux autres sources de financement.

Les "Associations 527". Il s'agit de groupes, associations ou comités politiques, généralement créés pour promouvoir la candidature d'une personnalité à un poste, mais les objectifs et les vocations de ces associations se multiplient. Ces "527" sont autorisés à recevoir directement des dons des entreprises, et peuvent apporter elles-mêmes leur contribution financière aux candidats ou aux partis, sans plafond.

Les Political Action Comittee (PAC). C'est par ces organisations que les personnes physiques ou morales qui souhaitent participer directement au financement d'une campagne ont l'obligation de passer. Une contrainte qui date de 2002. Avant, les entreprises, groupes de pression ou syndicats pouvaient apporter des contributions directes aux candidats et à leurs partis. Aujourd'hui, la plupart des PAC représente des entreprises, des syndicats ou des groupes de pression.

Des dons plafonnés, des budgets illimités

Ces dernières années, les sommes collectées par les candidats à l'élection présidentielle américaine se sont envolées en même temps que les dépenses : 162 millions de dollars en 1980, 324 millions en 1988, 529 millions de dollars en 2000, 1,553 milliard, en 2008, selon les chiffres de la Federal Election Commission, 2,6 milliards en 2012, sans doute plus de 3,5 millards en 2016.

Cependant, à titre individuel, les dons sont, comme en France, plafonnés : en 2014, la Cour suprême a déplafonné les dons individuels, la limite passant à 3,5 millions de dollars tous les deux ans. Reste ensuite aux candidats à multiplier les structures pour atteindre les sommes astronomiques mentionnées ci-dessus.

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