Anis Amri : l'homme tué à Milan est le suspect de l'attentat de Berlin, "sans l'ombre d'un doute"

ANIS AMRI - Le principal suspect de l'attentat au camion à Berlin, qui a fait 12 morts dans un marché de Noël lundi soir, s'appelle Anis Amri. Il a été tué par les forces de l'ordre à Milan, en Italie, ce vendredi.

[Mis à jour le 23 décembre 2016 à 12h07] Anis Amri est mort. Le suspect de l'attentat de Berlin, devenu l'homme le plus recherché d'Europe depuis quelques jours, a été abattu par la police à Milan, en Italie. Un contrôle d'identité aurait tourné à la fusillade, ce matin vers 3 heures : Anis Amri aurait crié "Allahu Akbar" avant de faire feu sur les policiers qui lui demandaient ses papiers. L'un deux aurait été blessé et conduit à l'hôpital mais ses jours ne sont pas en danger. Anis Amri aurait ensuite pu être identifié grâce à ses empreintes digitales, selon La Repubblica. Dans son sac aurait été retrouvé un billet de train français. Le ministre de l'Intérieur Italien, Marco Minniti, a affirmé lors d'une conférence de presse que l'homme abattu à Milan était Anis Amri, "sans l'ombre d'un doute".

Après l'attaque du marché de Noël mardi, Anis Amri n'aurait pas quitté la ville immédiatement, selon les informations de la chaîne allemande rbb. Ce média a diffusé une vidéo dans laquelle on voit le présumé terroriste devant une mosquée, dirigée par un groupuscule salafiste, et présentée comme un repère de "membres de l'Etat islamique à Berlin". Les images ont été prises 8 heures après l'attentat perpétré dans la capitale allemande. Rbb avance que Anis Amri s'était rendu devant cette mosquée alors qu'elle était fermée les 14 et 15 décembre derniers, entre 3h et 4h du matin.

D'après La Reppublica, Anis Amri serait arrivé à Sesto San Giovanni, dans l'agglomération de Milan, après être passé par Turin et Chambéry. Le principal suspect de l'attentat a tiré sur les policiers ce matin avec un pistolet de calibre 22, toujours selon le média italien. Les enquêteurs cherchent maintenant à savoir s'il s'agit de la même arme utilisée pour tuer le chauffeur de camion polonais, à Berlin. Le portefeuille et des traces ADN ont été récupérés dans la cabine du camion-bélier que l'assaillant a utilisé pour foncer dans le marché de Noël. Anis Amri a laissé son titre de séjour provisoire à l'intérieur de la cabine.

Anis Amri, principal suspect de l'attentat de Berlin

Anis Amri est depuis hier, le suspect numéro 1 du carnage qui s'est déroulé sur le marché de Noël de la Breitscheidplatz, à Berlin, lundi soir. Son identité a été révélée par la presse avant qu'un mandat d'arrêt européen ne soit émis pour retrouver cet homme présenté comme "armé et dangereux". Selon les informations diffusées par la police allemande, Anis Amri est un Tunisien, âgé de 24 ans. Il mesurerait 1m78 pour environ 75 kilos. Il "parti avec des amis en Europe clandestinement il y a 7 ans", selon son propre père. Un voyage jalonné de plusieurs forfaits et marqué par une radicalisation manifeste.

Un mandat d'arrêt européen a été émis pour retrouver Anis Amri. Le parquet anti-terroriste allemand a révélé l'identité de ce Tunisien et a même offert 100 000 euros  à toute personne donnant une information permettant son arrestation, une somme qui a rarement été aussi élevée. Les photos ont été diffusées mercredi 21 décembre dans l'avis de recherche, encadré en rouge du mot "Terrorismus". Des clichés dévoilant deux visages différents, correspondant à deux identités qu'il s'était forgées au cours des dernières années. "Si vous voyez la personne recherchée, informez la police. Mais ne vous mettez pas vous-même en danger, cette personne pourrait être dangereuse et armée", précisait le parquet dans son communiqué.

TWEET - Le manda d'arrêt d'Anis Amri, diffusé mercredi par la police allemande.

De la prison en Italie

Anis Amri était en effet connu des services de police. Il vivait en Allemagne depuis 2015, mais les enquêteurs ont remonté sa trace jusqu'en 2012, alors qu'il vivait en Italie en situation irrégulière. Il serait arrivé dans le pays en 2011 par l'île de Lampedusa. Anis Amri y a été condamné et y a purgé 4 ans de prison pour l'incendie volontaire d'une école. C'est à ce moment là, incarcéré, qu'il se serait radicalisé. Selon les informations de l'enquête, Anis Amri serait arrivé à Berlin depuis plusieurs mois, mais il aurait vécu dans plusieurs villes allemandes, en particulier en Rhénanie du Nord. La police de ce Land avait d'ailleurs signalé des signes de radicalisation et les informations avaient été diffusées au parquet fédéral allemand. Dans un registre des services de renseignement, le nom d'Anis Amri était suivi de la mention "liens présumés avec l'EI".

EN VIDEO - qui est Anis Amri ?

Anis Amri, un apprenti-jihadiste identifié dès novembre

Selon le journal allemand Bild, Anis Amri a essayé de recruter des complices pour commettre un attentat il y a plusieurs mois déjà. Il faisait l'objet d'une enquête judiciaire, car l'homme était soupçonné de préparation d'attentat dès le mois de novembre. L'AFP a indiqué, en milieu d'après-midi, que le suspect tunisien aurait été en lien étroit avec un ressortissant irakien de 32 ans, identifié comme Ahmad Abdulaziz Abdullah. Cet individu, arrêté en novembre par la police, est soupçonné d'avoir été à la tête d'une filière jihadiste acheminant des hommes depuis l'Allemagne vers l'Irak et la Syrie.

Par ailleurs, selon les autorités tunisiennes, Anis Amri aurait été approché par un groupe terroriste islamique qui lui aurait promis un mariage blanc avec une Allemande. Son nom figurait sur le fichier des 949 personnes considérées comme "dangereuses", dans le registre de renseignements allemand.

Comment Anis Amri a échappé à l'expulsion et à la police

Anis Amri aurait déposé en avril une demande d'asile en Allemagne, en vain. Débouté en juin 2016, il n'aurait pas été expulsé du pays en raison d'un contentieux entre Berlin et Tunis. Selon Ralf Jäger, ministre de l'Intérieur de Rhénanie du Nord-Westphalie - où a résidé un temps le suspect -, "en juin 2016 sa demande d'asile a été refusée par l'Office fédéral pour la migration et les réfugiés (...) l'homme n'a pas pu être expulsé car il n'avait pas de document d'identité en règle. [...] la Tunisie a disputé le fait que cette personne soit l'un de ses ressortissants et les documents nécessaires n'ont pendant longtemps pas été établis". La Tunisie s'était en effet opposée à l'expulsion d'Anis Amri, car elle ne reconnaissait pas l'identité de ce dernier avant ce mercredi 21 décembre. Ironie du sort, c'est en effet le lendemain de l'attentat que le document devant permettre de le renvoyer dans son pays est arrivé en Allemagne...

Malgré son identification, la police allemande n'a jamais réussi à mettre la main sur Anis Amri. Un échec qui provoque une polémique grandissante outre-Rhin. Le terroriste présumé a brouillé les pistes en prenant 8 identités différentes et en déménageant de nombreuses fois. À Berlin, il avait pris la fausse nationalité égyptienne. Il était connu sous le nom de Ahmad Z. ou Mohammed H. Il a également emprunté un temps la nationalité libanaise.

En Tunisie, la famille d'Anis Amri abasourdie

Mercredi 21 décembre, les enquêteurs ont perquisitionné un foyer, la dernière résidence du suspect.  La famille d'Anis Amri a été entendue par la police locale à Tunis, mercredi 21 décembre. Originaire de Ouestlatia, un village situé à 60 kilomètres de Kairouan dans le centre de la Tunisie, il a grandi avec quatre soeurs et un frère. Outre son père, d'autres membres de sa famille ont réagi : "Quand j'ai vu la photo de mon frère dans les médias, je n'en ai pas cru mes yeux. Je suis sous le choc et je ne peux pas croire que c'est lui qui a commis ce crime", a déclaré son frère Abdelkader Amri. Jeudi, il s'est dit très surpris de son embrigadement jihadiste supposé : "Mon père, mon frère et moi nous priions et lui, non. Il s'est peut-être radicalisé en prison, au contact d'Algériens, d'Egyptiens et de Syriens". Et d'ajouter : "Quand il a quitté la Tunisie en 2011, il était normal, il buvait de l'alcool et ne priait même pas".

Selon le père Anis Amri, interrogé à la radio tunisienne jeudi matin, ne donnait plus de nouvelles depuis son départ pour l'Europe il y a 7 ans. Sur Mosaïque FM, c'est un père déboussolé qu'on a entendu. Un père qui n'a "quasiment plus de nouvelles" d'un fils qui "n'appelle pas". "Je ne sais pas ce qu'il fait comme travail, je vous le jure. Ça fait 7 ans qu'il est parti, je n'ai même pas son numéro de téléphone", indique cet homme habitant dans la région d'El Oueslatia, au sein du gouvernorat de Kairouan, d'où Anis Amri est originaire.

Le père de famille sait seulement qu'Anis Amri "vit en Allemagne" depuis un an. Ce sont les dernières nouvelles, bien maigres, qu'il a de son fils. Il ne peut donc que détailler sa jeunesse à son intervieweur de Mosaïque FM, face auquel il apparaît flouté dans une vidéo postée sur Internet (voir sur le site) : Anis Amri est présenté comme un élève en difficulté qui a eu un bac +2 mais pour qui les études ne "marchaient pas fort", qui "refusait d'être assidu" et qui n'a ensuite "jamais travaillé".

L'une de ses soeurs a également exprimé sa stupeur : "On n'a jamais eu l'impression qu'il avait quelque chose d'anormal. ll nous contactait via Facebook et il était toujours souriant et joyeux." Pourtant, le suspect avait été poursuivi lorsqu'il vivait en Tunisie et avait été, selon son père, condamné par contumace à cinq ans de prison pour vol aggravé par la violence.

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