Famille Turpin : les enfants ont décrit l'enfer qu'ils ont vécu

Famille Turpin : les enfants ont décrit l'enfer qu'ils ont vécu CALIFORNIE - Pendant des années, 12 des 13 enfants de la famille Turpin ont subi les sévices de leurs parents dans ce que les médias appellent la "maison de l'horreur". Le couple est actuellement en prison en attendant son jugement.

[Mis à jour le 19 janvier 2018 à 23h34] Cela faisait plus de deux ans que les enfants de la famille Turpin préparaient un "plan d'évasion" pour s'échapper de ce que les médias appellent désormais la "maison de l'horreur". C'est finalement l'une des filles, âgées de 17 ans qui a réussi à contacter la police dimanche 14 janvier. Alors que les 13 frères et soeurs sont toujours hospitalisés, le procureur du comté de Riverside, Mike Hestrin, a fait savoir à l'occasion d'une conférence de presse jeudi 18 janvier que David et Louise Turpin, les parents et bourreaux de la fratrie, ont été mis en examen pour maltraitance, négligence d'enfants, séquestration et actes de torture. Comme le rapporte également l'Express, David Turpin serait aussi soupçonné d'avoir commis "un acte obscène sur l'un de ses enfants âgés de moins de 14 ans".  Leur comparution est fixée au 23 février prochain. David et Louise Turpin resteront jusque-là en prison. Leur avocat a par ailleurs déjà fait savoir qu'ils plaideront non coupables. Ils encourent la réclusion à perpétuité.

Les enfants de la famille Turpin ont connu brimades, coups et humiliations. Les indications du procureur et les premiers éléments de l'enquête, relayés par les médias américains, permettent de se rendre compte de l'ampleur de leur calvaire. Si la fratrie préparait un "plan d'évasion" depuis plus de deux ans, les actes de maltraitance auraient débuté en 2010, commençant par des réprimandes violentes qui se sont peu à peu transformées en sévices cruels et brutaux. 

David et Louise Turpin, confondus par les journaux intimes de leurs enfants ?

Étrangement, pendant toutes ces années, les enfants avaient le droit d'avoir en leur possession cahiers et stylo et de tenir des journaux intimes. Les policiers en ont retrouvé "des centaines" et comptent bien s'en servir pour établir la preuve que leurs parents les ont durement maltraités. Les enfants auraient en effet décrit les sévices qu'ils subissaient dans ces cahiers. Le procureur a déjà indiqué que leur contenu était "accablant" pour David et Louise Turpin.

Les enfants de la famille ont été pris en charge. Ils ont fait part, pour la plupart d'entre eux, de leur soulagement. "Il est très clair qu'ils souffrent de dénutrition. Ils ont enduré un calvaire extrêmement traumatisant", a estimé Mark Uffer, responsable d'un centre médical de la région, lors d'un premier point presse. Devant les journalistes, un autre médecin, Sophia Grant, a fait savoir que les 13 enfants allaient être suivis sur une longue période : "Ils vont bénéficier d'une prise en charge psychologique et psychiatrique sur le long terme, en raison des épisodes prolongés de mauvais traitements et de famine auxquels ils ont été soumis", a-t-elle indiqué.

Chaînes, privation d'hygiène, actes obscènes...

Devant de nombreux journalistes, le procureur a donné quelques détails, jeudi 18 janvier. Il considère que les violences ont "commencé comme une punition", avant d'"empirer avec le temps". Les dernières années ont été un véritable enfer : les enfants étaient "très peu nourris et en fonction d'un planning". "Les parents achetaient de la nourriture, des tartes aux pommes, au potiron, laissaient les enfants les regarder, mais jamais en manger", a expliqué le procureur. La malnutrition a produit des dégâts considérables sur certains adolescents, plusieurs membres de la fratrie souffrent de "déficiences cognitives". Le plus vieux, âgé de 29 ans, ne pèse que 37 kilos. La fillette de 12 ans atteint à peine le poids moyen d'un enfant de 7 ans. Seul le bébé de 2 ans était correctement nourri. Aucun des enfants n'a vu de médecin ou de dentiste depuis "au moins quatre ans". "L'adolescente de 17 ans ne savait pas ce qu'étaient des médicaments, ou des pilules", a encore fait savoir Mike Hestrin.

Les frères et soeurs Turpin étaient privés de tout hygiène élémentaire. Ils n'avaient droit qu'à une seule douche par an. Selon les enquêteurs, il semblerait que les enfants, qui étaient pour certains attachés avec des cordes ou avec des chaînes à leur lit, ne pouvaient pas se déplacer pour aller aux toilettes. Les enfants, selon leur dire, subissaient régulièrement la colère de leur père. Ils étaient "battus" et subissaient des strangulations puissantes. Il semblerait qu'il n'y ait pas eu d'abus sexuel, a précisé le procureur. L'enfer aurait pu durer bien plus longtemps si une des adolescentes ne s'était pas emparée d'un téléphone portable trouvé dans la demeure, et n'avait pas composé le 911 pour alerter les services de police. Après cet appel, l'adolescente s'est échappée par la fenêtre, avec l'une de ses soeurs, qui a finalement rebroussé chemin, par crainte de représailles.

Il y a encore quelques jours, toute la famille vivait dans la grande maison située à Perris. Ce "petit clan", "atypique", selon le voisinage, s'était installé là depuis 2010, après avoir vécu au Texas. Dimanche dernier, lorsque la police est entrée dans le domicile des Turpin, ils ont découvert les 12 autres enfants "mal nourris, très sales", "dans un environnement sombre et à l'odeur nauséabonde". Sept enfants de la famille Turpin sont majeurs, âgés de 18 à 29 ans. Plusieurs d'entre eux ont demandé de la nourriture aux agents de police, certains prétendant "mourir de faim". Ils ont pu manger avant d'être pris en charge dans un hôpital situé à proximité.

Les voisins avaient des doutes

La divulgation des sévices infligés par les parents ont surpris tous les habitants de Perris, mais certains se posaient des questions sur cette étrange famille. De nombreux voisins sont désormais interrogés par la police et par des journalistes. Au Los Angeles Times, plusieurs habitants du quartier ont mentionné le même incident survenu il y a quelques mois : tard dans la nuit, plusieurs enfants de la famille Turpin ont été vus devant la maison en train de "travailler" sous des projecteurs. Les voisins ont pensé qu'ils "mettaient du gazon dans la cour", sous le regard de leur mère. "C'était un peu bizarre, tous les quatre étaient sur le terrain en train de dérouler le gazon", se souvient une voisine. A l'époque, des agents de la ville avaient pointé les maisons du quartier avec des cours non entretenues.

Interpellés et placés en détention provisoire, David et Louise Turpin "ont été incapables de fournir une raison valable" concernant la situation de leurs enfants. Le père des 13 enfants, David Turpin, a été identifié comme directeur d'une "école privée", vraisemblablement celle qui servait à scolariser ses propres enfants. Les deux parents ont été arrêtés dimanche 14 janvier au matin. Les enfants sont sortis "en pyjamas".

Les voisins ayant assisté à la scène évoquent des filles et des garçons "très pâles, comme s'ils n'avaient jamais vu la lumière du jour". Un habitant du quartier se souvient de l'attitude "bizarre" de Louise Turpin lors de son arrestation. Au Mirror, elle raconte avoir vu "l'officier de police lui parler". "Elle était là, un sourire en coin, comme ça, et elle a craché deux fois au sol", dit-il. "La mère a semblé déconcertée de nous voir intervenir dans la maison", a indiqué le chef de la police de Perris lors d'un point presse.

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