Dossier
 
Juin 2007

Une Banque mondiale, à quoi ça sert ?

Après les accusations de népotisme à l'encontre de son prédécesseur, Robert Zoellick devient le nouveau président de la Banque mondiale. Un changement de direction qui fait davantage parler que l'action de la Banque en elle-même. Mais au fait, une Banque mondiale, à quoi ça sert ?
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Siège de a Banque mondiale
 
Le siège de la Banque mondiale à Washington © Worldbank.org
 

Quand a-t-elle été créée ? Pourquoi ?

La Banque mondiale a été créée en 1944, avec l'objectif de relever l'Europe de la guerre. Conçue sur le modèle d'une banque classique, elle accorde des prêts aux pays dans le besoin. Le premier a été accordé à la France (250 millions de dollars) en 1947. Après la reconstruction, la Banque mondiale a fait évoluer ses missions vers la lutte contre la pauvreté.


Qui la compose ?

La Banque mondiale est semblable à une coopérative, dont les actionnaires sont des Etats. 185 pays en font partie.

Ces actionnaires sont représentés par un Conseil des Gouverneurs, qui est l'organe de décision de l'institution. Nommés pour cinq ans par leur pays, les gouverneurs se réunissent une fois par an, à l'occasion d'une assemblée commune avec le Fonds monétaire international (FMI). Ils approuvent les demandes d'admission de nouveaux membres ou arrêtent le montant des prêts.

Paralèllement, la gestion quotidienne de la Banque mondiale est confiée à 24 administrateurs permanents.Les cinq principaux actionnaires (Allemagne, États-Unis, France, Japon, Royaume-Uni) nomment chacun un administrateur, et les autres pays membres sont représentés au total par 19 administrateurs. Ce sont eux qui élisent le président de la Banque.

Enfin, 10 000 spécialistes originaires du monde entier, économistes, éducateurs, scientifiques ou encore anthropologues, contribuent aujourd'hui aux actions de la Banque mondiale. 109 bureaux regroupant 40 % des employés de la Banque sont implantés à travers le monde. Le reste étant basé au siège, à Washington.

Quelles sont ses missions ?

De manière générale, la Banque mondiale fournit des fonds pour construire des infrastructures et réfomer les systèmes économiques ou sociaux des pays en voie de développement. Il s'agit également d'alléger la dette des pays pauvres, d'améliorer l'hygiène et l'approvisionnement en eau des populations, de soutenir des programmes de vaccination, de soutenir les organisations de la société civile (notamment les ONG), de lancer des initiatives destinées à réduire les émissions de gaz à effet de serre et de favoriser la lutte contre la corruption.

Par exemple, elle agit actuellement sous forme de micro crédit en Bosnie-Herzégovine, finance la lutte contre le Sida en Guinée ou encore la reconstruction après l'indépendance du Timor Oriental.


Quels son ses outils ?

Comme toute banque, la Banque mondiale accorde des prêts. Mais n'ayant pas un but lucratif, elle propose des taux d'intérêts faibles voire nuls sur une durée de 35 à 40 ans. Elle propose aen outre des "garanties" pour couvrir le risque de défaut de paiement de dette des Etats. En 2006, elle a aussi octroyée près de 200 millions de dollars de dons. N'ayant pas pour objectif de faire des profits, ni de reverser ses dividendes à ses actionnaires elle redistribue chaque année ses bénéfices, notamment en faveur des pays les plus pauvres.

En plus de ce soutien strictement financier, la Banque mondiale fait bénéficier ses partenaires de son expertise en menant régulièrement des études sur le terrain.

Combien d'argent distribue-t-elle ?

En 2006, elle a injecté 23,6 milliards de dollars dans 279 projets de développement au total. L'équivalent du PIB du Sri-Lanka. Près de 500 milliards de dollars ont été distribués depuis sa création.

Quelle est la place de la France dans cette institution ?

520,4 millions de dollars ont été apportés en 2005 par la France qui bénéficie ainsi d'un pouvoir de vote de 4,30 %, mais reste loin derrière les Etats Unis (17,5 %).

C'est traditionnellement le ministre des Finances français qui siège au Conseil des gouverneurs de la Banque mondiale. Depuis le remaniement du gouvernement Fillon, c'est donc Christine Lagarde qui assure aujourd'hui ces fonctions.

Etant l'un des principaux actionnaires de la Banque mondiale la France a aussi le droit de nommer un administrateur permanent. L'administrateur français est actuellement Pierre Duquesne.

Qui peut demander un prêt à la Banque mondiale ?

Ce sont essentiellement des Etats. Les principaux emprunteurs de la Banque mondiale sont les pays émergents, en transition ou pauvres. Leur revenu par habitant ne doit pas dépasser 865 dollars par habitant (en 2004). Toutefois, les projets étant étudiés au cas par cas, il existe des exeptions : 15 pays, dits "blend" (pour le financement "mixte" dont ils bénéficient), percoivent des fonds, comme l'Inde, le Pakistan, la Bosnie-Herzégovine ou la Serbie et Monténégro.

Quels sont ses résultats ?

Il est difficile d'avoir une vision globale des résultats de la Banque mondiale. A l'échelle mondiale, des chiffres semblent cependant très flatteurs comme en témoigne la relative bonne santé de l'économie mondiale (5 % de croissance en moyenne depuis 2003).

Les estimations divergent en revanche sur l'évolution de la pauvreté. La Banque mondiale définit comme "pauvres" les ménages qui disposent de moins de 2 dollars par jour et comme "très pauvres", ceux-qui disposent de moins de 1 dollars. Selon ce mode de calcul, elle estime que la pauvreté est passée de 40 à 21 % de la population mondiale ces 20 dernières années.

Mais il est impossble de déterminer la part revenant à la Banque mondiale dans ces résultats. Son action est d'ailleurs régulièrement mise en cause par des analystes et des politqiues.

Pourquoi est-elle parfois remise en cause ?

D'abord du fait de la domination des pays occidentaux dans sa gouvernance : les cinq principaux actionnaires disposent chacun d'un administrateur alors que les 180 autres membres sont représentés par seulement 19 personnes ! Le président de la Banque, désigné par le principal actionnaire, les Etats-Unis, est traditionnellement un Américain.

Malgré les 30 à 40 % de ses employés en prise directe avec le terrain, la Banque mondiale est également confrontée à la concurrence. Les pays du sud comme la Chine, l'Inde et le Brésil, sous-représentés dans l'organisation, sont récemment passés du statut d'emprunteurs à celui de prêteurs et jouent la carte du grand frère protecteur. La Banque mondiale tente de fédérer ces initiatives dans les "Objectifs de développement pour le millénaire" (ODM) fixés en 2000.

Enfin, alors que la Banque mondiale a fait de la lutte contre la corruption l'un de ses principaux chevaux de bataille en 2005, elle vient d'être ébranlée par un scandale touchant son président, Paul Wolfowitz. Surnommé "l'incorruptible", ce dernier a été accusé de népotisme au printemps 2007, après avoir imposé la promotion et l'augmentation de sa compagne au sein même de la Banque mondiale. Des accusations confirmées par une enquête du conseil des administrateurs qui l'ont poussé à annoncer sa démission le 30 mai.

Robert Zoellick, l'homme du renouveau ?

Robert Zoellick
 

Robert Zoellick © Usembassy.gov

 

C'est dire tous les chantiers qui attendent le nouveau président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, élu le 25 juin 2007 par les administrateurs. A 53 ans, il a déjà été l'adjoint de Condoleezza Rice au secrétariat d'Etat de la maison Blanche, de 2005 à 2006. Son élection donne beaucoup d'espoirs aux pays membres. En plus de la crédibilité acquise dans de hautes fonctions, l'homme est réputé pour son ardeur au travail et est doté d'une énergie exceptionnelle. On raconte même qu'il est capable de rentrer chez lui en courant pendant plus de 10 km après le travail...

Dans sa première déclaration, Robert Zoellick a annoncé vouloir, dans un premier temps, "calmer le jeu" après la démission de son prédécesseur. Mais la tâche sera difficile. Avant de prendre ses fonctions le 30 juin, il a déjà été critiqué par d'anciens cadres de la Banque mondiale, comme Joseph Stiglitz, pour son action protectionniste sur les produits agricoles américains lorsqu'il était chargé des relation commerciales... Conscient de l'enjeu, ce proche de la maison Blanche devra très vite faire ses preuves pour remettre cette grande "multinationale" à flots.

» Et aussi : Darfour : 4 questions à Marc Lavergne, chercheur au CNRS

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