Mort de Laurence, la fille de Bernadette et Jacques Chirac : une douleur inapaisable

LAURENCE CHIRAC - La fille de Bernadette et Jacques Chirac, que le président qualifiait de "drame de sa vie", s'est éteinte à 58 ans. Laurence Chirac était anorexique depuis son adolescence, une maladie mentale qui aura cristallisé de nombreux regrets au sein de sa famille.

[Mis à jour le 15 avril 2016 à 23h46] Tant de choses auront été écrites sur Jacques Chirac et la manière dont il aura marqué l'histoire ces 40 dernières années. L'animal politique a mené de rudes combats durant sa longue carrière, a affronté des situations délicates, de nombreux adversaires, et fait face à l'impopularité durant tous ses mandats. Mais, comme il le confiera au crépuscule de sa vie politique, ce sont les blessures personnelles qui sont les plus profondes.

En perdant sa fille aînée, Jacques Chirac perd celle qu'il a protégée toute sa vie, celle aussi pour qui il nourrira toute sa vie le regret d'avoir été trop absent. Laurence souffrait d'anorexie mentale, maladie qu'elle avait développée lorsqu'elle était encore adolescente. "Peut-être aurais-je dû faire plus, psychologiquement parlant" avait confié au jour l'ancien président à Pierre Péan, en 2007. Laurence était la fille de l'ombre, beaucoup moins connue que sa soeur cadette, Claude Chirac, qui a toujours été bien plus exposée dans les médias et qui travaillait avec son père jusqu'à s'occuper de la communication de l'Elysée. Claude aussi avait pour sa soeur une forte tendresse, mais était lucide sur sa propre culpabilité à son égard. Lucide également sur la manière dont l'équilibre familial était perturbé par la maladie de Laurence, qui aurait nécessité, sans doute, davantage d'attention. Claude Chirac semblait en souffrir, comme elle le confiait elle-même à Béatrice Gurrey, auteure de Les Chirac (Robert Laffont) : "C'est vraiment difficile pour moi d'être celle qui n'était pas malade".

Laurence Chirac est morte jeudi 14 avril, dans la matinée, des suites d'une attaque cardiaque, à l'âge de 58 ans. La fille de Jacques et Bernadette Chirac avait été hospitalisée dimanche 10 avril, à la suite d'un malaise qui avaient conduit les médecins à l'intégrer dans une unité de soins intensifs de l'hôpital Necker. Les équipes médicales étaient alors parvenus à faire rebattre le coeur de la fille aînée du couple Chirac, qui s'était un temps arrêté, mais n'avaient pas réussi à la faire sortir du coma.

Une épreuve pour Jacques Chirac

L'ancien chef de l'Etat n'a été mis au courant de la nouvelle que quelques heures après le décès de sa fille. Ses proches ont préféré lui faire part de la disparition de Laurence en douceur, pour le ménager, alors que son état de santé demeure fragile. L'homme, que l'on sait affaibli, avait une tendresse toute particulière pour sa fille aînée. C'est sans doute en pensant à elle qu'il avait fait voter par sa majorité, lors de son second mandat de président, la création d'une prestation compensatoire au handicap.

Les réactions au deuil de Laurence Chirac se sont multipliées ce jeudi. "De tout cœur auprès de Jacques, Bernadette et Claude #Chirac", a indiqué la républicaine Michèle Alliot-Marie, sur Twitter, qui connaît bien la famille Chirac. "Pensées pour sa souffrance et celle de sa famille", a quant à elle twitté Michèle Delaunay, ancienne ministre déléguée aux Personnes âgées, dans le gouvernement Ayrault. L'entourage et la famille de Laurence Chirac n'ont en revanche pas encore réagi à sa disparition.

Jacques, Bernadette et Laurence Chirac, en novembre 1976. © AFP

Laurence Chirac, dans l'ombre du clan Chirac

La fille de Jacques et Bernadette Chirac est restée cachée du grand public pendant des décennies. Mais à la fin de son règne, début 2007, le vieux chef d'Etat avouait dans un livre qu'elle était "le drame de [sa] vie". En se confiant au journaliste Pierre Péan pour son livre "L'Inconnu de l'Elysée", Jacques Chirac acceptait alors pour la première fois ou presque de parler de sa fille aînée. Une fille restée très longtemps dans l'ombre d'un clan entièrement consacré à la carrière politique du patriarche.

Aujourd'hui encore on en sait finalement peu sur Laurence Chirac. Née le 4 mars 1958, l'ainée des Chirac se serait très vite révélée vive et intelligente et aurait entamé des études brillantes à l'adolescence. C'est dans les années 1970-1980, alors que son père devenait tour à tour Premier ministre ou chef charismatique de l'opposition, qu'elle a développé des troubles alimentaires. "Anorexie mentale" diagnostiqueront les médecins. Dès lors, Laurence Chirac, qui parviendra malgré tout à avoir son bac et à réussir ses premières années de médecine, a disparu des écrans radars.

Sa maladie la poussera à commettre plusieurs tentatives de suicide, dont une aura été rendue publique en 1990, lorsqu'elle se jettera du quatrième étage d'un immeuble, alors que ses Jacques et Bernadette étaient en vacances en Thaïlande. "On plaçait régulièrement Laurence en clinique quand elle devenait trop maigre" confiait Bernadette Chirac au Parisien il y a quelques années : " La maladie de ma fille m'a fait beaucoup réfléchir, et je me suis dit qu'il fallait réaliser quelque chose en France qui soit novateur et réservé aux adolescents en souffrance".

D'aucuns souligneront l'absence du père, tout occupé à sa carrière politique, mais aussi le rejet de cette fille malade, qu'il faut absolument écarter de la lumière pour ne pas faire d'ombre au futur président. Mais la thèse du documentaire "Le clan Chirac : une famille au coeur du pouvoir", diffusé sur France 2 le 26 février 2013, est tout autre. Selon le réalisateur Pierre Hurel, si Laurence Chirac a vécu cachée pendant près de trente ans, c'est avant tout pour la mettre à l'abri des médias et de leur violence. Une gageure qui serait sans doute impossible aujourd'hui.

Laurence Chirac : ciment famillial

Laurence Chirac aurait en outre été le ciment d'une famille soumise à de multiples tensions : celles par exemple de Jacques avec Bernadette Chirac, cette femme de caractère obligée de s'effacer devant l'aura politique de son époux, mais aussi d'accepter les sous entendus et parfois les articles sur ses relations extraconjugales supposées. L'épouse de l'ancien maire de Paris évoquait dans Match, en 2012, les crispations qui se manifestaient parfois : "Pendant ces années d'anorexie, à l'Hôtel de Ville, les rapports entre Laurence, son père et l'entourage en général étaient un peu tendus. [...] C'était très compliqué, car si l'on ­parlait de la maladie cela cristallisait trop l'attention sur elle, l'exaspérait et créait souvent des blocages supplémentaires". 

EN VIDEO - Dans une interview à Paris Match en 2014, Bernadette Chirac avait déclaré que Laurence "s'en était sortie", mais que la maladie avait "laissé des traces".

Le documentaire revient aussi sur l'émergence de la cadette Claude Chirac, jeune femme amoureuse de la vie parisienne devenue conseillère zélée et ombrageuse de son père. Une conseillère qui s'opposera à Bernadette Chirac à de nombreuses reprises, notamment en 2002, quand il fallait "déringardiser" le président sortant et donc écarter "Maman" des photographies...

Jacques Chirac, son épouse et ses deux filles © 6 Medias

Premières images en 2015

Dans ce contexte, Laurence Chirac aura été "une douleur permanente pour les trois autres membres du clan, un poignard dans le cœur des Chirac", selon un membre de la famille, mais aussi un "lien qui en fait un clan serré comme le poing". Voilà le véritable propos de Pierre Hurel, dans son document de 2013 bourré d'images d'archives. Parmi elles, une vidéo dévoilant une Laurence Chirac pimpante en 1974 en train d'évoquer son père. Une autre la montre de dos en 1995 lors de l'investiture de Jacques Chirac à l'Elysée. Fragile, entourée de deux infirmières, elle sera la seule qui aura droit à un baiser du nouveau président...

En novembre dernier, Paris Match consacrait un long reportage à Jacques Chirac pour ses 80 ans. Pour la première fois depuis trente ans, le visage de Laurence Chirac était réapparu face aux caméras et aux appareils photos. La fille de Jacques Chirac se montrait alors souriante, mais fébrile et visiblement abîmée. Une quinquagénaire un peu nerveuse, veste en jean sur des épaules voutées, une frange bouclée masquant en permanence les yeux, ses cigarettes jamais très loin.

Bernadette Chirac a toujours soutenu sa fille Laurence

La maladie de Laurence Chirac a toujours été une blessure pour Jacques et Bernadette. En 2004, l'épouse de l'ancien chef de l'Etat s'était engagée, avec Patrick Poivre d'Arvor, pour créer la Maison de Solenn, une association qui aident les adolescents souffrant de troubles du comportement alimentaire, de dépressions nerveuses et d'états suicidaires. "PPDA" a tenu à rendre hommage à la fille aînée des Chirac : C'était quelqu'un qui souhaitait faire le bien autour d'elle, mais hantée par cette maladie qui l'avait beaucoup immobilisée", a-t-il réagi sur RTL. Pour le journaliste, la "maison" pourrait bientôt prendre le nom de Laurence. "Elle le mériterait", estime-t-il.

Bernadette Chirac expliquait à Paris Match, en décembre 2014, à l'occasion des 10 ans de l'association, que ce "combat", elle le menait, d'une certaine manière, pour Laurence : "Il est certain que si ma fille aînée n'avait pas été frappée par cette terrible maladie qu'est l'anorexie mentale, je ne me serais jamais aperçue des complications pour trouver ce genre d'établissement. J'ai donc découvert qu'il n'y avait rien. J'ai pensé non seulement à Laurence mais aussi à tous les parents ­désorientés par la maladie. D'où mon combat et ma détermination". Lors de l'inauguration de la Maison de Solenn, Bernadette Chirac avait émue son auditoire avec son discours : "Une mère qui a échoué avec un enfant, qui n'est pas arrivée à le remettre en bonne santé, se sent toujours coupable".

Vie de Chirac

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Jacques Chirac / Claude Chirac

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