Premières dames : à chacune son style Claude Pompidou, prisonnière de l'Elysée

Bohème, éprise de liberté, Claude Pompidou est sûrement la première dame qui a le moins supporté la vie à l'Elysée.
 

claude pompidou, visitant un hôpital de mauritanie en février 1971.
Claude Pompidou, visitant un hôpital de Mauritanie en février 1971. © Jacques Cuinières / Roger-Viollet

Un couple bohème

Comme leurs aînés les de Gaulle, Claude Cahour et Georges Pompidou se sont rencontrés à Paris où ils ont fait leurs études. En 1935, dans le quartier latin, Claude passe des après-midis entiers à écouter son futur mari lui réciter des poèmes... Ce qu'ils feront encore lorsqu'ils seront à l'Elysée. Ils ont aussi en commun une même passion : l'art. En octobre 1935, ils se marient. Georges Pompidou est alors enseignant au lycée Saint-Charles, à Marseille. Ce sont les années préférées de Claude Pompidou.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Georges Pompidou abandonne sa carrière de professeur pour la politique, malgré les protestations de sa femme. De Gaulle, alors président du gouvernement provisoire, lui confie les questions de politique intérieure. Quand le général démissionne en 1946, Georges Pompidou décide d'en faire autant. Le couple Pompidou voyage, roule en Porsche et profite alors de la vie en bons épicuriens, comme le souhaite Claude. Mais, en 1961, le général de Gaulle, devenu Président, nomme Georges Pompidou à Matignon. Il accepte, malgré les réticences de son épouse. Claude refuse d'emménager à Matignon.

 

Pour cette femme libre, la fonction est un carcan.

En 1969, Georges Pompidou se présente à l'élection présidentielle. Si Claude Pompidou le soutient en tant qu'épouse, elle se tient le plus souvent éloignée de la campagne. Une campagne difficile au cours de laquelle l'affaire Markovic, un fait divers qui tourne au scandale politique, éclabousse l'épouse du candidat. Stefan Markovic, ancien garde du corps d'Alain Delon, est retrouvé mort. L'homme est connu des services de police pour ses menus larcins et l'organisation de "soirées chaudes", où, selon une lettre anonyme, des hauts fonctionnaires et des anciens ministres auraient été vus. Le bruit court que Claude Pompidou fait partie des noms cités. Il sera prouvé plus tard qu'il ne s'agissait que d'un complot politique visant à salir la réputation du candidat Pompidou. Le dégoût de Claude pour la politique ne fait qu'augmenter. Le 15 mai 1969, Georges Pompidou est élu. Pour Claude, c'est la fin d'une vie de bohème.

 

Ambassadrice de la haute-couture

Claude Pompidou est sûrement la femme de Président qui a le plus redouté de devenir Première dame. Pour cette femme libre, la fonction est un carcan. Mais si elle doit vivre à l'Elysée, elle y apportera la modernité. Claude Pompidou entreprend de changer le décor : art abstrait et meubles design font leur entrée au palais présidentiel. C'est une révolution !
Pour Claude Pompidou, l'Elysée est la "maison du malheur"

 

Pour les voyages officiels, Claude Pompidou rompt aussi avec la tradition : ambassadrice de la haute-couture et de l'élégance française, la Première dame de France passe de l'ombre à la lumière. Habillée par Dior, Cardin ou Saint-Laurent, Claude Pompidou éblouit. Un luxe souvent critiqué en France : la Première dame est comparée à Marie-Antoinette, qui appréciait elle aussi les belles toilettes, et le "Canard enchaîné" la surnomme la "Reine Claude" ou "madame de Pompidour".

L'Elysée l'oppresse, surtout lorsque l'état de santé de Georges Pompidou, atteint d'une leucémie, s'aggrave. Elle voudrait pouvoir profiter de ces quelques mois qu'ils leur restent à vivre ensemble, mais l'exercice du pouvoir passe avant tout. Après la mort de son mari, Claude Pompidou ne remettra plus jamais les pieds à l'Elysée, qu'elle qualifie de "maison du malheur". Elle poursuit son engagement au sein de sa fondation, créée en 1970, destinée à aider les enfants handicapés et les personnes âgées. Passionnée de création contemporaine, elle a suivi de très près le développement du Centre national d'art et de Culture Georges-Pompidou, jusqu'à sa mort le 3 juillet 2007.