Premières dames : à chacune son style Anne-Aymone Giscard d'Estaing, la timide

L'aristocrate Anne-Aymone Giscard d'Estaing a eu bien des difficultés à maîtriser le rôle de "First lady" moderne composé par son mari.

durant la campagne présidentielle de 1981.
Durant la campagne présidentielle de 1981. © INA

Couple de raison

Jeune polytechnicien et énarque, Valéry Giscard d'Estaing porte tous les espoirs de sa mère, May, qui lui prédit un grand destin. En 1952, alors qu'il est en âge de se marier, c'est May qui s'occupe de lui trouver la parfaite épouse. Aristocrate, descendante d'une riche famille d'industriels, Anne-Aymone de Brantes est un excellent parti. Lorsque la jeune femme rencontre pour la première fois "Valy", elle n'a que 18 ans (et lui 26). Anne-Aymone étudie les "humanités féminines" (cuisine, couture, mais aussi histoire de l'art) à l'Institut Notre-Dame-des-Oiseaux à Paris, et ne s'intéresse absolument pas à la politique. A l'hiver 1952, Anne-Aymone et Valéry se marient.

Alors que "VGE" s'investit totalement dans sa carrière, sa jeune épouse se consacre à son foyer et à ses 4 enfants. Kennedy est pour le politicien français un modèle à suivre : il décide donc de faire de sa vie familiale une grande entreprise de communication politique. Pour Anne-Aymone, très timide, c'est une aventure à laquelle elle n'est pas du tout préparée. Mais elle s'y résigne. Ainsi, lors de la campagne présidentielle de 1974, des photos d'elle et de ses enfants collant des affiches de Valéry Giscard d'Estaing font la Une des magazines. Anne-Aymone Giscard d'Estaing est devenue une véritable stratégie marketing au service du futur Président.

 

La Première dame "faire-valoir"

Avec Anne-Aymone et Valéry Giscard d'Estaing, c'est la communication politique qui fait son entrée à l'Elysée. Le Président met en scène sa Première dame : épouse et mère modèle, grande bourgeoise mais qui peut dîner chez monsieur-tout-le-monde, assistante qui a son bureau à l'Elysée mais qui n'y vit pas pour mieux s'occuper de ses enfants. Cependant, les images ne cadrent pas avec la réalité : Anne-Aymone est mal à l'aise dans ce rôle de composition.

"Ce soir, comme ma sœur Margueritte, j'entre dans les ordres"

En 1975, quand Valéry Giscard d'Estaing décide de dépoussiérer les vœux télévisuels du 31 décembre en sollicitant sa femme, celle-ci, maladroite, ne parvient qu'à murmurer quelques mots : le résultat est plus risible que novateur. Une autre fois, il l'envoie prononcer un discours à un colloque animé par Edgar Faure. Anne-Aymone est paralysée de peur, c'est un échec. Quant aux Français, depuis l'affaire du Laitier, ils ne croient plus aux images fabriquées mettant en scène un couple modèle. Le 2 octobre 1974, Valéry Giscard d'Estaing, en compagnie d'une belle actrice à bord d'une Ferrari, emboutit la camionnette d'un laitier. Les journaux s'emparent de l'affaire et, très vite, le bruit court que le Président est un homme à femmes !

C'est donc peut-être avec un certain soulagement qu'Anne-Aymone a appris la défaite de son mari le 9 mai 1981. Sept ans auparavant, avant d'entrer à l'Elysée, elle déclarait : "Ce soir, comme ma sœur Margueritte, j'entre dans les ordres." Depuis 1977, Anne-Aymone Giscard d'Estaing organise chaque année une prestigieuse soirée de bienfaisance au château de Versailles au profit de la Fondation pour l'Enfance qu'elle a créée. L'ex-Première dame a finalement trouvé un rôle à son goût.