Laurence Engel : la femme d'Aquilino Morelle désormais à la tête de la BNF

Laurence Engel : la femme d'Aquilino Morelle désormais à la tête de la BNF Ancienne directrice de cabinet d'Aurélie Filippetti, Laurence Engel a été nommée à la présidence du plus gros établissement culturel de France, avec le soutien de Manuel Valls.

[Mis à jour le 6 avril 2016 à 18h36] Actuellement "médiatrice du livre", ancienne directrice de cabinet d'Aurélie Filippetti lorsqu'elle était ministre de la Culture, Laurence Engel a été choisie ce mercredi 6 avril par le gouvernement pour remplacer Bruno Racine à la tête de la Bibliothèque nationale de France. Un poste des plus prestigieux puisqu'il s'agit du plus important établissement culturel de l'Hexagone, avec un budget de 200 millions d'euros et plus de 2000 salariés. Laurence Engel a un parcours professionnel des plus brillants, qui fonde sa légitimité : avant d'être la première collaboratrice de la ministre de la Culture, elle était directrice de des affaires culturelles de la mairie de Paris. Elle est aussi l'épouse d'un ancien intime de François Hollande, Aquilino Morelle, qui a dû renoncer à ses fonctions de conseiller de l'Elysée en 2014, suite à des accusations graves de conflits d'intérêt. Désormais en froid avec le président, il est resté ami avec Manuel Valls.

Laurence Engel a désormais la charge de "proposer une politique des publics ambitieuse, à la fois attentive aux étudiants et chercheurs français et étrangers, mais aussi résolument tournée vers une population plus jeune et parfois éloignée de la culture", écrit le ministère de la Culture dans un communiqué. Elle était en compétition ouverte avec Olivier Poivre d'Arvor pour ce poste, mais c'est elle qui a reçu le soutien public de Manuel Valls et qui a officiellement été nommée présidente de la BNF en conseil des ministres.

Selon le Canard Enchaîné, Aquilino Morelle avait promis de publier un ouvrage pour livrer sa vérité - et sans doute régler quelques comptes avec le président - courant 2016, chez Grasset. Reste à voir si cette parution demeure d'actualité.

Victime collatérale de "l'affaire Morelle" en 2014

En avril 2014, Aquilino Morelle était accusé par Médiapart de conflits d'intérêts, avant d'être blanchi par la justice. Mais l'accusation avait conduit le chef du pôle communication du président de la République à démissionner. Le site qui a fait tomber le ministre Jérôme Cahuzac en 2013 avait publié un portrait au vitriol de ce conseiller de François Hollande au train de vie décrit comme luxueux. Et comme dans l'affaire Cahuzac, la proximité de ce socialiste avec des laboratoires pharmaceutiques était pointée. Avant d'entrer à l'Elysée, Aquilino Morelle avait conseillé plusieurs laboratoires alors même qu'il exerçait la mission d'inspecteur à l'IGAS, l'Inspection générale des affaires sanitaires. Mais un autre détail peut rappeler l'affaire Cahuzac : comme Patricia Cahuzac, plusieurs fois citée dans l'affaire qui visait le ministre du Budget, la femme d'Aquilino Morelle, Laurence Engel, a souffert de la médiatisation de l'affaire qui touche son mari. Avec une teneur cependant très différente.

Laurence Engel était au moment de "l'affaire Morelle" directrice du cabinet de la ministre de la Culture Aurélie Filippetti. Un poste qu'elle a fini par quitter, pour rejoindre son corps d'origine, la Cour des Comptes. En coulisse, on indiquait en 2014 que cette démission n'avait rien à voir avec le sort de son mari. Laurence Engel aurait simplement souhaité "prendre du champ". Mais le doute est permis.

Il faut dire que depuis la présidentielle, le poste convoité de Laurence Engel pouvait attirer sur elle et sur son couple les soupçons d'un pistonnage caractérisé. Aquilino Morelle a bien évidemment, dès le départ, démenti toute intervention. Mais selon le Point, Laurence Engel a bel et bien été imposée dès le mois de mai 2012 à Aurélie Filippetti, qui aurait préféré recruter Agnès Saal, à l'époque directrice générale du centre Pompidou, licenciée à cause d'un scandale de frais de taxis. La femme d'Aquilino Morelle aurait notamment bénéficié de l'intervention de David Kessler, chargé de la culture et des médias à l'Elysée. Comme Laurence Engel, Kessler est un ancien des équipes Delanoë à la mairie de Paris. Il est depuis un proche du couple. Deux soutiens à l'Elysée valent mieux qu'un...

Engel-Morelle : une ascension commune dans les coulisses du PS

Mais Laurence Engel affiche aussi un parcours brillant qui parle pour elle. Après avoir suivi la voie royale (Normal sup, SciencesPo), elle intègre l'ENA au début des années 1990 où elle fait la connaissance d'Aquilino Morelle (promotion Condorcet). Elle devient ensuite auditeur à la Cour des Comptes. Mais dès 1998, elle se fraie un chemin entre culture et politique : après avoir été secrétaire général adjoint de l'Institut des hautes études sur la Justice, Laurence Engel devient directrice de cabinet du président de la Cinquième, qui va devenir Arte, Jérôme Clément. Le président de la chaîne franco-allemande est alors présenté comme un proche de Laurent Fabius.

En 2000, Laurence Engel intègre le cabinet de Catherine Tasca, ministre de la Culture, qu'elle va conseiller sur les questions liées à l'audiovisuel jusqu'en 2002. Pendant la même période, son compagnon Aquilino Morelle gravite autour de Matignon et joue quant à lui le rôle de "plume" d'un certain Lionel Jospin. Dans l'ombre du gouvernement de la "gauche plurielle", le couple gravit alors les échelons, comme main dans la main.

Un goût critiqué pour le faste, comme Aquilino Morelle

Après le choc du 21 avril 2002, Aquilino Morelle comme Laurence Engel parviennent d'ailleurs tous les deux à se recycler dans les cercles socialistes. Le premier est recruté par Euro RSCG, agence de communication proche de plusieurs grandes personnalités du PS. Un poste de communicant qui l'amènera, selon Médiapart, à travailler de nouveau avec les labos. Il reviendra à la politique dès 2004 en soutenant le "non" au référendum européen aux côtés de Laurent Fabius. Pendant ce temps, sa compagne deviendra, dès 2003, conseillère pour la Culture de Bertrand Delanoë, maire de Paris. A la réélection de celui-ci en 2008 elle sera bombardée directrice des Affaires Culturelles de la capitale. Un poste qu'elle va occuper jusqu'en mai 2012 et l'élection de François Hollande, synonyme, pour elle comme pour son compagnon, de tremplin professionnel. 

Mais en quittant la mairie de Paris pour le ministère de la Culture, Laurence Engel s'est offert un "pot de départ" plutôt remarqué. Sur son blog, la CGT des personnels de la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris a dénoncé durant l'été 2012 le "grand moment de privilèges et de connivence" de ce "cocktail" organisé dans une salle du musée Carnavalet, privatisée pour l'occasion. "Buffet garni de Champagne, petits fours et autres douceurs", auraient agrémenté ce pot de départ controversé. Selon la CGT, "une demi douzaine d'agents" ont aussi été mobilisés "sur leur temps de travail" pour vider les salles de leurs œuvres ainsi qu'une "dizaine" d'autres pour assurer "la surveillance et l'accueil des convives". Une "utilisation à des fins privées des moyens de la Ville de Paris" et une forme de "confiscation de l'espace public" selon le syndicat.

Une accusation gênante dans une affaire de harcèlement

L'ancienne directrice des Affaires culturelles à la mairie de Paris entretenait décidément des relations tendues avec les syndicats dans la capitale. Avant d'accéder à ses responsabilités au ministère de la Culture, Laurence Engel a aussi été accusée d'avoir voulu minimiser une affaire de harcèlement sexuel et moral dans ses services. C'est cette fois le syndicat UNSA des attachés d'administration qui est monté au créneau. Quand à l'été 2011, la plainte d'un agent a été communiquée, Laurence Engel se serait "assise sur le dossier" et aurait "regardé ailleurs" selon l'organisation syndicale.

L'UNSA, qui dit avoir écrit à Laurence Engel en mars 2012, reproche à l'ex-directrice d'avoir refusé "ostensiblement d'appliquer les préconisations du comité contre le harcèlement (CPAHD)", c'est à dire de permettre à la plaignante de "changer de service" et "qu'elle soit accompagnée dans sa recherche de poste". Demande à laquelle la directrice des affaires culturelles n'aurait d'abord pas répondu, avant d'adresser un courrier à l'UNSA, l'accusant de tenir des "propos inconscients" et d'omettre "sciemment" le contexte de l'affaire. "Comme c'est souvent le cas dans les problèmes de harcèlement moral et sexuel, l'affaire est délicate et demande à être traitée avec doigté et intelligence", résume le syndicat. Mais il ne comprend pas pourquoi la Direction des affaires culturelles n'a pas réagi, pendant des mois, pour défendre la plaignante qui a depuis préféré se réfugier "dans le silence" et le "déni".

La direction des affaires juridiques de la mairie de Paris a depuis menacé de porter plainte pour diffamation. L'UNSA et la CGT du personnel de la culture de la mairie ont rédigé un communiqué commun pour "mettre en garde [...] le maire de Paris et les directrices et directeurs de son administration contre toutes manœuvres visant à porter atteinte à la liberté d'expression et à la liberté syndicale"...

La porte de sortie manquée au musée Picasso

Aquilino Morelle a démissionné le 18 avril 2014, accablé par la presse mais aussi par un communiqué de l'Igas qui affirmait n'avoir aucune trace d'une demande d'autorisation de sa part pour travailler pour des laboratoires pharmaceutiques. Le but affiché : pouvoir se défendre librement. L'ancien conseiller de l'Elysée s'en serait pourtant, à l'époque, violemment pris à François Hollande selon le Canard Enchaîné, lui reprochant de le "lâcher" alors qu'il était poursuivi par les "chiens". Mais sa démission pourrait avoir un autre objectif : protéger sa famille. Père de cinq enfants, nés de deux unions différentes, Aquilino Morelle a sans doute agi dans leur intérêt et dans celui de son épouse.

Laurence Engel quant à elle s'était portée candidate à la succession d'Anne Baldassari au poste de directrice du Musée Picasso, à Paris. Soutenue par le ministère de la Culture, l'actuelle directrice, dont le mandat s'achève en 2015, n'en avait pas moins été rappelée à l'ordre par sa tutelle en début d'année. La raison : les retards accumulés sur le chantier de rénovation du musée, fermé depuis 4 ans, un coût des travaux passé de 30 millions d'euros selon le budget initial à plus de 50 millions d'euros, le manque de feuille de route précise pour la réouverture des lieux et enfin un "climat social tendu" en interne.

La fin de la République exemplaire ?

Si la droite a salué la décision du conseiller politique de François Hollande en 2014, elle avait aussi réclamé son audition par la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale. L'UMP Bernard Accoyer estimait en effet qu'une clarification de l'intéressé s'imposait : "Nous avons besoin d'y voir plus clair sur les conflits d'intérêts en cause et le moyen de mieux les éviter à l'avenir dans la haute fonction publique", jugeait-il dans le Journal du dimanche du 20 avril. "L'affaire Cahuzac, la nomination complaisante de Dominique Voynet à l'IGAS, l'exfiltration d'Harlem Désir au gouvernement et maintenant l'affaire Morelle !" Pour le député, l'affaire signifiait "la fin définitive de la République irréprochable de M. Hollande".

Sur le plateau de #DirectPolitique le 22 avril, Najat vallaud-Belkacem, ministre des Droits des Femmes, de la Ville, de la Jeunesse et des Sports lui avait répondu. L'ancienne porte-parole du gouvernement avait évoqué "d'autres affaires de ce genre" ayant eu lieu "par le passé" et indiqué que les responsables politiques "ont tardé à en tirer des conclusions" à l'époque. "Aujourd'hui, on en tire les conséquences en moins de 24 heures. Je pense que c'est la manifestation que la République exemplaire est bien là aujourd'hui", a-t-elle ajouté.

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