François Hollande : paniqué par son image ?

François Hollande : paniqué par son image ? La popularité en berne, les photos moqueuses de la presse et du Web et le livre de Trierweiler ont changé le chef de l'Etat. François Hollande craindrait désormais le moindre faux pas.

[Mis à jour le 23 octobre 2014 à 12h56] On disait François Hollande hermétique aux critiques sur son image. M, le Magazine du Monde, nous dit tout le contraire ce vendredi 17 octobre. La journaliste Vanessa Schneider, qui a pu passer une semaine à l'Elysée, rapporte un reportage riche en confidences sur la nouvelle manière qu'a le président de la République de gérer sa communication et son apparence. Alors que la première moitié du quinquennat était axée sur le président "normal", spontané avec la presse et le peuple lors de ses déplacements officiels, plus rien n'est laissé au hasard désormais. L'élément déclencheur : l'affaire Gayet et le livre de Valérie Trierweiler qui rendent tout article ou ouvrage des journalistes people suspect aux yeux du chef de l'Etat.

Preuve récente et pas si anecdotique de cette obsession de contrôler son image selon Vanessa Schneider : Stéphane Ruet, photographe de l'Elysée et ancien proche de Valérie Trierweiler, se serait chargé de "faire le ménage" lors du déplacement de François Hollande au Salon de l'automobile, porte de Versailles. "Dix pas devant" le chef de l'Etat, il demandait "aux hôtesses légèrement vêtues" de ne pas rester dans le sillage du président. Le but : éviter les "images égrillardes" qui ne manqueraient pas de faire ricaner après l'affaire Gayet.

Celui qui est chargé de redresser l'image du chef de l'Etat jusqu'aux moindres détails photographiques, c'est Gaspard Gantzer. Ancien communicant de la mairie de Paris, il a d'abord conseillé Laurent Fabius au Quai d'Orsay au début du quinquennat puis a rejoint l'Elysée il y a un an, en remplacement de Christian Gravel. Depuis, il a resserré les boulons de la communication du chef de l'Etat : "fini, les déclarations à la volée dès qu'un micro se tend". Désormais, le chef de l'Etat ne s'exprime plus que devant un fond choisi par ses équipes et il est maquillé à chaque déplacement pour offrir des "images propres".

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François Hollande lors de l'inauguration de la Fondation Louis Vuitton, à Paris, le 20 octobre 2014. © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Traumatisé par la "cravate de travers" ?

François Hollande, interrogé par la journaliste, semble lui aussi conscient d'avoir trop laissé au hasard son image depuis son arrivée à l'Elysée, ne trouvant jamais l'équilibre entre sérieux et solennité d'un côté, spontanéité et légèreté de l'autre. Lors d'un aparté, François Hollande confie à Vanessa Schneider ressentir "tous les yeux" braqués sur lui quand il apparait "sur le perron de l'Elysée". "Un regard dans le vague et c'est un signe de lassitude, une cravate de travers devient une marque de négligence, une tête baissée reflète un abattement", confie-t-il. La référence à la "cravate de travers", grande source de blagues sur Internet, prouve que les moqueries ont atteint le chef de l'Etat. "Je fais attention à tout, alors que ma nature est plutôt à la spontanéité", poursuit, un brin défaitiste, le locataire de l'Elysée et donne la technique à laquelle il est désormais astreint quand il reçoit un homologue étranger : "Je m'efforce de regarder droit devant moi. Derrière les grilles ouvertes, de l'autre côté de la rue, je fixe cette boutique avec son panneau 'A vendre'."

Toujours - ou en tout cas dès qu'il le peut -, François Hollande débriefe avec Gaspard Gantzer de la qualité de ses apparitions. Il est question d'une photographie prise avec un smartphone lors d'une soirée avec des artistes et postée sur le Web. "Il y a un réseau social qui s'appelle Instagram, j'ai posté une photo qui a été très regardée", indique le communicant à son patron. "Elle est sympa, même si j'ai une tête d'hydrocéphale !", tente encore de s'amuser Hollande. Au Salon de l'auto, la reporter du Monde indique que le chef de l'Etat s'est isolé avec son conseiller et le ministre de l'Economie Emmanuel Macron "dans un petit salon" pour regarder les images de BFM-TV. "Dans un silence religieux [...] le président se regarde et s'écoute parler dans un effet miroir stupéfiant à observer", écrit Vanessa Schneider qui livre même le verdict du président : "c'était bien".

Petites blagues, gourmandises... Encore des dérapages

Mais cela n'empêche pas les dérapages. Bien que verrouillée à l'extrême, la communication du chef de l'Etat échappe parfois à ses équipes. Celles-ci ont par exemple dû s'arracher les cheveux le mercredi 23 octobre, quand François Hollande a décoré Manuel Valls des insignes de grand Croix de l'Ordre du mérite à L'Elysée. Il n'a semble-t-il pas pu s'empêcher de blaguer au sujet de Georges Clemenceau, grand modèle politique (de droite) du Premier ministre. "C'est un personnage controversé, y compris au sein de la gauche française. C'est sans doute pour cela que vous l'utilisez", s'est amusé François Hollande dans un moment pourtant solennel, allant même jusqu'à vanter la "synthèse". Et comme pour relancer une rivalité encore embryonnaire en vue de la présidentielle 2017, François Hollande a rappelé à son chef de gouvernement que, comme Clemenceau, qui a échoué dans la course à l'Elysée, "on peut aussi réussir son existence sans être président de la République". "Monsieur Petites blagues" un jour...

Côté image, la visite de François Hollande au salon de l'Agroalimentaire la veille a également dû être un moment de tension extrême pour ses communicants. Les caméras n'ont pas manqué de capter un chef de l'Etat allant de stand en stand pour goûter des dizaines de "gourmandises" en tous genre. Alors que les informations sur sa silhouette viennent régulièrement polluer son message politique, on a d'abord vu un Hollande "goinfre et affable" avant de noter un net changement de ton, le chef de l'Etat accélérant le pas et planquant la nourriture offerte par ses hôtes dans la poche de son costume.

EN VIDÉO - François Hollande au Salon de l'Agroalimentaire de Villepinte le 21 octobre 2014.

Les critiques de Nicolas Sarkozy, un couteau dans la plaie

Si le chef de l'Etat est devenu tatillon, c'est aussi probablement à cause des critiques de ses adversaires politiques qui fuitent dans la presse, et s'accumulent. Et lorsqu'elles viennent de Nicolas Sarkozy, la résonance est considérable. L'ancien président a des propos très durs à l'endroit de François Hollande apprend-t-on du Parisien magazine du 17 octobre. "Tout y passe : sa prise de poids, ses lunettes embuées, ses costumes fripés, sa cravate de travers..." peut-on lire dans un long article consacrée aux manies de Nicolas Sarkozy. Lui, décrit le magazine, a l'obsession du détail sur son apparence physique, la certitude que la fonction exige d'être irréprochable. "Le corps du président, ça compte" aurait-il lâché à son entourage, confiant notamment sa surprise d'avoir vu François Hollande avec le même costume à deux reprises lors de leur voyage en Afrique du Sud, pour les obsèques de Mandela : "Il ne pouvait pas en avoir un de rechange, non ? Il faut être propre, élégant, impeccable".

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