François Hollande : comment il s'est joué de l'égo de Nicolas Sarkozy

François Hollande : comment il s'est joué de l'égo de Nicolas Sarkozy Et si dans les grands événements, se révélaient aussi des petites luttes d'égo ? François Hollande a incarné l'union nationale après les attentats, accordant à Nicolas Sarkozy des gages de confiance. Mais l'ancien chef de l'Etat a dû se faire violence lors de la séquence du rassemblement.

[Mis à jour le 23 janvier 2015 à 11h31] Nicolas Sarkozy, qui avait assuré en quittant l'Elysée qu'il ne reviendrait pas en politique par la petite porte, qu'il ne souhaitait plus être président de parti, doit redoubler d'efforts pour s'affirmer sur la scène politique comme l'ex-chef de l'Etat, comme recours naturel de l'opposition, avant d'être le leader d'une UMP mal en point. "Son union nationale à Hollande, ça commence à me courir !" Les propos qui lui sont attribués dans Le Canard Enchaîné illustrent bien l'agacement de l'ancien président, qui a cherché à se faire une place à sa hauteur durant la séquence de l'union sacrée, suivant les attentats des 7 et 9 janvier. Le célèbre palmipède révèle que si Nicolas Sarkozy ne s'est pas rendu à la célébration des 70 ans de l'AFP, le 9 janvier, où étaient pourtant présents, entre autres, François Hollande, Manuel Valls, François Fillon ou Bruno Le Maire, c'est qu'il commençait à se languir du retour des confrontations politiques. "La liberté de la presse c'est bien gentil, mais franchement, moi je préfère aller voir les flics" aurait-il déclaré pour justifier son déplacement aux 20 ans du syndicat Alliance.

François Hollande a, lui, été salué par la classe politique et par les sondages pour avoir été "à la hauteur" dans la gestion politique des événements. Le chef de l'Etat a su notamment tendre la main à l'opposition et à son prédécesseur. Avec le sens de la flatterie, mais aussi de la retenue, toujours en prenant soin de placer ses pions. Comme le révèle Le Point du 22 janvier, le président de la République a calculé chacune des étapes au cours desquelles il a dû manifester sa considération pour l'ancien chef de l'Etat. C'est lui qui a appelé Nicolas Sarkozy, rapporte l'hebdomadaire, mercredi 7 janvier, vers 22h45. Il le tutoie, lui explique qu'il recevra le lendemain les présidents de parti. "Tu seras le premier reçu" lui dit-il. Nicolas Sarkozy lui suggère de ne pas organiser la marche républicaine le samedi, "ce n'est pas un bon jour, puisque c'est shabbat". Accordé. La mobilisation est déplacée à dimanche. Une fois le coup de fil achevé, par signe de déférence, c'est l'Elysée qui annonce à l'AFP la rencontre du lendemain.

"J'irai même jusqu'à lui ouvrir la porte"

Reste à montrer aux médias que les deux hommes peuvent se serrer les coudes dans des circonstances exceptionnelles. Le lendemain matin, la venue de Nicolas Sarkozy, à 9h30 au Palais présidentiel, est très commentée à l'Elysée. François Hollande n'est pas dupe : Nicolas Sarkozy a "toujours besoin de se victimiser" glisse-t-il. Le président sait que son prédécesseur lui tient rigueur pour lui avoir si rapidement tourné le dos sur le perron de l'Elysée lors de la passation de pouvoir. Ce qui l'amuse manifestement : "Cette fois-ci, j'irai même jusqu'à lui ouvrir la porte de la voiture s'il le faut". Après 45 minutes d'entretien, François Hollande ne sait toujours pas s'il se rendra à la marche. "Mais, si j'y vais, je veillerai à ce que tu puisses m'accompagner dans de bonnes conditions" affirme-t-il à son prédécesseur, rapporte toujours Le Point.
Trois jours plus tard, Nicolas Sarkozy sera dans le cortège présidentiel, au troisième rang. Une place qui ne le satisfera pas. Peu importe pour François Hollande, qui a réussi son coup de force, tout en flattant l'égo de Nicolas Sarkozy. L'ancien chef de l'Etat aura même glissé aux micros, installés pour lui dans la cour de l'Elysée après la réunion : "Nous avons prévu de nous reparler cet après-midi à la suite de la réunion que le président Hollande aura avec les responsables des formations politiques représentées au Parlement". Pour que Nicolas Sarkozy donne du "président Hollande", il ne fallait pas lésiner sur les moyens.

"Ça fait plaisir que tu m'appelles, Manuel !"

Et en matière de complaisance et d'égards, l'exécutif s'est largement employé. Manuel Valls a même été envoyé en renfort. Avant l'appel de François Hollande, Nicolas Sarkozy refusait de prendre ceux de Jean-Christophe Cambadélis, le patron du PS, qui se considère comme son homologue à gauche. Pour le président de l'UMP, il s'agit d'un affront voué à le rabaisser. C'est donc le Premier Ministre qui finira par le contacter raconte Le Point.
"Alors comme ça, tu refuses de décrocher quand Cambadélis t'appelle ?" aurait ironisé le Premier Ministre au téléphone. "Ah, ça fait plaisir que tu m'appelles, Manuel !". Leur conversation permettra d'entamer les échanges sur la marche républicaine. "Il ne doit pas y avoir de calculs politiciens à ce stade" assure Nicolas Sarkozy au locataire de Matignon. Pas de calculs. Mais quelques arrières pensées tout de même.

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