Manuel Valls : il fait pleurer une ministre devant ses collègues

Manuel Valls : il fait pleurer une ministre devant ses collègues C'est une scène qui a mis mal à l'aise plusieurs ministres lors d'un séminaire gouvernemental : Manuel Valls a sèchement recadré le secrétaire d'Etat Axelle Lemaire, qui s'est effondrée en larmes, rapporte Le Canard Enchaîné.

[Mis à jour le 4 février à 12h48] Le Premier ministre sait désormais que sa pratique du pouvoir et de l'autorité exerce sur ses collaborateurs de la crainte et de l'anxiété. Lors du séminaire intergouvernemental du 22 janvier, Manuel Valls a rassemblé plusieurs ministres pour parler lutte anti-terrorisme et plan d'action pour l'école. Lorsque est venu le moment d'aborder en profondeur les propositions de Najat Vallaud-Belkacem, les échanges ont donné lieu à un petit psychodrame plutôt gênant, rapporte le Canard Enchaîné. La secrétaire d'Etat au Numérique, Axelle Lemaire, aurait pris la parole pour réagir au plan préparé pour l'école, lançant : "Si on ne comprend pas que le problème c'est Internet, on n'a rien compris".

Manuel Valls n'aurait pas vraiment apprécié cette liberté de ton, d'autant que son commentaire est alors jugé hâtif et déplacé : "Tu es bien gentille, mais on ne parle pas comme ça. On parlera d'Internet une autre fois ; aujourd'hui, on prépare un plan d'action pour l'éducation et la politique de la ville. On a tous compris, depuis longtemps, le problème d'Internet, mais on n'est pas là aujourd'hui pour en débattre", aurait averti le Premier ministre. A cet instant, la jeune Axelle Lemaire "fond en larmes" explique le Canard Enchaîné, et tente de se justifier : "Je voulais juste qu'on aborde le rôle d'Internet dans la structuration des réseaux jihadistes". Face au désarroi de la secrétaire d'Etat, Manuel Valls aurait eu cette petite phrase, dont on appréciera la condescendance : "Je sais, on va dire que je suis trop sévère. Mais on t'aime tous, Axelle !"

Le Premier ministre semble avoir été le premier à ressentir le malaise instauré par la situation, d'autant que si Axelle Lemaire était présente à cette réunion intergouvernementale, c'est que Manuel Valls avait estimé qu'elle avait sa place, comme secrétaire d'Etat en charge du Numérique, à ce briefing d'urgence où seuls les ministres concernés par le plan d'action étaient convoqués. Sans doute la jeune femme de 40 ans s'était-elle sentie légitime pour exprimer un point de vue qui s'inscrivait dans son périmètre de compétence.

Manuel Valls, l'intransigeant

Le Premier ministre socialiste s'est forgé une réputation d'homme "dur" ces derniers mois. A plusieurs reprises, Manuel Valls a voulu démontrer publiquement son autorité pour ne surtout pas se faire "Ayraultiser", autrement dit, ne pas paraître en défaut de leadership devant ses ministres. Après sa passe d'armes avec Cécile Duflot lorsqu'il occupait le ministère de l'Intérieur, c'est comme chef du gouvernement qu'il s'est montré plusieurs fois inflexible pour recadrer ses ministres. Il y a à peine quelques jours, au début du mois de janvier, le Premier ministre aurait eu une conversation très vive avec Ségolène Royal, qui avait critiqué publiquement la hausse des prix de la SNCF. "Ils se sont expliqués franchement, et la ministre a dû reconnaître que sa déclaration n'était pas pertinente" révélait encore le Canard Enchaîné, évoquant même un "pugilat" entre Ségolène Royal et Manuel Valls, qui aurait "piqué une crise".

Les ministres "ne peuvent pas se donner en spectacle"

L'autorité, c'est en somme une marque de fabrique. Lorsque sa ligne économique a été remise en question par Arnaud Montebourg et Benoït Hamon, le Premier ministre n'a pas hésité à s'en séparer, malgré la proximité qu'ils avaient liée pour écarter Jean-Marc Ayrault quelques mois auparavant. "Il y a une seule ligne, et les membres du gouvernement ne peuvent pas se donner en spectacle" s'était alors justifié Manuel Valls sur France 2 lors du dernier remaniement, fin août 2014.

Respect de l'autorité et de la hiérarchie

Manuel Valls, populaire ministre de l'Intérieur, est devenu un populaire Premier ministre en avril 2014, et l'est resté notamment en s'affirmant comme défenseur du respect dû aux institutions et à la hiérarchie. Lorsqu'il se sépare des ministres qui lui sont proches, fin août, c'est qu'il considère que les propos d'Arnaud Montebourg constituaient "une véritable insulte au gouvernement et à la présidence de la République" selon un proche du Premier ministre rapportés par Le Monde. Depuis, Manuel Valls répète à l'envi qu'il demeure "loyal" vis-à-vis de François Hollande et appelle régulièrement à ce que le président de la République soit traité par tous comme un homme d'Etat.

EN VIDEO - Manuel Valls s'est exprimé quelques heures après le séminaire gouvernemental sur le plan d'éducation élaboré :

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