Départementales 2015 : les candidats du FN sont-ils complètement nuls ?

Départementales 2015 : les candidats du FN sont-ils complètement nuls ? DÉPARTEMENTALES - A un mois des départementales 2015, les recrues de Marine Le Pen sont pointées pour des propos racistes, antisémites, ou homophobes, exhumés généralement de leurs comptes Facebook. Le FN a-t-il recruté très large au risque de présenter n'importe qui ?

[Mis à jour le 24 février 2015 à 20h17] Outre les sondages qui le créditent de 30 % au niveau national et le donnent en tête des départementales 2015, le FN peut se vanter d'être le parti le mieux représenté à ces élections avec, pour la première fois, une couverture quasi-totale des cantons français. Mais trouver plus de 7600 candidats en quelques mois n'a pas dû être chose facile pour un parti qui n'a pas (encore) l'ancrage local d'un PS ou d'une UMP. Pour ces élections départementales, le recrutement a donc été large et ouvert. Au risque d'aller chercher des candidats n'importe où et en particulier dans les rangs les plus obtus de l'extrême droite ?

Embarrassé par plusieurs candidatures peu avisées aux dernières municipales (une vaste polémique avait notamment frappé la candidature d'Anne Sophie Leclère à Rethel, dans les Ardennes), le FN s'était promis de ne plus faire face à ces "cas extrêmement rares" de candidats lâchant des propos racistes dans les médias ou sur les réseaux sociaux. Le HuffingtonPost indiquait récemment que le parti avait consacré deux postes, au sein de son siège à Nanterre, pour vérifier les profils de ses candidats aux départementales sur le Web. Une vérification qui s'avère manifestement inefficace ou insuffisante.

Des propos antisémites dans l'Aveyron

Depuis plusieurs semaines, les ratés se multiplient dans les cantons, faisant émerger des candidats sans expérience et parfois sans même une once de sens politique. Des candidats souvent adeptes de dérapages sur les réseaux sociaux avec, en prime, leur lot de fautes d'orthographe. Le dernier en date vient de l'Aveyron : un candidat FN a été exclu pour des propos clairement antisémites, publiés l'été dernier sur Facebook. Alexandre Larionov, présenté comme un "jeune ouvrier", était allé jusqu'à souhaiter la destruction des juifs "une fois et pour toujours". "Les Juifs ne sont pas une race unique mais parasite", écrivait-il ainsi sur sa page. "Dans leur religion y a marqué en noir sur blanc que tout les autres races en gros c'est des esclaves pour eux. Ils merittent d'etre tué comme ils ont tué Jesus (sic)." En conclusion de ce texte très approximatif, il enfonçait le clou : "C'est des gros racistes qui merritent que la mort cruelle (re-sic)."

Après plusieurs blagues ou devises douteuses venant d'autres candidats, le FN a dû agir dans la précipitation dans l'Aveyron pour sanctionner ces "propos inacceptables". Le hic : Alexandre Larionov fait déjà officiellement partie de la liste des candidats aux départementales, bouclée par le ministère de l'Intérieur le 17 février. Manifestement gêné, le Front national a indiqué qu'il ne pouvait plus "légalement retirer sa candidature en préfecture". Le "seul moyen" étant de priver son candidat de bulletins de vote... Alexandre Larionov était membre du FN depuis seulement six mois. Il était en lice dans le canton Causse-Comtal avec une retraitée du nom d'Andrée Poujade. C'est par la presse que la section FN de l'Aveyron a découvert son réquisitoire anti-juifs vendredi 20 février, réquisitoire pourtant visible de longue date sur son compte Facebook. Le FN a tenté de justifier ce recrutement manifestement hâtif en affirmant que son candidat "n'était pas adhérent du Front national" au moment où il avait posté son discours antisémite.

EN VIDÉO - Avant le tollé provoqué par un candidat de l'Aveyron, le FN était pointé par deux femmes se plaignant d'être inscrites sur les listes électorales locales du FN à leur insu.

Départementales 2015 : portes ouvertes à l'incompétence ?

Au-delà des idées pour le moins contestables de son candidat dans l'Aveyron, beaucoup s'interrogent désormais sur la capacité des candidats du FN a communiquer et à véhiculer le message de Marine Le Pen au niveau local. Quelle compétence politique accorder à un candidat répandant de telles idées sur le Web ? Alexandre Larionov savait-il que ses propos étaient passibles de poursuites en justice pour "provocation à la haine raciale par la voie électronique" ? Si la réponse est positive, on parlera d'une provocation inconsciente d'un jeune homme emporté par des convictions totalement incompatibles avec le parti républicain que le FN prétend être. Si la réponse est "non", il s'agira d'une ignorance crasse de la loi et des bases de la communication politique. Dans les deux cas, c'est l'incompétence d'un candidat, pourtant destiné à siéger dans un conseil départemental, qui sera pointée. Ce dernier a été brièvement placé en garde à vue vendredi après-midi. Il a été cité à comparaitre par le parquet après les élections départementales et risque jusqu'à 5 ans de prison doublés de 45 000 euros d'amende.

Depuis les prémices de la campagne des départementales, le FN a déjà été confronté à de multiples dérapages qui dénotent l'impréparation de ses candidats. A la fin janvier, un candidat FN en Dordogne faisait polémique pour la photo de son profil Facebook. Hubert Bonnay y affichait fièrement son tatouage : une croix celtique gravée sur un bras. Un symbole souvent considéré comme néo-nazi aujourd'hui. Le candidat a changé précipitamment sa photo de profil. Le 6 février, Marie-José Dussaucy, candidate dans les Pyrénées Atlantiques, s'était vue retirer son investiture pour des propos postés le 23 janvier sur son compte Facebook. Après avoir rappelé que "vos grands-parents se sont battus afin que vous ne soyez pas allemand", elle avait demandé aux électeurs de se battre "pour ne pas devenir arabe". Avec cette conclusion : "Qu'on les mettent (sic) sur un bateau et qu'on le fassent (sic) couler au milieu de la mer ou de l'océan". Le 7 février, un candidat du front national en Gironde se faisait remarquer pour une blague sur Alain Juppé. Ange Ronzetti a jeté un froid en livrant une "révélation" aux personnes venues découvrir les chefs de file FN dans le département : Alain Juppé s'est fait selon lui "débaptiser dans une église pour être rebaptisé et enlever deux lettres à son nom. Il est rebaptisé Ali Juppé". En Gironde toujours, il y a une dizaine de jours, un autre candidat était exclu pour avoir repris la devise pétainiste sur son compte Twitter. Guillaume Jambard avait écrit : "Twitter si vous partager (sic) ma devise Travail, famille, patrie".

Bien d'autres dérapages

Au moment d'écrire ces lignes, le quotidien Le Midi Libre dévoilait une série de dérapages de candidats du Front national aux départementales 2015 dans l'Aude. Parmi les propos pointés, cette réflexion d'un candidat dans le canton de Narbonne 3 : "Il y a des battues contre les sangliers, contre les loups, contre les lynx, contre les ours... Et si on organisait plutôt des battues contre les arabes, on sauverait peut-être la France". Les deux phrases, datant de 2012, n'étaient plus visibles sur le compte Facebook en question en milieu d'après-midi.

Dans le même temps, d'anciens propos d'une candidate du Rassemblement bleu-marine dans l'Ariège ont été révélés. Sur son compte Twitter, elle affirmait que "l'islam et les Mahométans sont la nouvelle peste bubonique du XXIe siècle, à combattre à éliminer sans hésitation par tous les moyens possibles". Dans un autre message, elle parlait des "sales gouines vraiment moches", ne pouvant séduire que "les blacks et les rebe".

Le lendemain de la publication de notre article, le mardi 24 février, c'est un candidat FN à Arras qui est cette fois pointé du doigt. Jonathan Vivien, suppléant du ticket Kévin Bytebier et Christelle Jolie, affichait un mur Facebook pétri d'humour et de jeux de mots. Vivien y plaisantait avec ses amis sur l'expression "broyer du noir", au sens premier du terme, sur une photo de femme voilée intitulée "appel masqué" ou encore définissant l'Algérien comme une "maladie mentale"... Tous ces messages ont été supprimés après un article de la Voix du Nord.

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