Christian Paul : "Le Parti socialiste n'a pas trouvé son rôle depuis 3 ans"

Christian Paul : "Le Parti socialiste n'a pas trouvé son rôle depuis 3 ans" Le député PS de la Nièvre était l'invité de Linternaute.com, 20 Minutes et Ouest-France ce mardi. Il a critiqué la politique du gouvernement et listé ses idées pour le PS.

En juin, un congrès du PS est organisé à Poitiers et est censé déterminer la ligne et le chef du parti pour les prochaines années. Premier signataire de la "motion B", "A gauche pour gagner", concurrente de la motion de Jean-Christophe Cambadélis soutenue par Manuel Valls, Christian Paul est aussi très critique envers sa formation politique. S'il reconnait que "ce n’est pas évident pour le PS le passage aux responsabilités", le député dit "frondeur" estime que le PS "n'a pas trouvé son rôle depuis 3 ans". Accusant Jean-Christophe Cambadélis d'éviter le débat, il attaque : "Nous ne sommes plus à l’époque du Minitel ou du fax".

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"La politique économique qui est menée aujourd'hui n’est pas suffisante"

Au lendemain de la publication de chiffres du chômage catastrophiques, le député "frondeur" de la Nièvre a également critiqué la politique économique du gouvernement, "pas suffisante pour lutter contre le chômage de masse" selon lui. "Depuis un an, nous avons le sentiment que les réponses ne sont pas à la hauteur", ajoute-t-il, estimant que, malgré les allègements fiscaux, "les entreprises n’embauchent pas".

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Loi sur le dialogue social : "On n'est pas allé au bout de la discussion"

S'il n'aime pas le terme de fronde, Christian Paul s'est montré menaçant sur deux textes de lois du gouvernement : celui sur le dialogue social, présenté mercredi en Conseil des ministres par François Rebsamen et la loi sur le renseignement, votée à l'Assemblée le 5 mai (lire ci-dessous). Sur le premier, il appelle de ses voeux un "accord" des syndicats sceptiques, estimant "qu'on n'est pas allé au bout de la discussion" et que "si les partenaires ne s’y retrouvent pas, c’est que c'est encore imparfait".

Loi renseignement : "Je vais demander au gouvernement des garanties supplémentaires"

Christian Paul a exprimé ce matin son intention de demander à l’exécutif de faire évoluer le texte de loi sur le renseignement, voté en première lecture le 5 mai. Il a indiqué qu'"il n'y a pas suffisamment de garanties sur les boîtes noires algorithmiques", les fameuses "boîtes noires" que les grands acteurs du Web devront installer pour surveiller les utilisateurs de leurs plateformes. "Je vais demander dans les heures qui viennent au gouvernement des engagements supplémentaires", indique le député de la Nièvre, spécialiste des questions liées à Internet au Parti socialiste. "La CNIL a émis de fortes réserves. Ce sont aussi les miennes", a-t-il expliqué. "Avant la première lecture, les réponses apportées conditionneront mon vote et celui d’autres parlementaires". Condamnant au passage la validation d'un outil de fichage des supporters du PSG par arrêté, Christian Paul a regretté globalement que la CNIL et que la commission numérique et liberté qu'il anime à l'Assemblée, n'aient pas été entendues. "Sur ces questions-là […] il y a un déni démocratique."

Est-ce à dire qu’une nouvelle "fronde" peut s’ouvrir sur ce texte, qui ne fait pas l’unanimité à gauche ? "Ce n’est pas un jeu, c'est un travail très précis qui doit être fait par les parlementaires", tranche l'intéressé.

"Les socialistes éprouvent un profond besoin de changement"

Quel socialisme pour demain ? C'est la question posée lors du congrès de Poitiers et lors du vote des motions dans les prochaines semaines. Dans un parti en crise, Christian Paul affirme que "les socialistes éprouvent un profond besoin de changement" et que les militants "veulent que la politique du gouvernement change". "Je consacre mon énergie à ce qu’il y ait une nouvelle majorité au sein du Parti socialiste, pour réussir", affirme le député de la Nièvre qui "n'imagine pas que le PS s'oppose au gouvernement, mais il doit l’aider à redresser le tir".

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Plainte contre Les Républicains : "Je suis prêt à participer aux frais de justice"

Alors qu'un avocat toulousain va engager une demande judiciaire en nullité contre la marque "Les Républicains", nouveau nom prévu pour l'UMP, Christian Paul se dit "prêt à participer aux frais de justice de cette procédure". "C’est un rapt d'un bien commun", juge le député socialiste qui estime que "la République n'est ni de droite ni de gauche". Il pointe "cette volonté de Nicolas Sarkozy de capter l'héritage républicain" alors même que "quand il a eu des choix républicains à faire à l'occasion des élections départementales, ça s'est terminé par un sombre "ni-ni" qui ne me semble pas être l'idée d'un républicain patenté". Concernant le PS, Christain Paul souhaite enfin "garder son nom", mais estime qu'il faut "changer tout" à l'intérieur.

L'intégrale de l'émission

Christian Paul invité de #DirectPolitique

Le congrès de Poitiers, du 5 au 7 juin, s'annonçait comme une pétaudière. Il pourrait finalement être un long fleuve tranquille. Le PS, qui se réunit entre des départementales catastrophiques et des régionales qui s'annoncent également très difficiles, devrait afficher une certaine unité lors de ce grand raout printanier. Le rassemblement de la grande famille socialiste, qui revient tous les 2 ou 3 ans et qui a été le lieu d'affrontements historiques par le passé (Mitterrand-Rocard, Hollande-Fabius, Aubry-Royal), devrait vraisemblablement acter l'union autour de la motion A, "La Force du Rassemblement", menée par le patron du PS Jean-Christophe Cambadélis, avec le soutien de la majorité gouvernementale. Martine Aubry, qui semblait un temps pouvoir faire dissidence avec sa propre motion, est finalement entrée dans le rang après avoir eu quelques garanties dans le texte, mais aussi, dit-on, sur l'entrée de proches au gouvernement prochainement.

Les "frondeurs" du PS ont donc perdu un leader potentiel. Mais cela ne les empêchera pas de faire entendre leurs voix. Une autre motion, la motion B, "A gauche pour gagner", a été déposée. Et le député de la Nièvre Christian Paul a pris la place de premier signataire. Le PS va-t-il se rallier à la ligne Valls-Hollande sans broncher ? Martine Aubry a-t-elle abandonné les frondeurs en rase campagne ? Le siège de Solferino peut-il encore être la maison commune de tous les socialistes aujourd'hui ? Mais surtout, quelle orientation pour le parti, et au-delà pour le gouvernement, d'ici la fin du quinquennat et dans les années à venir ? La social-démocratie, ou ce que d'aucuns appellent avec dédain le "social-libéralisme", ont-ils eu raison d'un socialisme plus à gauche ? Alors que le président de la République moque les "tracts du PC des années 1970", quelle doit être la conception d'un socialisme moderne ? Christian Paul était l'invité de #DirectPolitique, l'émission politique de Linternaute.com, 20 Minutes et Ouest-France mardi 28 avril à 8h30.

Lire à ce sujet : Christian Paul, le révolté tranquille du PS

Christian Paul

Elu conseiller général de la Nièvre dans les années 1990, Christian Paul a été successivement maire de Lormes, député de la Nièvre et secrétaire d'État chargé de l'outre-mer, de 2000 à 2002. Il siège à l'Assemblée nationale depuis 1997 et est aussi vice-président du conseil régional de Bourgogne depuis 2004. Il est par ailleurs spécialiste des questions liées au numérique. Christian Paul compte parmi les anciens meneurs du "Nouveau Parti socialiste" qui voulait tout changer au PS au début des années 2000 avec Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et Benoit Hamon. Il fut également vice-président du courant "Rénover maintenant", né du refus de s'associer à la majorité socialiste lors du congrès du Mans. Lorsque les "Reconstructeurs" s'organisent autour de martine Aubry en vue du congrès de 2008, il se rapproche de la maire de Lille. Après le psychodrame de Reims suivant l'échec de Ségolène Royal à la présidentielle, il devient secrétariat national du PS et participe à la rédaction du programme de 2012.

A partir de 2014, Christian Paul s'illustre dans le groupe des députés dits "frondeurs" qui contestent la politique menée par Manuel Valls, assurant qu'elle n'est pas conforme aux promesses de campagne de François Hollande. En étant le premier signataire d'une motion pour le congrès de Poitiers en juin, il est, de fait, candidat à la fonction de premier secrétaire du Parti socialiste contre Jean-Christophe Cambadélis. Deux autres motions ont également été déposées, celle de la secrétaire nationale du PS Florence Augier "Osons un nouveau pacte citoyen et républicain" (motion C) et celle de la députée des Hautes-Alpes Karine Berger, "La Fabrique socialiste" (motion D). Le vote des militants aura lieu les 21 et 28 mai.

Chaque mardi, Linternaute.com, 1er site d'actualités de France, 20 Minutes, 1er quotidien gratuit et Ouest-France, 1er quotidien français payant, reçoivent une personnalité du monde politique pour un entretien de 40 minutes avec les journalistes des rédactions et les internautes.

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