Pierre Larrouturou : "On va vers une nouvelle crise financière"

François Hollande : Pierre Larrouturou : "On va vers une nouvelle crise financière" Pierre Larrouturou était ce matin l'invité de #DirectPolitique, l’émission de Linternaute.com, 20 Minutes et Ouest-France. L'économiste, porte-parole de Nouvelle Donne, a fustigé l'action de François Hollande dans le dossier grec et proposé ses solutions d'urgence dans l'UE et en France.

L’ancien économiste du PS a fustigé les exigences des partenaires européens de la Grèce (accusant notamment le gouvernement espagnol de déstabilisation), mais aussi le comportement de la BCE - qui préfère "donner 1000 milliards aux banques" - et l’inaction de la France et de François Hollande. Convaincu que la croissance ne reviendra pas et qu’on se dirige vers une nouvelle crise financière, il a aussi présenté son "Plan d’urgence pour la France" et évoqué l’avenir de Nouvelle Donne, qui connait des turbulences avant les régionales de décembre.

"On asphyxie la Grèce"

Pierre Larrouturou reconnait que la Grèce a "déconné" depuis des années et que "les gouvernements grecs ont menti il y a dix ans sur leurs comptes". Mais il s'insurge : "On asphyxie la Grèce !" Pour l'économiste, il y a "deux poids deux mesures" entre les exigences de la Grèce, qui doit afficher 2 % d'excédent pour satisfaire ses créanciers, et les autres pays, dont la France, qui ont droit à 3 % de déficit budgétaire. Tout en critiquant le timing choisi par Alexis Tsipras, il soutient le référendum du gouvernement grec et adhère aux propositions de DSK qui a préconisé il y a peu de donner un peu d'oxygène à Athènes.

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"Le gouvernement espagnol voulait planter la négociation"

Pierre Larrouturou est sévère contre les partenaires européens de la Grèce, notamment le gouvernement espagnol qu'il accuse clairement de déstabilisation (voir à 1'35). "C’est un Espagnol qui a expliqué que les banques grecques ne rouvriraient peut être pas lundi, ce qui a créé un début de panique", explique-t-il avant de passer au verdict : "Le gouvernement espagnol voulait planter la négociation". Une accusation grave, mais dont il donne la raison : "Monsieur Rajoy n’a aucun envie que Tsipras fasse bouger les lignes car il a peur que chez lui, Podemos gagne les élections dans quelques mois."

EXCLUSIF - "François Hollande nous a dit : 'C'est une erreur d'avoir mis le FMI dans la négociation'"

"François Hollande nous a dit : 'C'est une erreur d'avoir mis le FMI dans la négociation'", rapporte Pierre Larrouturou, qui se trouvait à l’Elysée le lundi 22 juin 2015 pour évoquer notamment la question grecque. Une confidence lourde de conséquences si elle est avérée. "Il le dit dans son bureau, pourquoi il ne le dit pas [publiquement] ?", s'interroge le fondateur du mouvement Nouvelle Donne. "Le FMI passe son temps à reconnaitre les erreurs qu'il a faites il y a trois ou quatre ans, mais il continue", poursuit l'économiste, ancien membre du Parti socialiste, tout aussi sévère envers un chef de l'Etat vantant son "action très souterraine" dans ce dossier. "Je pense que Hollande ne fait pas ce qu'il faut. L'Union européenne est la première puissance économique mondiale, on n'a pas besoin du FMI pour nous dire comment faire."

"On va vers une nouvelle crise financière"

"Il n’y aura pas de retour de la croissance, on va vers une nouvelle crise financière." Voici résumées en une phrase les deux certitudes de Pierre Larrouturou qui, depuis des années déjà, pointe les politiques qui attendent la croissance, certains de son retour prochain et les institutions monétaires qui renflouent les banques sans aider les Etats et l'économie réelle. "Le discours de Hollande et Valls, qui nous disent que la crise est finie, je n’y crois pas. Depuis 40 ans, tous les Premiers ministres nous disent que la crise est finie", affirme l'élu d'Ile-de-France qui a détaillé son "Plan d'urgence pour la France" sur notre plateau (voir ci-dessous). Côté monétaire, il s'élève contre la politique de la BCE qui, enfin, s'est décidée en janvier à créer "1000 milliards d'euros" pour donner de l'air aux pays de la zone euro, mais préfère les donner aux banques "gratos", quitte à favoriser la spéculation.

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Les confidences chocs d'un grand patron

Comment expliquer l'échec d'une issue politique sur le cas grec alors que l'Allemagne a vu une partie de sa dette effacée en 1953, dans un relatif consensus ? Pierre Larrouturou pointe un "blocage politique" doublé d'une "vraie question de souveraineté". "Les pouvoirs économiques ont pris l’ascendant" résume l'économiste qui illustre son propos en rapportant les détails d'une conversation il y a quelques années avec Louis Gallois "qui avait peur que les pays du sud perdent leur souveraineté". "Il me disait : 'Le vrai chef de l’Espagne, ce sera le patron de Volkswagen qui dira aux Espagnols si vous baissez vos salaires, je ferme une usine en Allemagne et je l’amène en Espagne'". Et le porte-parole de Nouvelle Donne de conclure avec ironie : "Si les seuls moyens de relancer l’économie c’est de baisser les salaires, on sera les plus compétitifs du cimetière !"

...et d'Henri Guaino

"On sous-estime le lobby bancaire", indique, dans le même ordre d'idées, Pierre Larrouturou, qui une fois encore décide de livrer les secrets de ses conversations privées. Au détour d'une discussion avec Henri Guaino à l’Elysée lors du précédent quinquennat, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy lui aurait avoué que "celui qui avait l’oreille du président [Nicolas Sarkozy], c’était Michel Pébereau, le patron de BNP Paribas". Une explication selon lui de cette réforme bancaire tant attendue qui n'est jamais venue. "Je le dis publiquement, oui, il y a un problème de lobby des banques", continue Larrouturou. Et il accuse Michel Sapin, sous cette même influence des banques, de bloquer la mise en place de la taxe Tobin aujourd'hui. "Au niveau européen, 10 pays ont décidé de mettre en place une taxe Tobin. Madame Merkel est d’accord pour dégager 70 milliards. Qui bloque ? C’est Michel Sapin, le gouvernement socialiste français, influencés par les lobbies bancaires."

Crise à Nouvelle Donne : "Je regrette ces 40 personnes qui sont parties"

Alors que plusieurs dizaines de membres de Nouvelle Donne ont claqué la porte récemment, signant une tribune à charge dans Mediapart, Pierre Larrouturou s'est aussi exprimé sur la crise de traversait son mouvement. "Je regrette ces 40 personnes qui sont parties", avoue le fondateur et co-président de ce petit parti créé en 2013 et fort des 3 % obtenus aux européennes de 2014. Il explique que c'est la "stratégie pour les régionales" qui a provoqué cette scission. "Ceux qui sont partis veulent absolument aller aux régionales et faire des alliances avec les écologistes et le Front de gauche", complète-t-il, estimant qu'on peut "faire de la politique sans faire toutes les élections" et revendiquant un mouvement de "5500 adhérents à jour de cotisations".

Les régionales ? "Dans quelques régions", la présidentielle ? "Je ne dis pas non"

Pour autant, Pierre Larrouturou ne tire pas un trait sur les régionales 2015. "Dans certaines régions, on va aller aux régionales", indique le porte-parole de Nouvelle Donne, qui délivre une information sur l'une des 13 nouvelles régions concernées par le scrutin de décembre : "En Rhône-Alpes-Auvergne, il y aura un rassemblement avec EELV et d’autres formations, des associations". Et quid d'une candidature à la présidentielle de 2017, vu le programme déjà riche du parti ? "Je ne vous dis pas non", répond Pierre Larrouturou, qui évacue vite le sujet : "La question des présidentielles est fondamentale, mais on peut faire de la politique tous les jours. La politique ce n’est pas seulement 'votez pour moi, je suis moins nul que les autres'".

REPLAY - L'intégralité de l'émission

Pierre Larrouturou invité de #DirectPolitique

Un an tout juste après les élections européennes, qui avaient permis au jeune mouvement de créer la surprise dans les urnes (près de 3 % des suffrages), Nouvelle Donne semble aujourd'hui en crise. Ce parti, créé par l'ancien économiste socialiste Pierre Larrouturou il y a quelques années pour proposer une alternative à gauche, avec une nouvelle façon de faire de la politique, a vu une soixantaine de ses militants faire défection, dont la  députée Isabelle Attard, ancienne vice-présidente. Une tribune au vitriol a été publiée sur Mediapart par les dissidents pour critiquer les orientations du mouvement. Leur conclusion est plus que sévère : "Nouvelle Donne ne changera rien à la vie politique". Concrètement, c'est la culture de "l'entre-soi" qui est dénoncée à l'approche d'une nouvelle échéance électorale : les régionales de décembre 2015. Pour Pierre Larrouturou, c'est la question des alliances avec EELV et le Front de gauche qui ont provoqué le clash. Il est contre, ils sont pour. Mais des fraudes lors de l'élection du conseil citoyen, organe clé du parti, sont aussi évoquées. Que va-t-il advenir du mouvement considéré jusqu'à aujourd'hui comme un élément important du renouveau en politique ? Où en est exactement Nouvelle Donne à la veille des régionales ? Alors que la Grèce est plus que jamais au centre de l'actualité, le combat pour une sortie de crise sans austérité est-il toujours d'actualité ? Et chez nous, que propose aujourd'hui Nouvelle Donne dans son "plan d'urgence pour la France" ? Pierre Larrouturou est l'invité de #DirectPolitique, l'émission politique de Linternaute.com, 20 Minutes et Ouest-France ce mardi 30 juin à 8h30.

Pierre Larrouturou

A 49 ans, Pierre Larrouturou a un parcours politique atypique. Adhérant au Parti socialiste l'année de la réélection de François Mitterrand, il va partager une relation mouvementée avec la rue de Solferino jusqu'à aujourd'hui. En véritable trublion, il quittera le parti par trois fois et le réintégrera deux fois. Dans l'intervalle, il sera brièvement membre d'Europe-Ecologie-Les Verts, qu'il ralliera en 2009 pour repartir en 2011, critiquant l'alliance de gouvernement avec le PS. Un PS qu'il va pourtant rejoindre une dernière fois en 2012, en soutenant François Hollande...

Pierre Larrouturou a mené de nombreuses campagnes et a notamment tenté plusieurs fois de se présenter à la présidentielle, sans succès. Il a surtout tenté, tout au long de sa carrière, de faire valoir ses idées de réformes économiques par la création de plusieurs mouvements politiques. En 1993, fervent partisan du partage du travail, il crée le "Comité d'Action pour le Passage rapide aux 4 jours sur 5 (Cap4J/5)" et prône le passage de 39 à 32 heures. Ignoré par Martine Aubry, il se montrera en revanche très critique sur la réforme des 35 heures qui suivra. En 2004, Pierre Larrouturou monte avec Stéphane Hessel et Michel Rocard un "Traité de l'Europe Sociale" pour contrer le projet de constitution européenne, qui sera rejetée un an plus tard par référendum. Au PS, il sera aussi le signataire de plusieurs motions, dont une en 2008 visant à "remettre le PS au travail", fustigeant ceux qui "squattent Solferino". D'autres seront intitulées "Nouvelle Gauche" ou encore "Nouvelle Donne". Au Congrès de Toulouse qui consacrera Harlem Désir comme nouveau patron du PS, il proposera encore la motion "Oser. Plus loin, Plus vite", avant de claquer la porte du parti une dernière fois. Entre temps, en mars 2012, il aura lancé le "Collectif Roosevelt 2012" avec Stéphane Hessel, Michel Rocard et Edgar Morin.

Conseiller régional d'Île-de-France, Pierre Larrouturou a créé Nouvelle Donne en 2013, déçu par la politique du gouvernement. Considéré comme l'un des annonciateurs de la crise de 2008, il défend aujourd'hui plusieurs propositions pour redresser l'économie assurant, entre autres, qu'on peut réduire les déficits sans austérité. Il a publié en 2014, "La Grande Trahison" aux éditions Flammarion.

Chaque mardi, Linternaute.com, 1er site d'actualités de France, 20 Minutes, 1er quotidien gratuit et Ouest-France, 1er quotidien français payant, reçoivent une personnalité du monde politique pour un entretien de 40 minutes avec les journalistes des rédactions et les internautes.

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