Charles et Marie Fillon : frais de mariage, emplois cumulés... les soupçons de la justice

ENFANTS FILLON - Marie et Charles Fillon ont rendu une partie de leur rémunération d'assistant parlementaire à leur père... On sait par ailleurs qu'ils étaient payés pour d'autres tâches que celles relevant de leur poste.

[Mis à jour le 15 mars 2017 à 10h51] Et si François Fillon avait versé de l'argent public - en tant que sénateur - à deux de ses enfants - pour les rémunérer d'un travail fictif ou sans lien avec leur poste d'"assistant parlementaire" ? La justice a des soupçons depuis quelques semaines sur l'effectivité de leur emploi, elle s'interroge aussi sur des versements réalisés depuis leur compte vers celui de leurs parents. Comme le révèle Le Parisien, Marie Fillon a reversé 33 000 euros sur leur compte joint, pour, selon son avocat, "payer son mariage, mi-2006" et ainsi "rembourser ses parents" qui avaient avancé l'argent des noces (soit 70% des salaires touchés). Auprès du Parisien, l'avocat de Marie Fillon a tenu ces propos : "Elle ne voyait pas en quoi son père devait lui offrir son mariage alors qu'il ne l'avait pas fait pour ses frères". Sauf que, comme le souligne Libération, seul son frère Charles s'est marié, et en... 2013, soit sept ans après le mariage de sa soeur et du "remboursement" effectué par celle-ci à ses parents. L'argumentaire tenu par les conseillers en droit de Marie Fillon ne tient pas : voilà qui va donc entretenir les suspicions sur cette version des faits...

Charles Fillon a lui réalisé des "virements mensuels pour un pourcentage moindre, de l'ordre de 30% environ de son salaire net", indique encore Le Parisien. L'avocat du couple Fillon a expliqué qu'il s'agissait de remboursements de "son loyer et de son argent de poche" lorsqu'il était étudiant.

Les enfants Fillon assistants parlementaires

On en sait aussi plus désormais sur le travail de Charles et Marie Fillon, lorsqu'ils étaient rémunérés par l'argent du Sénat. En 2006, Marie Fillon cumulait son poste d'assistant avec un stage à plein temps, se documentait pour la rédaction d'un livre de son père ; en 2007, Charles Fillon "constituait des bases documentaires pour permettre [à François Fillon] de [se] préparer à être pendant 5 ans Premier ministre". Sic.

L'Office central de la lutte contre la corruption et des infractions financières et fiscales, sur demande du Parquet national financier (PNF), en marge de l'affaire Penelope Fillon, creuse donc désormais du côté de Marie et Charles Fillon, les enfants du candidat à la présidentielle 2017. Les deux aînés de François Fillon devraient prochainement être de nouveau interrogés. En cause ? La réalité du travail qui leur aurait été confié par François Fillon lorsqu'il occupait le siège de sénateur de la Sarthe. Le point sur l'affaire.

Charles et Marie Fillon rémunérés 84 000 euros

Pourquoi la justice s'est-elle intéressée à Charles et Marie Fillon ? D'abord les faits, tels qu'ils ont été rapportés par Le Canard Enchaîné : le candidat de la droite à la présidentielle a rémunéré deux de ses enfants comme "assistants parlementaires" entre 2005 et 2007, lorsqu'il était sénateur de la Sarthe. Le journal évoque la somme de 84 000 euros de rémunération au total : 57 084 euros bruts pour Marie Fillon et 26 651 euros bruts pour Charles Fillon. Le Canard Enchaîné, qui révèle ces contrats passés entre François Fillon et ses enfants, s'amuse des montants des rémunérations, parlant de "pactole" pour Marie Fillon et de "sinécure" pour Charles Fillon, qui, "après avoir encaissé cette super 'bourse d'étudiant'" est parti aux Etats-Unis poursuivre ses études.

Ce qui cloche ? Le niveau élevé du salaire versé par François Fillon, sénateur, à de jeunes gens pas encore avocats (contrairement à ce qu'il avait dit auparavant pour désamorcer l'affaire à venir) en choquent plus d'un. Marie Fillon était payée 3814 euros brut par mois, son frère Charles 4846 euros brut par mois. Le palmipède remarque à ce sujet qu'ils auront été payés "au même tarif horaire que la cheffe de secrétariat particulier de Fillon, qui alignait alors plus de trente ans d'ancienneté au sein de cabinets ministériels". Mais il faut aussi soulever, évidemment, qu'ils ont profité de la complaisance de leur père pour un job en or.

Jusque là, rien d'illégal. Reste que le périmètre de leurs activités doit être précisé pour écarter les soupçons d'emploi fictif. François Fillon avait lui-même évoqué cette embauche sur le plateau de TF1 : "Lorsque j'étais sénateur, il m'est arrivé de rémunérer pour des missions précises deux de mes enfants qui étaient avocats, en raison de leurs compétences", a-t-il très exactement déclaré la semaine passée. Le Canard Enchaîné a montré qu'il ne s'agissait pas de mission précise mais bien d'emploi salarié sur plusieurs mois, 15 mois pour Marie Fillon, remplacée dès son départ par son frère durant 6 mois. Pour quel travail effectif ? Le Canard n'a trouvé la trace que de quelques taches, dont la plus importante semble être la rédaction d'un amendement..., des "missions aussi évanescentes que le travail sénatorial que leur père", grince l'hebdomadaire.

Rappelons que Marie Fillon n'a prêté serment que cinq mois après que son père a quitté son poste, en novembre 2007. Quant à son fils Charles, ce n'est qu'en 2011 qu'il a pu commencé à exercer comme avocat, soit quatre ans après, le mandat de sénateur de François Fillon s'étant étalé de septembre 2005 à juin 2007. Les deux enfants du candidat de la droite n'étaient donc qu'étudiants au moment de ces "missions". "Ce qui n'est toutefois pas rare pour des collaborateurs parlementaires", précise tout de même FranceTV Info qui constate également qu'ils étudiaient alors le droit des affaires.

Marie Fillon a cumulé deux postes à temps plein

Le Canard Enchaîné s'amuse des circonvolutions qu'utilise désormais le candidat à la présidentielle pour parler de l'emploi de ses enfants. Il s'amuse encore plus des découvertes qu'il fait sur la réalité de leurs activités. Dans son édition du 8 février, le palmipède révèle que Marie Fillon a cumulé son emploi d'assistante parlementaire au Sénat, auprès de son père, avec un stage d'avocate, effectué dans le cadre de sa formation à l'Ecole de formation du barreau. Un poste à plein temps, rémunéré 11 035 euros brut par an. Et de citer d'anciens élèves de l'école qui évoquent une "prouesse" : "On ne voit pas comment elle a pu cumuler le tout".

Les enfants Fillon ne travaillaient pas (seulement) pour la circonscription...

L'ancien Premier ministre a été entendu par l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières lundi 30 janvier dans l'après-midi. Il a dû apporter des justifications quant aux rémunérations perçues par ses enfants en tant qu'assistants parlementaires. Lundi 6 février, Le Monde révèle que l'ancien Premier ministre a reconnu des activités rémunérées qui n'ont rien à voir avec celui d'un assistant d'élu au Sénat. Ainsi, Marie Fillon aurait "fourni un gros travail documentaire" pour... la rédaction d'un livre écrit par son père en 2006, "La France peut supporter la vérité" (Albin Michel), un essai politique. Pour autant, François Fillon a assuré qu'elle l'avait assisté au Sénat sur des "questions constitutionnelles". 

L'avocat de Marie Fillon a ajouté, le 14 mars, qu'elle a bien "mené des recherches sur plusieurs thématiques pour son père, sur des sujets institutionnels, européens et sur des questions de société, notamment en vue de la sortie de son livre en 2006" évoquant "dix journées" de présence à la bibliothèque du Sénat.

Le candidat à la présidentielle s'est montré semble-t-il plus embarrassé en évoquant le travail de son fils. Ce dernier, rémunéré par l'argent versé par le Sénat, aurait consacré une partie de son temps à la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, "en travaillant au programme du candidat à l'élection présidentielle sur des sujets institutionnels", a indiqué François Fillon auprès des enquêteurs. Non seulement cette activité est très éloignée de celles confiées aux assistants parlementaires, mais elle est aussi pénalement répréhensible si elle était confirmée. Le Monde rappelle qu'elle est de nature à alimenter les soupçons de "financement illicite de campagne électorale".

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François Fillon

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