Robert Bourgi : Monsieur Afrique, Monsieur costumes et Monsieur grosses affaires

Robert Bourgi est bien "l'ami" qui a acheté des costumes à François Fillon chez le tailleur parisien Arnys. Homme de l'ombre, Bourgi gravite dans les coulisses de la droite française depuis des années...

[Mis à jour le 17 mars 2017 à 18h22] Robert Bourgi a confirmé ce vendredi à BFMTV qu'il avait bien offert à François Fillon deux costumes Arnys à 13 000 euros. Une information révélée par Le Monde quelques heures plus tôt. Jusqu'à présent, Robert Bourgi niait être le généreux "mécène" du candidat à la présidentielle. "C'était un cadeau", se contente-t-il de dire désormais à la chaîne d'info en continu. Alors que la justice enquête depuis 24 heures sur l'affaire des costumes, Bourgi réserve ses autres déclarations à la justice rapporte l'AFP.

Son nom circulait depuis que le JDD a révélé l'affaire des costumes, le dimanche 12 mars 2017. Mais jusqu'à présent, Robert Bourgi niait être le généreux "ami" qui a offert blazers et pantalons à François Fillon en ce début d'année. Des dons qui auraient dû être déclarés au déontologue de l'Assemblée nationale. Alors que Le Monde révèle que c'est bien cet homme de l'ombre qui a payé les luxueux cadeaux chez le tailleur parisien Arnys, Robert Bourgi a préféré se murer dans le silence. Selon le quotidien du soir, les policiers en charge de l'enquête sur l'affaire Fillon, qui doivent désormais aussi se pencher sur un possible trafic d'influence du fait de ces dons suspects, se sont rendus chez le tailleur et y ont trouvé "des documents" attestant que c'est bien lui qui a commandé puis réglé, le 20 février dernier, les costumes sur mesure du candidat à la présidentielle. Une facture s'élevant au total à 13 000 euros.

Mais qui est ce Robert Bourgi, mystérieuse figure de la droite française restée méconnue du grand public ? Né en Afrique, Robert Bourgi est le fils d'un puissant entrepreneur libanais, installé au Sénégal et spécialisé dans le textile. Mahmoud Bourgi était un grand ami de Jacques Foccard, le "Monsieur Afrique" de Charles de Gaulle puis de Georges Pompidou. Lequel embauchera le jeune Robert Bourgi à la sortie de ses études de droit. Formé aux affaires africaines par le maître de la discipline, celui qui est devenu officiellement avocat enchaîne alors les postes à Nouackchott, Cotonou, puis Abidjan et se crée petit à petit un réseau et un carnet d'adresses précieux à travers le continent africain.

Robert Bourgi, homme de l'ombre de l'Elysée

Bien qu'avocat dans le civil, Robert Bourgi a toujours été présenté comme le dauphin de Jacques Foccard et donc le repreneur de la célèbre "Cellule Afrique" que ce dernier avait créée à l'Elysée pour garder la mainmise sur les anciennes colonies. Sous Jacques Chirac, il poursuivra l'œuvre de Foccard : soutenir des régimes "amis", parfois militairement si nécessaire, en échange de leur bienveillance vis-à-vis des entreprises françaises. Il côtoie alors Laurent Gbagbo, Felix Houphoët-Boigny, Denis Sassou Nguesso, Omar Bongo, avec parfois des relations très intimes avec ces chefs d'Etat (il appelait Omar Bongo "papa"). A partir de 2007, la cellule Afrique est supprimée, mais Robert Bourgi, rallié à Nicolas Sarkozy depuis 2006, aurait poursuivi plus discrètement ses conseils à l'Elysée.

Loin du simple rôle de "conseiller", Robert Bourgi est parfois présenté dans la presse comme un "porteur de valises" offertes par les dignitaires africains aux dirigeants français en échange de leur soutien. Si bien qu'en 2011, il sort lui-même du silence et raconte tout au JDD, en marge de la sortie du livre de Pierre Péan dans un livre : "La République des mallettes". 25 ans de pratiques occultes sous Chirac sont alors déballées au grand jour représentant "quarante fois la 'cassette Méry'", selon les termes de Bourgi lui-même.

Robert Bourgi et les affaires

Parmi les bénéficiaires de ces "mallettes", Bourgi cite Dominique de Villepin et Jacques Chirac. Il parle aussi d'Alain Juppé. Il faut dire que l'ancien ministre des Affaires étrangères avait obtenu son éviction quelques mois plus tôt, à son arrivée au Quai d'Orsay... Dans ses accusations, l'avocat oublie en revanche Nicolas Sarkozy, qui est lui aussi soupçonné d'avoir reçu des "mallettes" pendant son quinquennat. Alors que la chiraquie est clairement ciblée par les révélations de Bourgi, l'ancien conseiller Afrique de Jacques Chirac, Michel de Bonnecorse, mène la contre offensive. Dans le livre de Pierre Péan, il accuse Robert Bourgi d'avoir offert à Sarkozy l'argent que Bongo et Sassou destinaient à Villepin en 2006. Robert Bourgi aurait jugé que celui-ci n'avait plus aucune chance pour la présidentielle.

Robert Bourgi, spécialiste dans l'art de sentir à temps le vent tourner ? Dans son enquête, Le Monde indique que Robert Bourgi s'est "rapproché" de François Fillon à partir de 2012. Il aurait même offert au candidat à la présidentielle "son carnet d'adresses riche de nombreux dignitaires africains". Fin 2013, il était allé jusqu'à aider François Fillon dans ses voyages au Sénégal et en Côte d'Ivoire. Attendait-il des contreparties de cette aide précieuse et des dépenses en habillement réalisées au profit de François Fillon ? Un retour sur investissement ? Ce sera désormais à l'enquête de le déterminer.

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