Radio Londres : des rumeurs diffusées sur Twitter pour les législatives

Le hashtag #RadioLondres a diffusé chiffres et rumeurs sur les élections législatives au 1er tour. Ce dimanche, Radio Londres sera de nouveau observé, avec des infos plus ou moins fiables. Décryptage.

[Mis à jour le 18 juin 2017 à 19h11] Ils se moquent de la loi qui interdit toute référence au résultat de l'élection avant 20 heures. Les twittos s'adonnent de nouveau au petit jeu de "Radio Londres" ce dimanche, pour le second tour des élections législatives 2017, livrant, dans des messages codés souvent humoristiques, les premières tendances du scrutin. Leur signe de ralliement est le hashtag #RadioLondres et leur source (pour ceux qui, au-delà du petit jeu, veulent diffuser des informations sérieuses) est toute trouvée : les sites belges ou suisses comme la RTBF, La Libre Belgique ou la Tribune de Genève qui se permettent à chaque scrutin de narguer leurs confrères de l'Hexagone en diffusant des sondages dès le milieu d'après-midi, eux qui ne sont pas soumis à la loi française.

"La rose aurait perdu toutes ses pétales. Je répète la rose est une espèce en voie de disparition #RadioLondres" ou encore "#RadioLondres : la marche a piétiné le front, je répète, la marche a piétiné le front", écrivaient par exemple les twittos lors du premier tour dimanche dernier. Alors que les médias français, eux, ont interdiction de relayer le moindre chiffre avant 20 heures, ou même de rappeler les chiffres d'un sondage, les internautes sont à l'affût de nouvelles sources d'informations sur les résultats des élections. Un compte, @RadioLondres_fr, a même été créé pour relayer de manière plus visible encore ces informations, à prendre avec des pincettes car invérifiables. S'il est resté sage dimanche 11 juin, pour le premier tour, il ne s'était pas privé lors de la présidentielle.

Du hashtag #RadioLondres au compte @RadioLondres_fr

Lors de chaque élection, les rumeurs fleurissent sur internet. Les médias ont interdiction de les relayer avant 20 heures ou même d'indiquer les chiffres d'un sondage. Mais sur Twitter, nombre de comptes publient – en prenant le risque d'être sanctionnés par la justice – de premières estimations sous la forme de messages codés agrémentés en général du hashtag #RadioLondres. Des messages qui ne devraient donc pas être décryptés par les médias, sauf les belges et les suisses qui ne sont pas soumis à la même législation.

"Radio Londres" est né il y a cinq ans presque jour pour jour puisque ce sont les législatives qui lui ont offert sa première exposition. Pendant l'élection, nombre de Twittos s'amusent à diffuser des données, plus ou moins vérifiables, sous forme de messages codés. Dès son apparition le hashtag #RadioLondres est transformé (ou récupéré) par un jeune homme de 15 ans, passionné de politique, Hugo Travers, aujourd'hui élève à Sciences-Po. Ce dernier se présente comme "entrepreneur étudiant". Il en fait un compte dédié, toujours sur Twitter (@RadioLondres_fr), puis lance un site Internet, Radio-londres.fr, qui s'affiche aujourd'hui comme "un média participatif géré par une équipe de jeunes bénévoles de 15 à 26 ans (une soixantaine selon la fiche de présentation du site - NDLR) ayant pour ambition de donner un coup de jeune sur l'info".

Hugo Travers est aussi devenu un YouTubeur à succès avec ses vidéos "HugoDécrypte" et a fini par interviewer quelques figures de la campagne. Il a aussi été recruté par LCI pour présenter le dimanche une chronique politique hebdomadaire. Pourtant, au départ, c'est bien une infraction qui a donné naissance à cette belle aventure. La loi, en particulier l'article 11 de la Loi n° 77-808 du 19 juillet 1977 relative à la publication et à la diffusion de certains sondages d'opinion, est formelle : il est interdit de diffuser tout résultat, toute estimation ou tout sondage avant 20 heures le jour du vote. Interrogé il y a peu dans la presse locale sur sa "success story", Hugo Travers a reconnu que ce qu'il avait fait sur son compte Twitter s'avérait "un peu illégal". "Mais on n'a pas été inquiété par le CSA", ajoutait-il tout de go, assurant que la formule avait "très bien marché". Pourtant, lors de chaque scrutin depuis 2012 (et la dernière présidentielle n'a pas fait exception), ce ne sont pas uniquement de faux comptes qui diffusaient les tweets frauduleux sous forme imagée, mais bien un compte facilement identifiable, tout comme son auteur. Pour rappel, l'Etat prévoit une amende de 3 750 euros pour la diffusion d'un résultat partiel, qui peut s'élever à 75 000 euros, "voire 375 000 pour une personne morale" rappelait le procureur de la république François Molins dans la presse en 2012.

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