Tribune de Genève : en Suisse, un verdict des législatives est donné

TRIBUNE DE GENÈVE - Le média helvète "La Tribune de Genève" met en ligne des estimations de résultats pour chaque scrutin français avec des nombres de sièges avant 20 heures...

Consultez les résultats dans votre ville ou dans votre département en saisissant leur nom ci-dessous :

[Mis à jour le 18 juin 2017 à 19h48] Sur son site, le média suisse "La Tribune de Genève" donne depuis quelques minutes une estimation du nombre de sièges remportés par le parti La République en marche aux législatives 2017, à dix sièges près. Un live a démarré à 11h33 sur le journal en ligne helvète pour suivre en direct le 2e tour des "législatives françaises". Et il ne se contente pas de mettre en avant les enjeux de ce scrutin ou les estimations de la participation : de vrais morceaux de sondages sur les résultats estimés du 2e tour des législatives 2017 y sont présents. Ce 18 juin 2017, au soir du second scrutin des législatives 2017, on s'attendait de toute manière une fois encore à voir déferler les chiffres sur le compte Twitter et le site internet de la Tribune de Genève. En effet, comme ses confrères belges de la Libre Belgique ou de la RTBF, le journal helvète, comme son confrère suisse de la RTS, est coutumier du fait : à chaque élection en France, la "TDG" chamboule sa une pour propager des fuites sur le Web, autrement les premiers résultats des élections législatives françaises, sous forme de sondages, avant l'heure légale de 20 heures. Pendant ce temps, de l'autre côté des Alpes, on attend avec impatience le verdict des urnes. Ces chiffres abreuvent des réseaux sociaux assoiffés, qui n'en peuvent plus d'attendre depuis le début de journée des indices sur le scrutin qui est pourtant encore en train de se jouer. Au premier tour, n'étant pas soumis à la loi française, le média suisse avait procédé comme tel pour les élections présidentielles et son article phare sur les législatives était resté en première page une bonne partie de la soirée.

Le tweet Opinion Way ci-dessus en est un exemple, avant 20 heures, il est interdit de publier le moindre chiffre, ne serait-ce que les sondages réalisés ces derniers jours. Pour ces élections comme pour les autres, les médias français - et Linternaute.com ne fait pas exception - ne sont donc pas censés diffuser de chiffres avant 20 heures. Le principe étant de ne pas influencer les électeurs qui se rendraient encore dans les bureaux de vote. Mais après cette heure fatidique, les instituts diffusent les premières tendances établies à partir d'un échantillon de bureaux de vote représentatifs. Ces données serviront à établir provisoirement une estimation nationale, avant des résultats affinés par circonscription.

Déjà des fuites sur La Tribune de Genève à la présidentielle

Ces dernières années, les médias belges et helvètes se sont fait une spécialité de s'échanger et de partager avec la terre entière les résultats des élections françaises en avant-première. Dernier exemple en date : la présidentielle. Le 7 mai dernier, le quotidien helvète reprenait très tôt les infos de la RTBF, continuant ensuite dans son "live", sur son site, à feuilletonner le résultat de l'élection, au nez et à la barbe des médias de l'Hexagone, tenus au silence par la loi. En Suisse, la RTS, Radio Télévision suisse romande, reprenait aussi les sondages qui circulaient sur le Web. 

Il faut toutefois rester prudent face aux sondages dévoilés. S'ils livrent une indication sur le résultat d'un scrutin, ils ne sont pourtant pas à prendre au pied de la lettre. Les chiffres et rumeurs relayés par La Tribune de Genève comme la RTBF sont en effet issus de sondages et d'études divers, généralement non sourcés,  et ne sont en aucun cas des résultats précis.

Lors des primaires de la droite et de la gauche, en novembre et décembre dernier, les fuites étaient aussi très importantes, même si on peut souligner que rien n'empêchait légalement les médias français de s'exprimer sur ces consultations qui étaient internes aux partis. Peu avant 19h30, c'est Le Soir qui avait ouvert le bal, donnant Benoît Hamon en tête en citant "une source proche du Parti socialiste" et même des "projection à prendre avec des pincettes". Quelques minutes plus tard, la Libre Belgique, puis la RTBF lui emboîtaient le pas avec "sondage sortie des urnes" non sourcé pour cette dernière. A 20 heures, la Suisse prenait le relais avec des "estimations sortie des urnes" à son tour dans la Tribune de Genève. Parmi les autres sites susceptibles de diffuser des résultats ce soir, notons que la RTS, Radio télévision suisse a aussi joué au jeu des sondages avant l'heure lors des précédents scrutin.

Au 1er tour des élections législatives, peu avant 16h, la RTBF (Radio-Télévision belge de la Communauté française) avait aussi publié un sondage "sortie des urnes" dont nous ne sommes pas autorisés à dévoiler la teneur. Des chiffres qui ont aussi été recoupés et publiés par LaLibre.be, quand Lecho.be donne des estimations livrées par un institut de sondage. Sur les réseaux sociaux, particulièrement Twitter où circule le hashtag Radio Londres, d'autres estimations fleurissent, mais il est très difficile de vérifier ces informations publiées par tout un chacun. Entre véritables estimations et intox, il est encore une fois compliqué de faire la part des choses.

Lors de l'élection présidentielle, plusieurs médias belges ont en outre diffusé sur Internet des estimations et des sondages. Courroucée, la "Commission des sondages", qui régit les règles en France, avait fait les gros yeux. Elle avait notamment publié le 23 avril un communiqué dans lequel elle disait avoir eu l'assurance des 8 principaux instituts français (BVA, Elabe, Harris interactive, Kantar-TNS-Sofres, IFOP, Ipsos, Odoxa, OpinionWay) qu'aucun d'entre eux n'était derrière ces études. Dès lors, elle qualifiait de "rumeurs" les sondages diffusés par des médias pourtant reconnus. OpinionWay s'était senti obligé d'indiquer sur Twitter qu'il n'avait publié "aucune donnée" sur le scrutin...

Quand les médias français ont failli pouvoir faire comme la Tribune de Genève

Le CSA a demandé, avant l'élection présidentielle qui a précédé ces législatives, l'assouplissement de la règle interdisant la publication de sondage la veille et le jour du scrutin, a récemment indiqué à l'AFP  la journaliste Sylvie Pierre-Brossolette, ancienne plume du Point, désormais conseillère au Conseil supérieur de l'audiovisuel. "Le législateur n'a pas suivi", selon elle. La crainte : que des sondages viennent perturber le choix des électeurs et biaiser le résultat au moment même où les bureaux de vote sont ouverts. Le principe veut que les électeurs soient en paix pour faire ou consolider leur choix 24 heures avant le jour du scrutin.

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