Sondages sortie des urnes : que disent-ils vraiment ?

Le sondage dit "sortie des urnes" est une méthode sondagière très contestée voire désuète. Définition et explication...

[Mis à jour le 18 juin 2017 à 16h53] C'était un mot oublié du commun des mortels depuis que les instituts de sondages avaient décidé de ne plus l'utiliser en tant qu'outil : le "sondage sortie des urnes" a connu une deuxième vie lors des élections présidentielle et législatives de 2017. Il est revenu dans les mémoires brutalement, à la faveur d'un sondage de la RTBF donnant le résultat de la présidentielle avant l'heure légale en France, soit 20 heures. Non sourcé et sans méthodologie, le sondage annonçait la victoire d'Emmanuel Macron. Et il s'est rappelé à nos mémoires une fois de plus la semaine dernière lors du premier tour de l'élection de députés.

Mais qu'est-ce qu'un "sondage sortie des urnes" ? Le principe est relativement simple : il consiste, le jour même d'une élection,  comme les élections législatives, à aller interroger un échantillon d'électeurs à la sortie du bureau de vote pour savoir quel bulletin ils ont glissé dans l'urne. Issu des Etats-Unis, le sondage sorti des urnes a été importé en France dans les années 1980 par l'Ifop. Le principe à l'époque : un enquêteur de l'institut allait interroger les électeurs avec un questionnaire préétabli pour en savoir plus sur son choix et sur ses motivations. Dans la pratique, selon le principe de base de ce type de sondage, un questionnaire était parfois distribué tous les cinq électeurs lors de leur entrée dans le bureau de vote. Il était ensuite rempli par les sondés dans l'isoloir lui-même puis remis dans une urne pour rester confidentiel.

Des sondages "sortie des urnes" peu fiables ?

Mais les sondages sortie des urnes présentent plusieurs inconvénients : en sondant tout au long de la journée les électeurs qui se rendent aux urnes, on s'expose à nombre d'approximations liées à l'envie ou non des votants de dévoiler ce qu'ils ont vraiment choisi dans le secret de l'isoloir. La méthode implique donc des biais, liés à son caractère déclaratif. En sondant les électeurs dès le début de la journée, et en livrant une extrapolation avant 16 heures, on ne tient pas compte non plus des millions d'électeurs qui peuvent encore infléchir le scrutin en fin de journée. Les sondages sortie des urnes seraient ainsi, en résumé, générateurs de biais importants et de statistiques erronées.

Pour cette raison, le sondage "sortie des urnes" aurait été progressivement abandonné. De nombreux instituts de sondages se disent depuis plusieurs années très frileux à l'idée d'utiliser cette méthode. Ils lui préfèrent un décompte des bulletins "réels" lors des premiers dépouillements, dans plusieurs centaines de bureaux de vote "tests" pour obtenir des estimations à diffuser à 20 heures. Un sondeur nous confiait lors des municipales 2014 que la pratique du sondage sortie des urnes avait été totalement abandonnée, chez lui comme chez ses confrères. Pour éviter, ou au mieux limiter les fuites, les instituts se sont en outre engagés, auprès de la Commission des sondages, à ne pas réaliser ce type de sondage lors des élections de 2017, pour ne pas donner des chiffres qui pourraient influencer les électeurs n'ayant pas encore fait leur choix.

Reste que le 23 avril, lors du premier tour de la présidentielle, alors que le vote battait encore son plein et que le résultat n'était pas attendu avant plusieurs heures, la RTBF sortait un "sondage sortie des urnes" qui donnait l'avantage à Emmanuel Macron et annonçait que Marine le Pen serait qualifiée, en seconde position. Le sondage, amplement relayé dans la presse belge et suisse avait été publié sans plus de précisions sur sa source et sa méthodologie. Alors mort ou pas le sondage sortie des urnes ? Le résultat des législatives nous le dira peut-être ce soir...

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